Renoir fait son cinéma

Taxi Sofia, le monde derrière les vitres des taxis

Par madamecuicui - publié le dimanche 12 novembre 2017 à 10:55

         Dans son nouveau film Taxi Sofia, le réalisateur bulgare Stephan Komandarev nous fait suivre cinq chauffeurs de taxi conduisant la nuit, à Sofia, capitale de la Bulgarie, après qu’un drame provoque un débat national. En effet, un petit entrepreneur, à cause de dettes qu’il ne pouvait pas payer, a tiré sur son banquier avant de se suicider.


     Un chauffeur qui trouve pour seule compagnie un chien errant. ©Selma Linski


        Le film est terriblement dramatique, il nous plonge dans l’univers des taxis de nuits où se côtoient la misère, la solitude, les démunis, où la tension entre les classes sociales explosent. Le réalisateur ne nous laisse pas de vision d’espoir dans ces scènes urbaines et ne rend pas le film facile pour le spectateur. Il nous décrit une Bulgarie corrompue, où les puissants affament et augmentent les inégalités. Les problèmes d’argent font agoniser le pays jusqu’à ce que les dernières solutions soient l’immigration ou le suicide.

        On rencontre dans Taxi Sofia, cinq chauffeurs de taxi, pour qui cela est souvent le deuxième métier pour joindre les deux bouts. Au fur et à mesure, on découvre une partie de leur histoire, de leur morale, toujours teintées de désespoir et de solitude. Un homme qui a perdu son fils, un professeur au bout du rouleau et moqué de ses élèves, une femme qui a tout perdu pour avoir refusé les avances d’un homme. Ces portraits nous captivent, nous attristent et nous émeuvent, ils se font l’incarnation de l’ambiance du pays. De la même façon que Taxi Téhéran de Jafar Panahi dressait un portrait de la société iranienne.

         Le réalisateur après avoir réalisé plusieurs documentaires poursuit sa quête du réalisme dans la fiction. Les musiques sont rares et toujours diégétiques. De plus, le réalisateur fait le choix de filmer entièrement en caméra épaule, nous plaçant au plus proche des personnages, la caméra étant souvent à la place du mort. Le film est composé par de longs plans séquence, où la caméra alterne entre le chauffeur, le client et la rue derrière les vitres du taxi, suivant même parfois les personnages en dehors du véhicule. Le réalisateur utilise aussi le hors-champ, par exemple une jeune écolière monte à l’arrière du taxi, la caméra film le chauffeur qui semble la regarder, interloqué, puis revient sur elle et fait découvrir au spectateur qu’elle se change, se maquille et qu’elle ne compte pas aller à l’école aujourd’hui ... Ce réalisme appuie le propos du film et l’empathie qu’éprouve le spectateur pour la détresse des personnages.

       Le film est accompagné tout du long par des témoignages de personnes, diffusés à la radio, qui réagissent au drame s’étant déroulé le matin même. Majoritairement, les témoins soutiennent le tireur et expriment leur haine envers les banquiers qu’ils estiment responsables du malheur du pays. Cela étend les horizons de l’histoire, et nous rappelle que nous ne suivons pas des situations exceptionnelles, mais qu’elles illustrent un sentiment général.

        Le film s’achève sur le discours d’un client qui explique à un chauffeur prêtre, que Dieu a abandonné la Bulgarie et que seul l’argent est maitre désormais. Taxi Sofia est donc très politique, et se révèle plus efficace qu’un discours, il nous dépeint cette Bulgarie au bord du chaos et nous invite à repenser l’individualisme destructeur de nos sociétés et notre rapport à l’argent. C’est un film qui secoue et que je vous invite à voir si vous êtes prêts à en subir le contre coup.

                                         Rebecca, première spécialité cinéma-audiovisuel












«  Novembre 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930 

Liens

Rubriques

Derniers commentaires

- <%RecentCommTitle%>

Canal RSS

Abonnement




Hit-parade