Renoir fait son cinéma

La mélodie… du bonheur

Par madamecuicui - publié le mardi 14 novembre 2017 à 10:56

       Apprendre le violon à des collégiens au tempérament difficile, et les mener jusqu’au concert de fin d’année à la Philharmonie de Paris, tel est le gros défi que doit relever Simon (Kad Merad), un musicien qui, faute de mieux, devient professeur.

Simon (Kad Merad) fait jouer Arnold (Renély Alfred) devant toute la classe pour donner l’exemple ©ArnaudBorrel

Une vie ne se remplit pas uniquement de passion, d’exaltation, d’enchantement, de réussite, de joie ou encore d’ambition. A bientôt cinquante ans, Simon ne croule pas sous les projets et les propositions. Ce violoniste se retrouve alors professeur, un peu malgré lui. Il découvre des élèves difficiles, à l’attitude mouvementée, bourrés de joie et d’énergie, toujours en effervescence, et rarement concentrés. Pas très emballé, il se rend vite compte que cette année ne va pas être simple. Mais le spectateur garde espoir et prend plaisir à découvrir leur progression. On rit, on pleure, on s’inquiète avec ses enfants déterminés qui se découvrent une réelle passion pour le violon. C’est vrai qu’on part de rien avec eux, mais c’est très plaisant de les voir évoluer, d’être le témoin de cette relation qui se lie entre les différents personnages.

Au début du film, on découvre, en même temps que le personnage de Kad Merad, son nouveau lieu de travail, ses élèves, ses collègues. Rapidement les points de vue évoluent et on vit également cette histoire à travers les yeux des enfants et notamment, du très talentueux Arnold (Renély Alfred). Il est l’un des personnages principaux de ce premier long-métrage de Rachid Hami et il prend progressivement une place plus importante à l’image et dans le scénario, sans effacer les autres.

Ces enfants apportent de la fraicheur de la légèreté à la personnalité plus froide et rigide de Simon. La sincérité et la justesse de leur interprétation est remarquable. A l’image, ils sont vrais, leur jeu d’acteur est certainement très proche de ce qu’ils sont dans la vie. Ces jeunes comédiens contribuent grandement à la réussite de ce film sans fioritures ni ratures. On s’attache indéniablement à ces « sales gosses ». On se sent parfois proche de ce qu’ils vivent et ressentent. On assiste à de vraies scènes de tension, de joie, de doute, de tristesse, de vie tout simplement.

        Un professeur, des élèves, la musique, évidemment ce sont des éléments qui nous font penser aux Choristes, de Christophe Barratier. Souvenez-vous, on suit un professeur de chant, Gérard Jugnot, qui essaie de créer quelque chose d’intéressant avec des élèves désintéressés puis des liens se tissent, les élèves prennent goût au chant, l’un d’eux se distingue… Ici, on est dans un collège de banlieue, avec des jeunes ados pour qui l’école n’est pas forcément une priorité. Nous voilà dans une version plus moderne de ce joli film français sorti en 2004.

Mais vous n’aurez pas de sensation de déjà vu car La mélodie prend des allures de documentaires tant dans la sobriété de la manière de filmer que dans la crédibilité du jeu des acteurs. Pas de niaiserie, d’histoire romancée, de dialogue surfait, vous y un découvrirez au contraire un Kad Merad métamorphosé. Il n’est pas là pour faire rire et n’a pas le rôle du comique. Dans ce film, il endosse un personnage beaucoup plus sérieux, et nous surprend car il nous prouve ses réelles capacités d’acteur dramatique. Avec lui, Farid (Samir Guesmi), le professeur principal de la classe de 6ème dont il s’occupe, est convaincant. Il est l’intermédiaire le lien entre les enfants et Simon, l’aide à s’intégrer, le soutient.

Ne tardez pas pour aller découvrir ce film qui fait du bien et pourquoi pas rencontrer son réalisateur lors de sa projection ce vendredi 17 novembre à 20h dans votre cinéma Les 400 Coups.

                                  Jules, première spécialité cinéma-audiovisuel

Taxi Sofia, le monde derrière les vitres des taxis

Par madamecuicui - publié le dimanche 12 novembre 2017 à 10:55

         Dans son nouveau film Taxi Sofia, le réalisateur bulgare Stephan Komandarev nous fait suivre cinq chauffeurs de taxi conduisant la nuit, à Sofia, capitale de la Bulgarie, après qu’un drame provoque un débat national. En effet, un petit entrepreneur, à cause de dettes qu’il ne pouvait pas payer, a tiré sur son banquier avant de se suicider.


