Des Lettres et des Images

3o janvier

Par Lettresclassiques - 03:50, vendredi 30 janvier 2015 .. Rubrique : Français 3°5 .. commentaires : 0 .. Lien
IV, 9: correction de l’évaluation

IV, 10:

  • Lecture oralisée: des extraits de Parfums de Philippe Claudel (2012)

Amoureuses

Quel est donc le parfum de nos petites amoureuses, quand pour la première fois nos lèvres trouvent les leurs, et puis, bêtement, ne savent plus vraiment que faire ? J’ai 12 ans. Les filles ne me regardent pas et les garçons moquent ma maigreur. Mon c½ur d’artichaut bat à tout rompre lorsque près de moi passe Nathalie la brune ou Valérie la blonde. J’écris des poèmes que je glisse dans leur main, le matin à huit heures, quand j’arrive au collège Julienne Farenc. […] Je n’ai droit qu’à des haussements d’épaules et une moue de dégoût. Mes poèmes finissent en boulettes dans les caniveaux. […] Faire le guetteur, je ne suis bon qu’à ça, et à prévenir François qui embrasse Nathalie, ou Denis qui en fait autant avec Valérie, lorsqu’un adulte approche et risque de les surprendre […]. Je leur demande ensuite quel goût et quel parfum ont ces baisers, copiés sur ceux qu’on peut voir chaque dimanche sur l’écran du cinéma Georges, baisers de cinéma tout autant fougueux qu’immobiles, et qui pourraient passer pour une publicité consacrée à de la colle à prise rapide. […] quelques mois plus tard, j’apprends […] avec Christine Frenzi. […] Goûter d’anniversaire chez les Waguette. On mange le gâteau. On boit du Sic orange et du Sic citron aux couleurs psychédéliques. On met de la musique, lente, un air de variétés aussi sirupeux que les boissons. Les couples se forment. On bouge comme on peut. Beaucoup de danseurs sont en short. Assis, nous ne sommes plus que deux, elle et moi. Elle vient me cherche, me prend la main. Je n’ose pas refuser et me voici contre elle. […] Je ferme les yeux. C’est elle encore qui met son visage contre le mien, qui cherche mes lèvres, les trouve, les embrasse. Cheveux soyeux lavés au même Dop que les miens, mais aussi autre chose, de végétal et de sucré, de confit, un parfum de friandise, de cuisine pâtissière, de tiges et de grands près, que je ne parviens pas à nommer, mais qui me happe et que je respire, heureux, dans son cou, sur ses lèvres, ces lèvres que j’embrasse de nouveau, et c’est moi, cette fois, qui le veux. [Elle] vient s’assoir sur mes genoux […]. Je respire sa nuque, ses joues, sa bouche. Nous nous embrassons de nouveau et ces baisers qui se parfument de l’odeur verte de l’angélique – j’ai enfin réussi à la nommer – me font ensuite pendant des années ouvrir le bocal de fruits confits que ma mère garde dans le bas du placard de la cuisine, et qu’elle utilise pour faire des cakes et orner des babas. Je prends à pleins doigts les bâtonnets de cette ombellifère confite, sucrés et collants, les passe sous mes narines, ferme les yeux, et les mange assis le cul par terre sur le linoléum, en songeant à [Christine], à ses baisers.


