Renoir fait son cinéma

Je t’aime à en crever

Par madamecuicui - publié le dimanche 5 novembre 2017 à 09:28

       Corps et âmes, réalisé par la talentueuse réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi, nous plonge pendant 1h et 56 minutes dans le monde du rêve et de l’apparence de troubles psychologiques de deux personnages. Un cerf, une biche, vagabondent dans le paysage féerique d’une forêt enneigée, la lumière aveuglante, les éblouit, un pelage désirable s’étale au dessus de toute leur chaire. Leurs pas délicats se fondent tendrement dans la neige, presque craquelante, voire irréelle. Leur museau se cherchent, se trouvent, se touchent, les deux êtres partagent une connexion, un amour qui les enchaînerait presque dans ce monde idyllique. Le monde animal dans toute sa splendeur. Un même rêve que deux personnes, un homme et une femme, l’Ève et l’Adam, partagent. Il est directeur, elle est nouvelle, comme contrôleuse qualité dans son entreprise. Il est invalide de son bras gauche, elle est atteinte d’hypermnésie. Il est plus vieux, elle est plus jeune. Il a accumulé les conquêtes, elle a la phobie du contact. Il vit dans un appartement légèrement trop banal, et dans sa saleté habituelle, elle vit dans la propreté irréelle, où tout est parfaitement calculé. Il s’appelle Endre (Morcsanyi Géza), elle s’appelle Maria (Alexandra Borbeli), et tout deux s’aiment à travers leurs aventures nocturnes oniriques qui les tourmentent. Mais réussiront-ils à retrouver cet amour dans la rude réalité ?

Maria et Endre, ensemble, en rêve. Photo Alexandra Borbeli © Le Pacte

Le sang coule et s’étale en un fleuve marbré de rouge sur un sol blanc comme neige. Les têtes pures et innocentes tombent, les os se font battre par les pinces écervelées et démentes que même le diable n’aurait pu concevoir. La peau est à son tour enlevée de son corps, restant pour autant attachée à l’âme. L’abattoir. Le jour, la mort des bêtes dans un abattoir nous est montrée avec une réalité fracassante. Par contraste, la nuit est peuplée des rêves qui délivrent la beauté pure du monde animal sauvage, et dont les deux protagonistes sont intensément épris. Ce film réussit à nous troubler. Le romantisme arrive à s’installer dans le monde cruel de l’abattage, un amour né parmi les fleuves de sang qui les entourent. Un chef-d’œuvre réussi.

Ce film, ne peut se voir attribuer un genre en particulier, nous passons par le documentaire, tout nous est partiellement dévoilé de la vie dans un abattoir. Personne sensible s’abstenir fortement... le cou tranché d’une vache où le sang se déverse à en perdre conscience est dérangeant. La comédie romantique, elle, nous emmène dans une histoire intense avec un aspect presque gênant pour le spectateur. Les deux personnages sont très caricaturés, maniaques, ils possèdent des manies presque insensées parfois incomprises par le spectateur. Le drame, s’institue également, nous assistons à des troubles humains profonds, l’inquiétude, une histoire d’amour presque impossible et dangereuse pour ces deux personnages.

Tout le film est fondé sur un contraste constant, le jour, la nuit, l’abattoir, le rêve animal, la lumière, l’ombre, les personnages présentent eux-aussi ces contrastes, avec leur rapport au toucher ou encore leur appartement, qui ne se ressemblent aucunement et qui sont un certain reflet de leur personnalité. Le son très présent dans le film comporte une place importante, les bruitages de chaque chose, chaque petits objets du quotidien, sont mis en évidence et accentuent toujours plus le monde réel. La musique n’apparait que quand les protagonistes en écoutent, et devient d’autant plus importante et mélodieuse. Les plans sont très souvent des gros plans, nous nous arrêtons sur chaque objet, chaque détail, chaque mouvement, chaque regard, ils deviennent de plus en plus importants, ils possèdent tous un rôle spécial, le petit pot de sel, n’est plus un infime petit pot de sel, la protagoniste le fait parler, il devient Endre, il est Endre, et reste Endre aux yeux du spectateur. Le montage est très lent, tout au long du film, sont réalisés des plans assez longs, tout comme le jeu d’acteur qui est lui aussi très lent. Alexandra Borbeli dans le rôle de Maria et Morcsanyi Géza dans le rôle d’Endre, présentent un jeu d’acteur très prometteur.

Le réalisateur utilise avec beaucoup de soin la lumière et les jeux de lumières, presque plus intensément que le son. Quand, elle, est dans la lumière, lui, se trouve dans la pénombre, rajoutant donc une sensation d’impossibilité à leur amour. Ils se cherchent mais ne se trouvent point. Ce n’est que tout deux, lorsque la nuit tombent qu’ils se retrouvent et partagent un moment intime ensemble.

Un film a partie liée avec Black Swan de Darren Aronofsky, en ce sens qu’il est une recherche de la personnalité. Lui aussi mélange de l’illusion et de réalité dure, les coups et blessures, physiques et mentales, la perte de conscience, l’ombre la lumière, le noir, le blanc. Le spectateur ressort stupéfait du film lui-même, scotché sans aucun avis à pouvoir exprimer, nous sommes ébahis, là est toute la réussite du réalisateur.

Une histoire d’amour dérangée, au-delà de l’étrange, dans un humour décalé. Un film sensible, et tourmenté. Un personnage féminin presque psychorigide allant à l’outrance. Une musique définitivement enivrante. Un toucher sensuel des éléments. Une longueur presque infinie, interminable, démangeant presque l’esprit. Corps et âme. Un chef d’œuvre à ne pas manquer.

                                  Eva, première spécialité cinéma-audiovisuel


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