     Un chauffeur qui trouve pour seule compagnie un chien errant. ©Selma Linski


        Le film est terriblement dramatique, il nous plonge dans l’univers des taxis de nuits où se côtoient la misère, la solitude, les démunis, où la tension entre les classes sociales explosent. Le réalisateur ne nous laisse pas de vision d’espoir dans ces scènes urbaines et ne rend pas le film facile pour le spectateur. Il nous décrit une Bulgarie corrompue, où les puissants affament et augmentent les inégalités. Les problèmes d’argent font agoniser le pays jusqu’à ce que les dernières solutions soient l’immigration ou le suicide.

        On rencontre dans Taxi Sofia, cinq chauffeurs de taxi, pour qui cela est souvent le deuxième métier pour joindre les deux bouts. Au fur et à mesure, on découvre une partie de leur histoire, de leur morale, toujours teintées de désespoir et de solitude. Un homme qui a perdu son fils, un professeur au bout du rouleau et moqué de ses élèves, une femme qui a tout perdu pour avoir refusé les avances d’un homme. Ces portraits nous captivent, nous attristent et nous émeuvent, ils se font l’incarnation de l’ambiance du pays. De la même façon que Taxi Téhéran de Jafar Panahi dressait un portrait de la société iranienne.

         Le réalisateur après avoir réalisé plusieurs documentaires poursuit sa quête du réalisme dans la fiction. Les musiques sont rares et toujours diégétiques. De plus, le réalisateur fait le choix de filmer entièrement en caméra épaule, nous plaçant au plus proche des personnages, la caméra étant souvent à la place du mort. Le film est composé par de longs plans séquence, où la caméra alterne entre le chauffeur, le client et la rue derrière les vitres du taxi, suivant même parfois les personnages en dehors du véhicule. Le réalisateur utilise aussi le hors-champ, par exemple une jeune écolière monte à l’arrière du taxi, la caméra film le chauffeur qui semble la regarder, interloqué, puis revient sur elle et fait découvrir au spectateur qu’elle se change, se maquille et qu’elle ne compte pas aller à l’école aujourd’hui ... Ce réalisme appuie le propos du film et l’empathie qu’éprouve le spectateur pour la détresse des personnages.

       Le film est accompagné tout du long par des témoignages de personnes, diffusés à la radio, qui réagissent au drame s’étant déroulé le matin même. Majoritairement, les témoins soutiennent le tireur et expriment leur haine envers les banquiers qu’ils estiment responsables du malheur du pays. Cela étend les horizons de l’histoire, et nous rappelle que nous ne suivons pas des situations exceptionnelles, mais qu’elles illustrent un sentiment général.

        Le film s’achève sur le discours d’un client qui explique à un chauffeur prêtre, que Dieu a abandonné la Bulgarie et que seul l’argent est maitre désormais. Taxi Sofia est donc très politique, et se révèle plus efficace qu’un discours, il nous dépeint cette Bulgarie au bord du chaos et nous invite à repenser l’individualisme destructeur de nos sociétés et notre rapport à l’argent. C’est un film qui secoue et que je vous invite à voir si vous êtes prêts à en subir le contre coup.

                                         Rebecca, première spécialité cinéma-audiovisuel











Carrie, le diable du bal

Par madamecuicui - publié le samedi 11 novembre 2017 à 06:15

        Carrie est un nom qu’on a plus besoin de présenter. Celui d’une lycéenne tourmentée par ses camarades qui ne voient en elle qu’un défouloir plutôt qu’un être humain, ignorée par presque la totalité de ses professeurs; le nom d’une enfant abandonnée par son père, victime du fanatisme religieux de sa mère, de la torture psychologique que cette dernière lui inflige. Carrie, c’est tout d’abord un livre, le premier de celui qu’on appelle désormais « Le roi de l’épouvante » : Stephen King. Brian de Palma fut le premier à proposer une adaptation d’un de ses romans, elles sont aujourd’hui plus de 80, et il s’agit probablement aussi de l’une des plus pertinentes.



