Penser après les cours...!

sujet de L sur la poésie sorti en Amérique

Par cyberblaise - publié le jeudi 7 juin 2012 à 10:05 dans 1ES2 2011-2012

Série L

Objet d’étude - Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

Corpus :

·         Texte A - Charles Baudelaire, « La Musique », Les Fleurs du mal, 1857.

·         Texte B - Arthur Rimbaud, « Sensation » (1870), Poésies.

·         Texte C - René Char, « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! », Fureur et Mystère, 1948.

·         Texte D - Francis Ponge, « La robe des choses », Pièces, 1961.

Texte A - Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

La Musique

La musique souvent me prend comme une mer !
            Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther
1,
            Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
            Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
            Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
            D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
2

            Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autre fois, calme plat, grand miroir
            De mon désespoir !


1 Éther (emploi littéraire) : ciel.
2 Convulsions : agitations violentes, troubles soudains.

Texte B - Arthur Rimbaud, Poésies

Le poème est écrit alors que Rimbaud n’a pas encore seize ans.

Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Mars 1870

Texte C - René Char, Fureur et Mystère

Char célèbre chez Rimbaud sa détermination à quitter les lieux et les choses qui ont perdu leur sens à ses yeux.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

   Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Tes dix-huit ans réfractaires1 à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise2 un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller au vent du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets3 des pisse-lyres4, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.
   Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
   Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.


1 Réfractaires : qui résistent à, refusent de se soumettre.
2
 Rimbaud est originaire de Charleville, dans le département des Ardennes, au Nord-Est de la France.
3
 Estaminets : cafés, bars.
4
 Pisse-lyres : expression péjorative désignant les poètes.

Texte D - Francis Ponge, Pièces

La robe des choses

   Une fois, si les objets perdent pour vous leur goût, observez alors, de parti pris, les insidieuses1 modifications apportées à leur surface par les sensationnels événements de la lumière et du vent selon la fuite des nuages, selon que tel ou tel groupe des ampoules du jour s’éteint ou s’allume, ces continuels frémissements de nappes, ces vibrations, ces buées, ces haleines, ces jeux de souffles, de pets légers.
   Aimez ces compagnies de moustiques à l’abri des oiseaux sous des arbres proportionnés à votre taille, et leurs évolutions à votre hauteur.
   Soyez émus de ces grandioses quoique délicats, de ces extraordinairement dramatiques quoique ordinairement inaperçus événements sensationnels, et changements à vue.
   Mais l’explication par le soleil et le vent, constamment présente à votre esprit, vous prive de surprises et de merveilles. Sous-bois, aucun de ces événements ne vous fait arrêter votre marche, ne vous plonge dans la stupéfaction de l’attention dramatique, tandis que l’apparition de la plus banale forme aussitôt vous saisit, l’irruption d’un oiseau par exemple.
   Apprenez donc à considérer simplement le jour, c’est-à-dire, au-dessus des terres et de leurs objets, ces milliers d’ampoules ou fioles
2 suspendues à un firmament3, mais à toutes hauteurs et à toutes places, de sorte qu’au lieu de le montrer elles le dissimulent. En suivant les volontés ou caprices de quelque puissant souffleur4 en scène, ou peut-être les coups de vent, ceux que l’on sent aux joues et ceux que l’on ne sent pas, elles s’éteignent ou se rallument, et revêtent le spectateur en même temps que le spectacle de robes changeant selon l’heure et le lieu.


1 Insidieuses : insensibles, imperceptibles.
2 Fioles : petites bouteilles de verre.
3 Firmament : voûte céleste étoilée.
4 Souffleur : au théâtre, le souffleur est chargé de rappeler discrètement leur texte aux comédiens.

I. Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quelles expériences l’écriture poétique décrit-elle dans les différents textes du corpus ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points) :

Commentaire

Vous commenterez le poème de Baudelaire (texte A).

Dissertation

Pourquoi la poésie est-elle un mode d’accès privilégié au monde ?
Vous fonderez votre réflexion sur les poèmes du corpus, les textes étudiés en classe et votre culture personnelle.

Écriture d’invention

Dans une lettre, vous incitez un de vos amis, qui trouve le quotidien plat et morne, à lire ou à écrire de la poésie. Vous vous appuierez sur des références précises, tirées du corpus et de votre expérience personnelle.




 

Commentaire sans titre

Publié le samedi 9 juin 2012 à 10:51 par Visiteur non enregistré
Je trouve votre blog super!! :) pourrions-nous échanger nos mails, car j'ai plein de questions à vous poser (je suis en L3 de Lettres et je veux devenir prof)
Merci d'avance.

Tsilla

réponse à Tsila

Publié le samedi 9 juin 2012 à 11:26 par cyberblaise
Contactez-moi à l'adresse suivante: cyberblaise@gmail.com

Page précédente | Page 348 sur 1065 | Page suivante
Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
«  Mai 2013  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers commentaires

- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
- La bête humaine (par Visiteur non enregistré)
- Adaptations de L'Ecume des Jours au cinéma (par Visiteur non enregistré)
- Merci (par Visiteur non enregistré)
- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement




Hit-parade