LE PLAISIR DU TEXTE

Endettement (nouvelle de 4e)

Par Josephl - publié le mercredi 16 décembre 2015 à 08:24 dans Le réalisme
       Durant ma folle jeunesse où, disons-le, j’étais bien insouciant, je croyais la vie facile. J’avais des amis et de l’argent, que demander de plus ? N’ayant pas de logement, j’ errais dans Paris, demandant l’hospitalité aux braves gens et les payant, si besoin était. J’évitais les hôtels, que je trouvais trop chers, mais, à de rares occasions, j’étais bien obligé d’y loger. Or, un soir où personne n’avait daigné m’héberger, le hasard m’amena dans une rue paisible, où se situait un grand hôtel. Je n’avais pas d’autre alternative que d’y loger, et ce fut ce que je fis.
      Arrivé à l’intérieur, je poussais un petit cri étonné : les personnes qui s’offraient à ma vue respiraient le luxe et la beauté. Des coupes de champagne et des canapés posés sur des plateaux d’argent étaient distribués par des serveurs souriants. Les costumes incroyables des hommes et les robes étincelantes des femmes semblaient avoir été créés pour l’événement. Les notes de l’orchestre étaient étouffées par le brouhaha qui régnait dans la salle. Personne ne me remarqua -qui s’intéresse à un jeune homme dans une soirée mondaine ?- et je restai à ma place, figé et intimidé, durant une éternité. Alors, un membre du personnel de l’hôtel m’aborda, me vanta les mérites de l’établissement, insista pour me trouver une chambre et m’accompagna jusqu’à ladite  pièce.
      "Pièce", le mot est bien faible pour désigner l’immense endroit dans lequel je pénétrais : ce devait plus être une suite royale ou les appartements d’un sultan. Devant le lit à baldaquins aux piliers dorés se trouvait une table d’acajou recouverte d’une petite nappe coquette. Deux chandeliers en or massif, ainsi qu’une multiple et précieuse argenterie, étaient posés dessus. Les rideaux de velours protégeaient ce paradis des disgracieuses lumières citadines et le bruit de la fête était inaudible grâce aux murs capitonnés avec soin et dextérité. Cette chambre était un rêve. J’y dormis donc, et je dois dire que le lit y était si moelleux que j’y restai durant deux semaines ou trois. Je vivais dans l’ordre et la beauté, le luxe, le calme et l’opulence. Sérénité était ma compagne, Fainéantise ma maîtresse, Superflu mon conseiller. Oui, je vivais en Paix.
       Ce ne fut qu’au bout d’un mois que la question fatidique me vint : combien me coûtait ce rêve ? Subitement effrayé par cette somme certainement astronomique, je courus à la réception afin de rendre ma chambre. Mais, hélas, le coût de ma folie était tel qu’il ne tiendrait pas sur cette feuille. Les dés du destin en étaient jetés, et j’étais endetté. J’avais, certes, des économies qui m’avaient paru suffisantes autrefois, mais qui étaient dérisoires par rapport à la somme que  je devais payer.
      Je vendis la maison familiale, située dans la longue rue qu’est celle de Vaugirard, que je louais à un ami et lui demandai, au passage, une aide financière. Il était lui aussi dans une situation économique précaire, mais il m’apprit que Marco Trille, mon meilleur ami, était le propriétaire de l’hôtel que j’avais tant de fois maudit. Je le rencontrai donc, et, en lui exposant la situation, le suppliai de réduire le débit de ma créance. Mais, dans ses yeux avait disparu toute trace d’amitié, il ne restait plus qu’une avide cupidité. Il me demanda de payer. Je lui demandais du temps. Il me conseilla de payer. Je pleurais et l’implorais. Il m’ordonna de payer. Et je ne pus le faire.

      Dix ans avaient passé, et je croupissais dans la prison où mon créancier m’avait envoyé, quand j’appris que mon ami de la rue de Vaugirard s’était endetté de la même manière que moi. Ne pouvant supporter le déshonneur, il avait mis fin à ses jours. En apprenant cette nouvelle, j’éclatai en sanglots. Que la vie d’un jeton de Monopoly est dure, parfois !

Commentaire sans titre

Publié le mercredi 16 décembre 2015 à 18:58 par Lamartine
Très drôle !
Merci Joseph et bravo, encore une fois.

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Travaux d'écriture d'élèves du collège Lamartine à Paris.
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