                         Carrie, victime de la méchanceté et de la bêtise ©splendor film

        J’ai entendu beaucoup de gens être déçus de ce film, avec pour argument principal le fait que tout le côté horrifique n’arrive que dans la dernière demi-heure, voire que le film ne fait pas peur du tout, que le reste est trop lent, et qu’on s’attarde sur un objet aussi futile qu’un seau. Je pense plutôt que le but de ce film n’est pas de faire peur comme on est habitués à avoir peur aujourd’hui. Dans Carrie, l’horreur c’est les autres, et ça nous révolte. On ne nous cache pas ce qu’il va se passer, on le sait inévitable, et pourtant on le redoute jusqu’aux derniers instants, on veut changer l’histoire et laisser au personnage son instant de bonheur, parce qu’on s’y attache malgré son étrangeté.


        Si on s’attarde sur l’esthétique du film, on en apprend encore plus. Dès la première scène, le travelling avant qui nous fait passer d’un plan d’ensemble à un plan taille sur Carrie (Sissy Spacek) l’isole, tout comme lors de la scène du bal elle est isolée dans un split screen : elle d’un côté, le monde de l’autre, comme s’il ne fallait pour rien au monde quitter cette bête de foire des yeux. Avant cela, elle était sous le feu des projecteurs, accompagnée de Tommy, leur moment de gloire entrecoupé par des vues subjectives de Carrie sous les applaudissements des élèves. Puis un long travelling remonte le long de la corde tenant le seau, nous laissant comprendre ce qui est sur le point de se passer. Et tout ralentit, là ou la musique vient habilement faire monter la tension du spectateur, annonçant la coupure qu’on redoutait tant. A défaut d’avoir écrit le scénario de ce film, que l’on doit à Lawrence D. Cohen, Brian de Palma apporte sa propre lecture de la psychologie et de la place des personnages au travers de sa mise en scène.


        Ce film a bien sûr des défauts, dans son rythme parfois trop lent, ainsi que beaucoup de faux raccords tels que la couronne de Carrie qui disparaît après la chute du seau, le miroir qui se brise et tombe en morceau mais qui, dans la séquence suivante, est réparé et simplement fissuré, ou bien la voiture qui roule en marche arrière lorsqu’on voit Sue marcher vers la maison de Carrie. Le changement de comportement de Sue est également difficile à comprendre au sein du film, mais cela rentre dans le cadre du grand nombre de contradictions qu’il propose : Carrie qui redoute sa mère, mais qui l’aime malgré tout, le bal au visuel paradisiaque qui devient infernal, la professeur de gym qui souhaite aider mais qui admet avoir envie de gifler Carrie malgré tout...


        Carrie est donc un film complet, touchant dans son imperfection et qui a su résister aux années qui lui ont permis de recevoir un regard différent de la part d’un public d’une nouvelle époque.


                                         Cherynn, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel.

Logan Lucky : une course à la richesse

Par madamecuicui - publié le mercredi 8 novembre 2017 à 02:21

       Logan Lucky est un titre plutôt ironique et en même temps révélateur d’une courte période de la vie mouvementée de deux frères : Les Logan (Channing Tatum et Adam Driver). Deux frères, une malédiction qui leur colle à la peau depuis tout petits. Cela ne va pas les empêcher de poursuivre leur but : cambrioler la banque de la course Charlotte Motor Speedway. Le seul problème est que leur principal associé est incarcéré. Les Logan n’ont aucune chance dans la vie, mais tout va changer...


©Fingerprint Releasing, All Rights Reserved / Claudette Barius

      Le réalisateur du film, Steven Soderbergh, était censé avoir mis fin à sa carrière dans le cinéma quelques années auparavant. Il revient pourtant avec Logan Lucky et un scénario très cliché : un cambriolage organisé et une incarcération. Le film se réfère aux films d’actions du type Fast and Furious. En effet, il met en avant des cascades spectaculaires bourrées de testostérone et d’effets spéciaux. Ce film se présente comme un drame policier il n’en reste pas moins humoristique, la voiture enflammée en est un parfait exemple. En effet, dans cette scène « stressante » les deux frères se comportent très sereinement, comme si leur acte n’était qu’une simple banalité.
       En deux heures, l’enthousiasme que j’éprouvais à l’idée de revoir Daniel Craig à l’écran, fut anéanti. C’était pour moi un acteur à l’image de films d’action à succès tel que James Bond. Dans Logan Lucky, il casse complètement cette image pour incarner une tête-brûlée. Mais c’est vrai qu’il incarne à merveille le bandit et également, l’ingénieur du groupe de malfaiteurs. Tous les personnages, sont des stéréotypes de la population américaine : une jeune femme affriolante (Riley Keough), une femme remariée (Katie Holmes) à un riche homme d’affaire (David Denman) et son ex-mari (Channing Tatum) qui connait la misère. Sans oublier la fierté américaine, avec le personnage de Clyde Logan (Adam Driver), un ancien soldat en Irak et amputé d’un bras. Le réalisateur trace alors un portrait critique de l’Amérique, bien loin de l’american dream.
        Le spectateur en sait parfois plus que les personnages, parfois il en sait moins, cela crée du suspens et de la surprise. Les répétitions de sons asynchrones font monter la tension du spectateur. Plus le film passe et plus le suspens dure, tout en conservant une dose d’humour.
         Un film qui offre un bon moment, conseillé à tous les amateurs d’action.

