Penser après les cours...!

Zola , un écrivain engagé avant la lettre?

Par cyberblaise - publié le lundi 11 janvier 2010 à 18:43 dans 1S1(2009-2010)
 

Zola, écrivain engagé avant la lettre 
 

Introduction : 

      Zola, un écrivain engagé ? Avant la lettre ?

Ce romancier français né en 1840 vécut une grande partie de sa jeunesse à Aix-en-Provence. Dès la fin de ses études à Paris, il fut employé à la librairie Hachette. En 1867, sa préface de  Thérèse Raquin est un véritable manifeste du naturalisme qu’il définira plus complètement par la suite particulièrement dans le Roman Expérimental (1880). Enquêtant sur le terrain, pour imaginer et expliquer le comportement de ses personnages, il entreprit en 1869 la rédaction du premier des vingt romans qui composent la fresque des Rougon Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire. Chez Zola, l’observation réaliste du milieu social se double d’une vision symbolique qui évoque le conflit entre les forces de vie et de mort. Zola fut surtout attaqué par les nationalistes lorsqu’il dénonça avec véhémence les irrégularités du procès de Dreyfus dans « J’accuse… » article publié dans le journal « l’Aurore » du 13 janvier 1898.

Cet exposé va nous permettre de vous montrer dans quelle mesure Emile Zola peut être considéré comme un écrivain engagé. Dans une première partie, nous nous attacherons tout d’abord à définir ce que l’on peut entendre en général par « écrivain engagé », puis dans une seconde partie nous évoquerons quelques œuvres maîtresses de Zola susceptibles de témoigner de son engagement. 

I ) L’écrivain engagé :

 

Il s’agit des écrivains qui prennent position, témoignent, dénoncent, faisant de leur plume une arme et de leur talent un instrument au service d’une cause qu’ils ont à cœur de défendre.

Nous pouvons dans un premier temps vous rappeler le sens  de la notion d’engagement.

Le terme fait entrer en jeu la volonté de définir une position et de s’y tenir. Pour l’écrivain, l’action consiste à écrire en transformant, selon Sartre,  « sa plume en épée » par rapport à un contexte politique, religieux ou social. 

     1) Les circonstances : 

    1. Circonstances religieuses :
 

La violence des guerres de religion de la Renaissance a poussé certains écrivain à prendre position pour ou contre les parties en présence. C’est le cas de Ronsard du côté catholique, et de d’Aubigné du côté protestant, qui s’élève contre les massacres et contre les déchirements dans son oeuvre Les Tragiques 

    1. Circonstances politiques :
 

La Révolution ou les guerres déclenchent aussi bien les protestations que les appels à la résistance. Dans les Châtiments Hugo s’en prend avec vigueur à Napoléon III et donne une présentation très négative du régime impérial. Lors de la seconde guerre mondiale, l’installation de l’ordre nazi a provoqué la résistance de certains écrivains comme Desnos. 

    1. Circonstances sociales :
 

Le XVIIIe siècle philosophique en est un exemple. Les philosophes luttent contre une situation politique et sociale qui leur paraît contestable : la monarchie absolue, les inégalités, l’arbitraire et les abus de pouvoir constituent un ensemble contre lequel ils exercent leurs critiques. Le combat de Zola en faveur du capitaine Dreyfus s’inscrit dans la même ligne. Au XXe siècle, les prises de position contre le colonialisme, contre l’apartheid, contre les camps nazis ou soviétiques, jouent un rôle équivalent. 
 
 

     2) Les « armes » : 

L’écrivain s’engage par son écriture en adaptant les genres et les styles. 

  1. Dans la poésie :
 

Le poète engagé peut jouer sur la brièveté d’un poème ou sur sa longueur (les Tragiques). Il peut également jouer sur le rythme : l’Alexandrin assène des formules frappantes (les Châtiments), ou développent sur plusieurs vers des tableaux des récits. La poésie utilise également des figures expressives : l’anaphore, les répétitions, les antithèses, les parallélismes, les métaphores, les comparaisons... (D’Aubigné comparant la France a une mère déchirée). 

