Ah ! voilà de la pervenche !

Вишнёвый сад - La Cerisaie

Par pvasseur - publié le dimanche 12 avril 2015 à 10:54 dans théâtre

Il y aurait assurément une lecture pascalienne à faire de La Cerisaie tant elle semble illustrer la pensée du divertissement.

Comme dans une tragédie classique, tout est joué au début de la pièce : Varia, fille adoptive de Lioubov, annonce à sa s½ur, Ania, la vente du domaine au mois d’août. La famille d’aristocrates (Lioubov et son frère Gaev, ainsi que les deux filles de Lioubov, Ania et Varia) est en effet endettée.

La seule solution semble être d’accepter le progrès : profiter du chemin de fer pour transformer le domaine en lotissements pour estivants. Cette solution est prônée par Lopakhine, fils d’esclave enrichi, qui finira par racheter la cerisaie. Nous pensons évidemment à Rousseau (prétendue modernité de la hache qui s’abat sur les arbres) et à Chateaubriand : "La civilisation est montée à son plus haut point mais civilisation matérielle, inféconde, qui ne peut rien produire, car on ne saurait donner la vie que par la morale ; on n’arrive à la création des peuples que par les routes du ciel : les chemins de fer nous conduiront seulement avec plus de rapidité à l’abîme." (Mémoires d’outre-tombe).

Solution évidemment inconcevable pour Lioubov et sa famille. La cerisaie ne se monnaye pas : ce sont des souvenirs (dont certains douloureux comme la mort successivement de son mari, puis de son fils) ; c’est surtout un certain art de vivre, celui d’un monde condamné par la modernité et qui persiste à se perdre dans le divertissement. Lioubov ressemble en effet à ce sujet pascalien qui ne sait pas « demeurer en repos dans une chambre. »

"Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.", nous dit La Rochefoucauld, autre moraliste classique. C’est ainsi que Lioubov fuit le caractère inéluctable de la vente de la cerisaie, comme elle a fui la mort de ses proches en quittant la Russie pendant cinq ans et en multipliant les dettes.

Mais La Cerisaie, comme le dit Françoise Morvan, relève aussi du vaudeville : « […] un vaudeville, fin, sérieux, qui exigeait de penser le théâtre en dehors des genres référencés. »1 C’est en effet là l’éblouissement que procure Tchekhov : nous offrir une pièce inclassable, dans laquelle les personnages semblent condamnés à une succession de soliloques. Tchekhov, précurseur du théâtre de l’absurde ? Il est certain en tout cas que des personnages comme Epikhodov qui tient des propos incompréhensibles ou même Gaev qui ponctue ses répliques de références au billard, dont Tchekhov lui-même nous assure qu’il les a distillées au hasard, brisent toute unité de ton au sein d’une pièce dont la vis comica est incontestable.

1Françoise Morvan, Lecture de La Cerisaie (collection Babel, éditions Actes Sud).


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