                               Emma, 1ère spécialité cinéma-audiovisuel

         


La belle et la meute, un film de zombies ?

Par madamecuicui - publié le mardi 7 novembre 2017 à 09:38

Tout commence dans cette boîte de nuit en Tunisie où Mariam (Mariam Al Ferjani) rencontre Youssef (Ghanem Zrelli), tous deux sont sous le charme l’un de l’autre mais ce sentiment va vite s’évaporer lorsque la belle se fait violer par des policiers. Soutenu par Youssef qui la convainc de porter plainte, ils vont se battre pour ses droits durant toute la nuit. La Belle et la meute est un film tunisien réalisé par Kaouther Ben Hania.


La Belle et la Meute : Photo Ghanem Zrelli, Mariam Al Ferjani

« ma vie c’est comme un film de zombies » dit Youssef à Mariam ©Copyright Jour2fête


       Ce thriller inspiré d’une histoire vraie nous plonge dans un univers de tensions et de suspense. A chaque interrogatoire il y a une ambiance oppressante. Mariam est pratiquement tout le temps dans le champ, à l’aide de travellings et de plans-séquence.  Le spectateur se sent constamment avec elle. Plus le film avance, plus Mariam se sent seule, et plus le spectateur ressent les mêmes sentiments qu’elle. Quel que soit le lieu, dans l’hôpital, le commissariat ou la voiture, le spectateur est en attente de quelque chose, de ce qui va se passer.

       « Ma vie est comme un film de zombies » c’est ce que dit Youssef à Mariam dans la salle d’attente du commissariat, et en effet, La belle et la meute se déroule du début de la nuit jusqu’au petit matin, moment où les morts-vivants se réveillent. Malgré son ambiance particulièrement froide, quelques moments de légèreté, furtifs, viennent rassurer le public, par exemple quand Mariam est avec la policière ou l’infirmière qui toutes deux sont des femmes, ou encore avec le vieux policier qui encourage Mariam à porter plainte. Mais ces moments de soulagement sont aussitôt supplantés par des sentiments de panique, comparables aux films de zombies. Le titre La belle et la meute fait allusion avec ironie au film La belle est la bête de Jean Cocteau. La vie ce cette jeune femme ne ressemble pas à un conte et ne se termine pas en happy end. Et, par moment, aussi,  Mariam, « la belle » à la fois charmante et innocente, se retrouve seule face aux policiers, à la meute, comme la Belle de Cocteau face à la bête.

        « N’abandonne pas tes droits » dit un homme à la jeune femme. Ce film féministe ne laisse pas de doute, et résonne avec l’actualité. Il dénonce de nombreux faits comme les droits non respectés de la femme tunisienne mais aussi le fait qu’elles ne puissent compter que sur elles-mêmes. Il encourage donc les femmes à se battre pour leurs droits sans pour autant ignorer les souffrances qu’elles doivent endurer pour arriver à cela. Il dénonce aussi certaines lois tunisiennes relatives aux femmes violées ainsi que la manipulation de la police et une certaine banalisation de la violence par certains policiers indifférents au cas de Mariam.


        Il faut être prêt à affronter la dure nuit de cette jeune femme car ce long métrage très prenant mérite une attention particulière. Étant très réaliste, il captive du début à la fin le spectateur.


                                             Clara, première spécialité cinéma-audiovisuel



Succès, lumière soudaine, risque d’effondrement

Par madamecuicui - publié le lundi 6 novembre 2017 à 10:39
       Adaptation du roman de Delphine de Vigan (2015) par Roman Polanski, D’après une histoire vraie est un thriller psychologique retraçant l’histoire de Delphine, romancière. Delphine (Mathilde Seigner) est l’auteur d’un roman intime sur sa mère. C’est un personnage fragilisé par son passé et éreinté par l’engouement des lecteurs, mais aussi des critiques dont elle fait l’objet, comme des lettres anonymes... Elle fera la rencontre d’une de ses lectrices surnommée « Elle » (Eva Green), à une période où réécrire est pour elle une dure épreuve. Cette jeune femme semble vouloir redonner confiance en la romancière.