Après-rasage

Je regarde mon père dans une abrupte contre-plongée. Nous sommes au sous-sol de la maison, dans la salle d’eau. Il se tient au-dessus du lavabo devant une petite armoire de toilette accrochée au mur et dont les trois portes sont des miroirs. Le triptyque permet en les orientant de contempler trois visages au lieu d’un, parfois plus encore. Le rasoir électrique glisse sur la peau qu’il distend entre ses doigts pour l’aplanir. […] Il rajeunit peu à peu sous mon regard qui ne le quitte pas. Perd la barbe de la nuit, blanche ou grise, cendre qui s’était déposée sur son visage pendant le sommeil pour le vieillir et me le ravir. La musique du rasoir est une psalmodie. Une prière faite de deux ou trois notes seulement et d’une basse continue comme le chant monotone de certains muezzins. Dans la salle d’eau, il fait toujours humide. Senteur de hammam refroidi. De vestiaires de piscine. La pièce n’a pas de fenêtre. Pour aérer, il faut ouvrir deux portes en enfilade, celle de la buanderie et celle de la cuisine d’été. Mon père débranche le rasoir, entortille son cordon, le range dans l’armoire de toilette, partie gauche, et prend un flacon large et plat rempli d’une eau verte. Mennen, pour nous les hommes. Je suis loin d’être un homme. Dans le creux dispendieux de sa main gauche, il fait jaillir des gerbes de liquide en agitant le flacon. Comme dans la publicité. Très vite, il tapote de sa paume ainsi trempée ses joues, son menton, son cou, à plusieurs reprises. Nous sommes soudain agressés par d’arrogantes senteurs de menthol et d’agrumes, rendues encore plus féroces par la présence d’alcool qui tourbillonne dans l’air et pique nos narines. Mais cela s’estompe. N’en demeure qu’une odeur qui fait penser à la mélisse et au citron, à la menthe du jardin que j’aime parfois mâcher, feuille émeraude et tisane claire, écorce jaune, poivre aussi. Mon père […] se penche vers moi. M’offre ses joues en feu que j’embrasse. Rituel. Elles sont devenues étrangement souples et tendres, d’une douceur qui n’a rien de masculin. Par le miracle du rasage et de l’eau verte, d’homme mûr mon père est redevenu nourrisson.


Crème solaire

Ma mère se méfie du soleil comme d’un ennemi pugnace qui ne baisse jamais la garde. Je suis éduqué dans cette crainte constante, d’un corps qui, trop chauffé, risque d’agonir si on le plonge brutalement dans l’eau froide. […] Il me faut attendre le milieu de l’après-midi pour aller rejoindre mes camarades à la Piscine. […] Je trépigne car il est déjà tard. Ma mère m’a contraint à une sieste insupportable durant laquelle je n’ai pas fermé l’½il. Au-dehors, c’est le milieu de juillet, le bourdonnement des grillons et des criquets, l’infini des vacances. J’ai enfilé mon maillot de bain qu’elle me remonte jusqu’au nombril et qui souligne ma maigreur. J’ai mis mes sandalettes en plastique. Dans sa main, elle fait jaillir d’un aérosol orange une grosse perle blanche qui a la consistance de la mousse à raser. Elle écrase la perle sur ma peau. C’est doux. Ma mère étale cette crème devenue soudain invisible, dissoute par miracle, sur tout mon corps. Je lis l’étiquette sur le flacon, Ambre solaire. On dirait le titre d’une poésie, comme celle que j’apprends chaque semaine […]. Je ferme les yeux. Je respire. Une essence un peu grasse, à peine musquée, une senteur de gynécée turc. Comme un prolongement de la chaleur du jour, une tiédeur d’intimité, de bras caressant. Plus tard, je découvrirai les baigneuses du père Ingres. Je leur prêterai cette odeur. Je suis enfin prêt. J’enfourche mon vélo. Je fonce. Le vent me renifle. J’ai 10 ans. Le présent est un cadeau somptueux.

  • Écriture: à la manière de P. Claudel, rédigez un récit évoquant un souvenir lié à une odeur en utilisant le champ lexical de l’odeur

anisé âcre ambré appétissant aromatique arôme balsamique boisé bouquet capiteux chocolaté chypré déceler délicat éc½urant effluve entêtant épicé exhalaison fétide flairer floral flotter fruité fumet humer iodé léger lourd monter nauséabond oriental parfum pénétrer pénétrant percevoir pestilentiel puanteur respirer se dégager se glisser se répandre s’élever senteur sentir s’exhaler subtil suave sucré suffocant tenace vanillé vent violent


Pour le o3.o2: corriger la dictée de mots, la revoir et classer les mots par classe grammaticale

Pour le o6.o2: rendre le livret autobiographique
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Le projet

Cahier de textes, recueil des outils, travaux d'élèves, élaborations collectives, commentaires pour poser des questions...: ce qui peut permettre aux élèves de Jean-Perrin de trouver des repères et de réussir (blog tenu par Mme Le Blond). Bienvenue!

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