  1. Dans les textes en prose :
 

è Les textes narratifs : 

Ils mettent en scène des situations qui font réagir, ou qui font réfléchir. La combinaison de fiction et de réalité apporte une force supplémentaire en favorisant la concentration d’événements dans le temps. 

è Les textes analytiques : 

Ils font davantage appel au raisonnement pour susciter l’indignation, voire la révolte. Dans tous les cas, l’utilisation de l’ironie est un moyen intéressant d’attirer l’attention sur le caractère inacceptable de certaines situations. 
 

II ) L’engagement de Zola 
 

       1) La recherche de vérité et le combat pour la justice 

La révolte des "petits" est un thème que l’on retrouve à la fois dans La Fortune des Rougon et dans Germinal. 

Dans La fortune des Rougon, Pierre Rougon et sa femme Félicité profitent de l’effarement qu’a provoqué le coup d’état de Bonaparte pour prendre le pouvoir dans leur ville. Mais le "petit peuple", profondément républicain,  décide de réagir à cela et est réprimé dans un bain de sang. 

Dans Germinal, les mineurs décident de se mettre en grève après une réforme imposée par les dirigeants de la mine. Mais là aussi la grève est un échec et après que quelques-uns des leurs aient été tués lors d’une confrontation avec des soldats et le sabotage de la mine,  par un anarchiste, les mineurs retournent travailler. 

Zola montre donc à chaque fois les "petits" qui se révoltent pour des raisons on ne peut plus justes mais qui, au final, sont "écrasés". 

Cette indignation perpétuelle est peut-être à la base du rôle qu’il a joué lors de l’affaire Dreyfus. En effet, dans cette affaire, c’est un Zola révolté contre l’injustice et l’antisémitisme que l’on retrouve. 

En 1894, les services de renseignements français découvrent une lettre faisant preuve qu’un officier français a collaboré avec les Allemands lors de la guerre. Le Capitaine Alfred Dreyfus, officier juif d’origine alsacienne, est alors immédiatement soupçonné sur la ressemblance de son écriture. En décembre de la même année, il est dégradé publiquement et condamné à la détention perpétuelle. 

En 1897, le nouveau chef des renseignements français découvre le véritable auteur de la lettre. Aussitôt le frère du capitaine Dreyfus réclame la révision du procès. Jugé en conseil de guerre, le véritable coupable est acquitté. Ecœuré par cette injustice, Emile Zola écrit le  13 janvier 1898 en première page du journal L’aurore le très fameux « J’accuse »   ! qui dénonce l’antisémitisme de l’armée et accuse l’état-major d’avoir condamné Dreyfus sans preuve. L’affaire d’espionnage devient alors un scandale public.

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          2) La critique des frasques de l’ordre établi

       

Dans la Curée, Zola est aussi très engagé. Le titre même de son œuvre «  la curée » renvoie à un terme de chasse désignant la partie de la bête que l’on donne en pâture à la meute, sur le cuir même de la bête que l’on vient de dépouiller. Dès le XVIe siècle, la curée désigne plus généralement une ruée avide vers les biens, les places et les honneurs laissés inoccupés  par la mort d’un homme.

Le roman  La Curée  dénonce ainsi d’emblée l’époque de folie et de honte qu’est le Second Empire avec tous ses excès. Par exemple Charrier et Mignon qui sont les entrepreneurs de Saccard se ruent sur Paris comme des vautours affamés, pour lui faire des « entailles »…  (Chapitre 2) Napoléon III dépèce de son regard remplis de « lueurs fauves » le corps de Renée au bal des Tuileries. Et Saccard qui dégrafe le corsage de Renée sa femme avec ses « tenailles » qui se retrouve « sans un lambeau ». (Chapitre 6) Zola nous dépeint les personnages comme des animaux. La Curée décrit la fureur d’une époque où les appétits de jouissance »  se déchainent, c’est une époque qui ne présente pas de limites.

