Renoir fait son cinéma

Le sens de la comédie

Par madamecuicui - publié le mercredi 1 novembre 2017 à 09:06
       Un mariage a lieu dans un splendide château. Max (Jean-Pierre Bacri), qui gère l’organisation de cette soirée avec ses employés, a du mal à maintenir le calme dans son équipe. Il faut dire que les réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache ont attribué à chaque personnage un caractère propre bien trempé. Leur confrontation recèle un fort pouvoir comique. Assez vite, cette soirée de mariage va virer au noir pour Max dont les problèmes s’accumulent provoquant l’hilarité générale chez les spectateurs. Il va alors tout mettre en œuvre pour sauver les apparences d’une soirée réussie et ainsi conserver son métier. Le titre illustre bien ce qui est différent pour chacun : le sens de la fête.
Instant de grâce pendant le mariage. © Thibault Grabherr 2017 

        Le film perpétue la tradition de la comédie française à la manière de Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon : Il vise un public très large. Nakache et Toledano ont retenu deux générations différentes d’acteurs comme Jean-Pierre Bacri et Jean-Paul Rouve (Guy) opposés à Eye Haidara (Adèle) et Vincent Macaigne (Julien). La confrontation de ces deux générations d’acteur est fructueuse, le jeu avec leurs différents styles comiques relève, par moments, du feu d’artifice.

       Les réalisateurs transforment les problèmes de la vie quotidienne en sujets de comédie. Le comique de mots est tonique, notamment dans les dialogues avec les employés étrangers, toujours accompagnés d’un comique de situation  : leur langue natale et leur emploi non-déclaré ne rappellent que trop bien la question actuelle de l’intégration. Dans la scène où Guy découvre une application de rencontre par géolocalisation grâce à son stagiaire Bastien, le comique de situation traite de la modernité technologique et du choc entre les générations. Certes, le scénario repose uniquement sur une succession de petits sketches comiques qui concordent entre eux, mais c’est pour le plus grand plaisir du spectateur.

        La musique du film représente un atout majeur. Toledano et Nacache misent de manière inattendue sur Avishai Cohen. C’est la première musique de film du musicien israëlien, et c’est un choix gagnant. Sa musique accompagne à la perfection la scène ou le marié réalise un numéro d’acrobatie dans les airs. Dans cette scène, les réalisateurs jouent sur le contraste entre l’obscurité de la nuit noire et le blanc onirique du ballon. Le choix de la musique paraît idéal pour transporter le spectateur en même temps que le ballon. La bande-son aux accents de jazz, va accompagner les personnages dans l’organisation des préparatifs, dans les situations difficiles : elle sait maintenir l’attention du spectateur jusqu’à la scène finale.

       Le sens de la fête est donc composé et réalisé à la perfection pour plaire à tout public.


                                            Martin, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel

Un magnifique trip hallucinant héritier des Gialli et des Westerns Spaghetti

Par madamecuicui - publié le jeudi 26 octobre 2017 à 10:53

        Quatre ans après la sortie de l’envoûtant L’étrange couleur des larmes de ton corps, le duo de réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani nous propose leur nouveau film, toujours aussi hypnotisant. Laissez bronzer les cadavres ! est l’adaptation du roman du même nom de Jean-Patrick Manchette & Jean Pierre Bastid. L’action se passe dans une maison en ruine sur la côte méditerranéenne. Après avoir braqué un fourgon et volé 250Kg d’or, Rhino et ses acolytes ont trouvé refuge sur ces lieux appartenant à une peintre excentrique, Luce. Mais tout ne va pas se passer comme ils l’espéraient; ils se retrouvent avec femme, enfant et nounou sur les bras, la police vient s’en mêler.


