Renoir fait son cinéma

Carrie, le diable du bal

Par madamecuicui - publié le samedi 11 novembre 2017 à 06:15

        Carrie est un nom qu’on a plus besoin de présenter. Celui d’une lycéenne tourmentée par ses camarades qui ne voient en elle qu’un défouloir plutôt qu’un être humain, ignorée par presque la totalité de ses professeurs; le nom d’une enfant abandonnée par son père, victime du fanatisme religieux de sa mère, de la torture psychologique que cette dernière lui inflige. Carrie, c’est tout d’abord un livre, le premier de celui qu’on appelle désormais « Le roi de l’épouvante » : Stephen King. Brian de Palma fut le premier à proposer une adaptation d’un de ses romans, elles sont aujourd’hui plus de 80, et il s’agit probablement aussi de l’une des plus pertinentes.



                         Carrie, victime de la méchanceté et de la bêtise ©splendor film

        J’ai entendu beaucoup de gens être déçus de ce film, avec pour argument principal le fait que tout le côté horrifique n’arrive que dans la dernière demi-heure, voire que le film ne fait pas peur du tout, que le reste est trop lent, et qu’on s’attarde sur un objet aussi futile qu’un seau. Je pense plutôt que le but de ce film n’est pas de faire peur comme on est habitués à avoir peur aujourd’hui. Dans Carrie, l’horreur c’est les autres, et ça nous révolte. On ne nous cache pas ce qu’il va se passer, on le sait inévitable, et pourtant on le redoute jusqu’aux derniers instants, on veut changer l’histoire et laisser au personnage son instant de bonheur, parce qu’on s’y attache malgré son étrangeté.


        Si on s’attarde sur l’esthétique du film, on en apprend encore plus. Dès la première scène, le travelling avant qui nous fait passer d’un plan d’ensemble à un plan taille sur Carrie (Sissy Spacek) l’isole, tout comme lors de la scène du bal elle est isolée dans un split screen : elle d’un côté, le monde de l’autre, comme s’il ne fallait pour rien au monde quitter cette bête de foire des yeux. Avant cela, elle était sous le feu des projecteurs, accompagnée de Tommy, leur moment de gloire entrecoupé par des vues subjectives de Carrie sous les applaudissements des élèves. Puis un long travelling remonte le long de la corde tenant le seau, nous laissant comprendre ce qui est sur le point de se passer. Et tout ralentit, là ou la musique vient habilement faire monter la tension du spectateur, annonçant la coupure qu’on redoutait tant. A défaut d’avoir écrit le scénario de ce film, que l’on doit à Lawrence D. Cohen, Brian de Palma apporte sa propre lecture de la psychologie et de la place des personnages au travers de sa mise en scène.


        Ce film a bien sûr des défauts, dans son rythme parfois trop lent, ainsi que beaucoup de faux raccords tels que la couronne de Carrie qui disparaît après la chute du seau, le miroir qui se brise et tombe en morceau mais qui, dans la séquence suivante, est réparé et simplement fissuré, ou bien la voiture qui roule en marche arrière lorsqu’on voit Sue marcher vers la maison de Carrie. Le changement de comportement de Sue est également difficile à comprendre au sein du film, mais cela rentre dans le cadre du grand nombre de contradictions qu’il propose : Carrie qui redoute sa mère, mais qui l’aime malgré tout, le bal au visuel paradisiaque qui devient infernal, la professeur de gym qui souhaite aider mais qui admet avoir envie de gifler Carrie malgré tout...


        Carrie est donc un film complet, touchant dans son imperfection et qui a su résister aux années qui lui ont permis de recevoir un regard différent de la part d’un public d’une nouvelle époque.


                                         Cherynn, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel.


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