Tout comme d’autres de ses œuvres, la Curée rend compte d’un point historique de son époque. Celui des travaux d’Haussmann, au cœur de Paris. De chapitre en chapitre, une véritable de galerie de portraits de la société impériale y défile. Ces personnages secondaires servent à dénoncer le régime, son fonctionnement pervers rongé par la corruption. Tous ces hommes et femmes de grande noblesse ne sont pour Zola que des profiteurs du régime.

   Le fond historique du roman se décline sur le mode de la satire.

Satire politique tout d’abord, avec la dénonciation de l’accord entre le pouvoir et les intérêts financiers. L’appât du gain est omniprésent. Mignon affirme que « quand on gagne de l’argent, tout est beau » (chapitre 1). Toute conscience politique semble avoir disparu au profit du culte de l’argent que l’on retrouve aussi dans le roman  l’Argent  où sont dénoncées les impitoyables spéculations des capitalistes.

Les sujets les plus graves sont également tournés en dérision. Ainsi en est-il de la guerre, dans le chapitre 6, réduite à un banal objet de plaisanterie.

Satire morale et intellectuelle ensuite, lorsque Zola souligne parfois la grossièreté des personnages et les dérèglements de leur conduite (homosexualité, prostitution, inceste..). Piètre image de son temps que nous livre ainsi Zola qui entendait faire une « nouvelle Phèdre ». Mais c’est une Phèdre dégradée et salie qui est présente dans la Curée. La mort de la Phèdre racinienne est une mort beaucoup plus valorisante que celle de Renée.

La Curée a d’abord été publiée en feuilleton dans le journal "La Cloche". Mais cela a fait scandale et le parquet a suspendu la parution du texte pour raison morale. Cela montre que ce roman touche la société. Zola a dit « une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil ». 
 
 

       3) Le rêve d’une société meilleure 

     Le lyrisme puissant de Zola, la grandeur épique et visionnaire de ses descriptions transcendent, en fait, les qualités d’exactitude scientifique mises en avant par l’auteur. Sensibilisé par ses enquêtes (par exemple aux mines d’Anzin pour Germinal) et par ses lectures (Fourier, Proudhon, Marx), il se tourne de plus en plus vers un idéal proche du socialisme utopique. Dans Les Trois Villes (Lourdes, 1894 ; Rome, 1895 ; Paris, 1897) et surtout dans Les Quatre Évangiles (Fécondité, 1899 ; Travail, 1901 ; Vérité, 1902 ; Justice, inachevé), dont les protagonistes respectifs s’appellent Matthieu, Luc, Marc et Jean, la fiction se met au service d’une " Église nouvelle ", d’une " Cité future ", une société idéale, organisée autour de la fécondité, du travail, de la vérité et de la justice, dont Zola rêve de jeter les bases. 

Conclusion : 

      Après avoir précisé les éléments susceptibles de caractériser un écrivain engagé, nous avons tenté de percevoir et de vous faire partager cette dimension en parcourant l’œuvre d’Emile ZOLA, notamment la grande fresque des Rougon Macquart. Objet de son vivant même de critiques et de haines aussi extrêmes que l’amitié et l’admiration qu’il suscita par ses positions tant littéraires que politiques, Zola reste l’un des écrivains français les plus importants du XIXe siècle. Il excelle, grâce à son verbe foisonnant, à son imagination vigoureuse, à une technique descriptive qui doit beaucoup à la photographie (qu’il pratiqua avec passion) dans l’évocation des masses humaines, des lieux et des machines de l’ère industrielle, qui prennent sous sa plume la dimension du mythe et de l’épopée.

      Pour autant, sa situation ne semble pas originale au point  de justifier la qualification d’écrivain engagé « avant la lettre ». Ainsi Zola ne s’inscrit-il pas plutôt dans une vaste lignée d’auteurs comme Voltaire, Victor Hugo,  Balzac,  Sartre,Eluard dont bon nombre l’ont précédé ?


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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