                                        

       Comme dans tous leurs films, l’influence des gialli est très présente, un genre italien largement popularisé par le maitre du genre Dario Argento avec des films comme Profondo Rosso ou Suspiria. On sent dans ce film cette influence par l’esthétisation du sang et de la violence, ainsi que la présence d’une forme d’érotisme. Ce sont les piliers de l’esthétique des Gialli. Mais on sent aussi une influence des Westerns Spaghetti, et des films de Sergio Leone, par l’utilisation de musiques d’Ennio Morricone ou encore par la façon de mettre en scène les fusillades. Et enfin, le duo s’est aussi beaucoup inspiré du mouvement artistique du nouveau-réalisme car le personnage de Luce a été inspiré par Niki de Saint Phalle. En effet la peinture est assez présente dans le film, sous toutes ses formes : percée par des coups de feu au début du film ou projetée sur les corps qui deviennent alors des toiles, plus tard dans le film. Les réalisateurs se sont aussi inspirés de l’artiste du même mouvement, Tinguely, pour les décors, comme avec ce cheval en bois surplombé d’un crâne humain. Dans ce film Hélène Cattet et Bruno Forzani ont mélangé beaucoup d’influences graphiques pour que le film ait une esthétique unique et personnelle.

        Ce film est une vraie expérience de cinéma, l’image y est magnifiquement maitrisée par la maestria du chef opérateur, Manuel Dacosse. Chaque séquence réinvente la manière de filmer, ainsi la séquence de dialogue au début entre Luce et Rhino, où, à la place de faire un simple champ-contrechamp, les réalisateurs utilisent un travelling latéral qui fait des allers-retours entre les deux personnages mais en réduisant à chaque trajet l’échelle de plan. On pouvait déjà voir ce genre de travelling dans Le mépris de Godard. L’image cultive vraiment un coté organique aussi grâce à l’utilisation de la pellicule. Chaque plan est travaillé comme une photo et la lumière est très bien gérée aussi, comme, par exemple dans les flashbacks où une femme exécute ses fantasmes, chaque plan est en contrejour donc on ne voit aucun trait, exceptées les silhouettes, ce qui donne à la séquence un côté vraiment surréaliste.

        Le son de ce film est traité avec une maîtrise géniale et nous absorbe totalement dans cette expérience surréaliste, de manière très sensorielle et envoûtante. Les bruitages ont tous été enregistrés en post-production par un bruiteur, ensuite Cattet & Forzani ont passé trois mois à doser chaque son pour nous immerger le plus possible dans leur univers. Et on le sent. Chaque son est très prenant, on a l’impression de les entendre en vrai. Mais il y a aussi des bruits surréalistes, par exemple, un personnage allume une cigarette et son briquet fait le bruit d’un grand feu, ce qui surprend beaucoup.

     En bref ce film est une expérience hypnotisante, aussi bien visuelle que sonore. Un film unique et magnifique recommandé aux amateurs de gialli, de western spaghetti et surtout à ceux qui n’ont pas peur de perdre leur repères et qui aiment se laisser guider par un film.

                              Jules, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel.



A l’atelier, écouter sans juger

Par madamecuicui - publié le mercredi 25 octobre 2017 à 09:38

Antoine (Matthieu Lucci) participe à un atelier d’écriture avec d’autres jeunes en insertion. Un atelier animé par Olivia (Marina Foïs) avec pour but d’écrire un roman noir. Antoine va tout de suite se démarquer en n’étant pas dans le même registre que les autres. Lui préfère s’exprimer sur les problèmes de notre monde actuel, notamment le terrorisme plutôt que d’écrire un récit sur le passé de la Ciotat. L’Atelier, réalisé par Laurent Cantet, aussi auteur du prestigieux  Entre les murs, a remporté la palme « d’Un certain regard » au festival de Cannes 2017.


                       Antoine semble en vouloir à sa maitre de stage©bande-annonce du film

Un film très enrichissant grâce aux différentes trajectoires accomplies par les personnages. Nous plongeons dans une ambiance chaleureuse au milieu de ces criquets et de ces lumières chaudes du Sud.

L’affiche nous en dit déjà beaucoup sur le film : on distingue directement Antoine en arrière-plan avec un visage fermé alors que beaucoup de sourires se montrent devant lui. Tout au long de cette heure et cinquante minutes nous allons découvrir un personnage à deux facettes. D’un côté nous avons l’Antoine qui exprime ses idées violentes et parfois trash, et de l’autre nous avons un jeune homme doux, attentionné avec sa famille et calme lorsqu’il retrouve ses moments de solitude dans les calanques. Cela va d’ailleurs créer un rythme dans le film. Un rythme marqué par l’importance des silences lorsque Antoine se retrouve seul. Rythme aussi interrompu par des lectures à voix hautes à plusieurs reprises. En bref, Antoine est un jeune homme perdu dans ses idées. Idées racistes, qu’il peut exprimer de manière maladroite, et qui vont l’exclure du groupe. Antoine nous est montré comme un garçon qui essaye de trouver des réponses sur des questions qu’il se pose sur le monde, la société qui ne lui fait pas de place, et sur lui-même. Olivia dans tout ça essaye de préserver le calme et la sérénité au sein de son atelier. Une relation particulière s’installe entre le stagiaire et l’écrivaine. Antoine lui jette de la haine sans cesse mais une attirance mutuelle est présente entre les deux protagonistes

