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Question transversale poésie : vision du monde

Par Céline Roumégoux - publié le mercredi 14 novembre 2012 à 10:49 dans synthèse question d’ensemble


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Question transversale :

Comment les poètes du corpus considèrent-ils le monde ?

 

 

Victor Hugo, Baudelaire, Victor Segalen et Eugène Guillevic, poètes des XIXe et XXe siècles, se font tous une représentation du monde dans leurs œuvres respectives : Ce que dit la Bouche d’ombre in Les Contemplations, L’Invitation au voyage in Les Petits poèmes en prose, Conseils au bon voyageur in Stèles et Douceur in Terre à bonheur. Nous verrons en quoi, tous, à leur manière, sont en quête de bonheur et d’harmonie. Nous examinerons d’abord leur rapport à la nature puis les moyens préconisés pour atteindre le bonheur.

 

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La nature est célébrée dans les quatre poèmes mais selon des approches différentes. Hugo convoque tous les règnes et tous les éléments pour en montrer « le tumulte suprême » car « tout parle » dans l’univers et s’adresse à Dieu. Cette vision panthéiste du monde met en relation toute la création avec son Créateur et fait l’éloge de la vie. Segalen et Guillevic se rapprochent de cette perception. Si Segalen évite «  le marais des joies immortelles »  et donc le divin, il fait parcourir montagnes et plaines à son « bon voyageur » pour le diriger vers le « grand fleuve Diversité » où aboutissent et se mélangent toutes les différences dans une forme d’œcuménisme laïc.  Guillevic, lui, en appelle à la douceur de la nature pour régénérer le monde car « tout massacre nous vieillit ». Les trois poètes recherchent sens et harmonie dans la nature pour favoriser l’ouverture aux autres, pour pacifier et pour espérer en la vie

 

Si le titre du poème de Baudelaire contient bien le mot voyage, il ne s’agit en aucun cas d’un véritable parcours géographique mais d’un ailleurs fantasmé et construit « où tout est beau, riche, tranquille, honnête » et qui serait « un pays de Cocagne ». Nulle intention d’y entraîner les autres : c’est un « voyage privé » avec pour seule compagnie « une vieille amie ». Baudelaire n’est pas un philanthrope mais un esthète, plutôt individualiste et sophistiqué pour qui  la nature n’est concevable que dans de « savantes et délicates végétations ».

 

 

                                              

L’intention didactique est visible dans tous les poèmes mais, là encore, de façon différente. Dès son titre, Segalen insiste sur la notion de « conseil » et guide en quelque sorte, fort de son expérience du monde, celui qu’il désigne comme « un ami » au travers les « remous » de la vie. Son poème, à l’instar de la stèle chinoise, lui sert de borne de sagesse et l’invite à tenter librement toutes les expériences sans la limitation du préjugé culturel, sans croire « à la vertu d’une vertu durable ». C’est par la Bouche d’ombre, sorte de voix d’outre-tombe, que Hugo fait la leçon à l’homme en général dont le poète est le représentant et le passeur métaphysique. Il multiplie les questions oratoires comme « Crois-tu que la nature énorme balbutie ? » pour l’amener à comprendre son message : « Tout parle » parce que « Tout vit », même la mort ! C’est sans doute cet espoir d’une survivance qui motive le plus le poète endeuillé par la mort de sa fille. Guillevic croit, lui, au pouvoir incantatoire du mot « douceur » pour transformer le monde, aussi le répète-t-il à l’envi pour conjurer la violence et le vieillissement inexorable de l’humanité. Son destinataire est collectif même s’il emploie le tutoiement familier.

 

Encore une fois, Baudelaire se singularise dans ses intentions. Il n’en appelle pas au genre humain mais se fabrique un idéal, à partager avec son « cher ange ». C’est un rêve sensuel et silencieux « où la vie est douce à respirer » et où «  il faut aller vivre et mourir ». Il s’agit d’atteindre un état de félicité et de tranquillité, une sorte de béatitude.

 

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Si la recherche du bonheur passe par la nature pour les quatre poètes, elle est perçue différemment. Hugo, Segalen et Guillevic l’évoquent de manière concrète tandis que Baudelaire la noie dans « les brumes de notre Nord » dans une vision floue et idéalisée. De même les trois premiers auteurs voudraient perfectionner la position de l’homme au sein de la création alors que Baudelaire imagine une sorte de rêve éveillé, presque un tableau impressionniste. Tous, en tout cas, croient en la valeur du mot, de l’art poétique, pour s’approcher de la félicité et pour embellir la perception du monde et du destin de l’homme.

 

Céline Roumégoux

 

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