La majorité des scènes sont tournées en extérieur mais Laurent Cantet choisit toujours des plans serrés et, très rarement, de montrer l’horizon, ce qui nous fait entrer dans ce microcosme de l’atelier. Le réalisateur place souvent la caméra de manière à ce que le spectateur ait l’impression d’être un jeune de l’atelier et de participer au débat. Il invite le spectateur à se positionner ainsi qu’à se poser les mêmes questions qu’eux. Nous pouvons aussi remarquer une grande présence des écrans dans ce film. Prenons par exemple le premier plan du film, un aventurier de jeu vidéo vagabondant seul dans un monde imaginaire. Pourquoi ne pas l’assimiler à Antoine ?

Ce film aborde un débat très actuel, notamment sur la question de « pourquoi l’Homme tue ? », et donc aborde la question du terrorisme. Sans jugement. Les dialogues très naturels et des idées très différentes sont exprimées à travers les jeunes aux histoires et aux caractérisations bien différentes. L’Atelier essaie de comprendre les racines de la violence et laisse entendre qu’elle s’ancre dans un problème de solitude, de difficultés dans le rapport aux autres. Ce qui est fort dans ce film, c’est que même si nous ne sommes pas d’accord avec les idées des personnages, nous nous attachons à eux très rapidement. Le film interroge aussi la transgression de l’écrivain, les limites de l’artiste. En effet, la parole porte ce film, elle peut représenter un danger mais permettre aussi une libération.

                               Youn, première spécialité cinéma-audiovisuel





Quel prix à payer pour être Numéro Une?

Par madamecuicui - publié le mardi 24 octobre 2017 à 10:19
       Numéro Une est le portrait d’une femme d’affaire brillante, Emmanuelle Blachey, qui s’est donnée les moyens d’accéder à un poste à haute responsabilité dans une grande société. Une opportunité professionnelle se présente grâce à un mouvement féministe : prendre la tête d’Anthéa, une grosse entreprise du CAC40. L’univers de la finance nous plonge dans un monde dominé largement d’hommes misogynes. Entre sexisme et abus de pouvoir, comment s’en sortira-t-elle ?

 Moment rare de tendresse et complicité entre Emmanuelle et sa fille ©Pyramide distribution


       Tonie Marshall met en scène une femme, incarnée par Emmanuelle Devos,  qui a l’air déterminé, investie dans son travail et très occupée. Dès le début du film, on découvre une femme sûre d’elle, mais qui en même temps s’efface, se fond dans la foule comme si elle ne voulait pas que l’on remarque sa présence, malgré son assurance. Emmanuelle Blachey est très aimée de son mari (John Lynch), il la supporte dans tous ses combats malgré le peu de temps qu’elle peut accorder à sa famille. Emmanuelle est l’une des meilleurs de son groupe et cela se ressent, notamment par son travail acharné. Elle rentre tard à cause de son travail, elle est souvent seule le soir, il y a donc autour d’elle, une grande solitude, autant dans le travail que chez elle. Les tensions familiales sont inévitables, les choix d’Emmanuelle ne seront pas toujours bien accueillis. Elle est une femme très instruite, très perfectionniste, et très saine d’esprit, en dépit des attaques masculines qui la dénigrent tout au long du film. Pourtant, cette image de femme forte n’est qu’une facette, elle cache un trouble et une fragilité, marquée par l’absence de sa propre mère. 

        En creux, se dessine le portrait d’une majorité masculine au pouvoir. On s’en rend d’autant plus compte lors d’une scène de réunion de travail où il y a seulement deux femmes. Cette réunion renforce le fait que les hommes se comportent de façon odieuse envers les femmes et se permettent des réflexions déplacées.

        Le groupe des femmes qui pousse Emmanuelle à la tête d’Anthéa met en scène des femmes courageuses et déterminées qui aideront Emmmanuelle à prendre des décisions et établir des stratégies pour gagner la bataille. Véra (Suzanne Clément) prête à tout, sera la plus encourageante, elle prendra les coups pour épargner Emmanuelle, la protéger et gagner par tous les moyens possible.

        Les couleurs omniprésentes sont froides, alors la difficulté, la pression et la tristesse deviennent les maitres-mots d’un milieu uniquement rythmé par la compétition. Cette ambiance est présente sur le toit de l’entreprise, quand Emmanuelle parle avec ses employés des projets et de l’avenir de l’entreprise.

          Les moments avec sa fille, sont des moments de véritable joie, avec une musique nostalgique qui leur remémore des souvenirs de bonheur. Ces moments évoquent beaucoup de complicité et de douceur entre une mère et sa fille. Mais cela, ainsi que tous les instants de douceur avec sa famille, sont représentés en plan d’ensemble pour mettre une distance entre le spectateur et sa famille. En revanche les plans rapprochés poitrine et les champs-contrechamps nous rapprochent de son monde du travail et nous imposent une lutte intense de pouvoir hommes/femmes. C’est le cas quand elle s’oppose par exemple à son concurrent Jean Beaumel (Richard Berry) lors de rencontres informelles ou d’autres événements.

          Tonie Marshall dénonce à travers son long métrage les inégalités hommes/femmes, en particulier dans le monde du travail. Un film engagé qui montre que les mentalités évoluent, si les efforts se poursuivent, bientôt les inégalités ne seront plus que des mauvais souvenirs. Un film qui fait réfléchir, à ne pas manquer.


                                                  Louisa, première spécialité cinéma-audiovisuel

THE PARTY, LE HUIS-CLOS INFERNAL

Par madamecuicui - publié le mercredi 11 octobre 2017 à 10:18
            Janet, jouée par K. Scott Thomas, vient d’être élue ministre de la santé et décide de fêter cet évènement avec ses amis. Elle les invite alors à dîner mais ce repas tourne vite mal. Peu à peu, les personnages saturent d’imprévus fracassants et d’annonces choquantes et se retrouvent à dire ou faire ce qu’ils n’auraient jamais imaginé.
                       April et Gottfried chacun de leur côté sur un canapé ©Sally Potter

C’est avec un soin de composition d’image très maîtrisé et un humour britannique très fin que Sally Potter nous fait vivre un carnage presque sanglant. Autour de la nouvelle ministre de la santé gravitent six personnages riches en caractère ayant chacun un secret qui va être dévoilé au cour de la soirée comme une balle de ping-pong qui rebondit et qui détruit tout sur son passage. Le tout est en noir et blanc, sur une bande originale variée et colorée qui installe une ambiance agréable, en opposition à celle du contexte. Le jeu d’acteur est merveilleux, comme le casting dans lequel on retrouve Kristin Scott Thomas, Patricia Clarkson ou encore Bruno Ganz.

      Le rythme est plutôt lent au début puis accélère au fur et à mesure que les personnages s’emportent. De cette manière, le temps ne passe ni lentement, ni rapidement. L’histoire prend son temps, ne traîne pas, ni ne se précipite à finir. 1h05 est le temps parfait pour ce film. Il nous tient en haleine du début à la fin grâce au suspens quant aux réactions des personnages. En le regardant, le spectateur n’a aucune idée de comment peut finir ce carnage, mais croyez-moi, vous ne serez pas déçus.

        Esthétiquement parlant, ce film est extrêmement réussi. Par le choix du noir et blanc, qui renforce le côté noir de l’histoire, et par le choix des plans qui renforcent le côté drôle. Par exemple, lorsqu’un personnage met un vinyle sur le tourne-disque, le plan est en contre-plongée depuis l’objet et nous fait voir les personnages sous un angle incongru qui les rend ridicules. De plus, les plans montrant le mari sont très rapprochés en gros plans sur sa tête, tellement près que son visage en est presque déformé.

         Dans la lignée de Carnage de Roman Polanski, le film démontre que le mensonge ou le fait de cacher des choses à ses proches peut avoir de très grosses répercussions sur les autres et sur nos actes.

       Ce huis-clos est parfaitement dosé entre folie et humour et le suspens est présent tout au long des 65 minutes. En bref, allez le voir !

                                               Maëlle, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel.

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