Echange entre Delphine et Elle © Carole Bethuel

Dès le début, cette lectrice nous semble déjà bien particulière. Elle se dit grande admiratrice de la romancière. Celle-ci se fait appeler « Elle » ce qui, déjà, annonce un personnage mystérieux. A partir de ce moment là , les deux femmes commencent à se côtoyer. Delphine commence à éprouver de l’affection pour cette lectrice se démarquant des autres ; toutes deux entament une relation fusionnelle, qui prendra une tournure inattendue. Tout au long du film nous suivons ces deux femmes, toutes deux très contrastées ; l’une (Delphine) : austère, angoissée, ayant des traits physiques affaiblis, et l’autre (Elle) : séduisante, intelligente, sûre d’elle, qui évolue ensuite dans le film de manière imposante. Un peu à la manière de Harry, dans Harry un ami qui vous veut du bien (Dominik Moll, 2000) ou encore Annie dans Misery (Bob Reiner, 1991).

Le réalisateur a particulièrement mis l’accent sur les plans fixes, notamment des gros plans sur les visages, des jeux de regards, entre les personnages, et entre les personnages et la caméra. Cela met en valeur leurs expressions et accentue le côté intrigant de cette histoire. Le film est servi de musiques sinistres, des sonneries de téléphone répétitives et stressantes, ainsi que de plusieurs scènes de pluie battante, renforçant son côté angoissant. Les images froides et sombres aident également à cet effet.

       Ce film, sur le thème de l’écriture, évoquant la peur de la page blanche, les limites que peuvent avoir certaines relations humaines, nous transporte dans un univers mêlant réalité, rêve et fiction. Le spectateur détient une place particulière ; tout d’abord en assistant à certaines scènes que certains personnages du film ne voient pas ou ne savent pas (nous avons la plupart du temps le même point de vue que Delphine) ; et ensuite en ne sachant pas certains faits. Cela donne un suspens inquiétant, le spectateur peut parfois se sentir mal à l’aise. Cela le fait s’ interroger et réfléchir, au fur et à mesure que le film prend une tournure de plus en plus en angoissante.
        
D’après une histoire vraie  est un film à voir, intrigant et bouleversant.

                                         Eléa, première spécialité cinéma-audiovisuel

Je t’aime à en crever

Par madamecuicui - publié le dimanche 5 novembre 2017 à 09:28

       Corps et âmes, réalisé par la talentueuse réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi, nous plonge pendant 1h et 56 minutes dans le monde du rêve et de l’apparence de troubles psychologiques de deux personnages. Un cerf, une biche, vagabondent dans le paysage féerique d’une forêt enneigée, la lumière aveuglante, les éblouit, un pelage désirable s’étale au dessus de toute leur chaire. Leurs pas délicats se fondent tendrement dans la neige, presque craquelante, voire irréelle. Leur museau se cherchent, se trouvent, se touchent, les deux êtres partagent une connexion, un amour qui les enchaînerait presque dans ce monde idyllique. Le monde animal dans toute sa splendeur. Un même rêve que deux personnes, un homme et une femme, l’Ève et l’Adam, partagent. Il est directeur, elle est nouvelle, comme contrôleuse qualité dans son entreprise. Il est invalide de son bras gauche, elle est atteinte d’hypermnésie. Il est plus vieux, elle est plus jeune. Il a accumulé les conquêtes, elle a la phobie du contact. Il vit dans un appartement légèrement trop banal, et dans sa saleté habituelle, elle vit dans la propreté irréelle, où tout est parfaitement calculé. Il s’appelle Endre (Morcsanyi Géza), elle s’appelle Maria (Alexandra Borbeli), et tout deux s’aiment à travers leurs aventures nocturnes oniriques qui les tourmentent. Mais réussiront-ils à retrouver cet amour dans la rude réalité ?

Maria et Endre, ensemble, en rêve. Photo Alexandra Borbeli © Le Pacte

Le sang coule et s’étale en un fleuve marbré de rouge sur un sol blanc comme neige. Les têtes pures et innocentes tombent, les os se font battre par les pinces écervelées et démentes que même le diable n’aurait pu concevoir. La peau est à son tour enlevée de son corps, restant pour autant attachée à l’âme. L’abattoir. Le jour, la mort des bêtes dans un abattoir nous est montrée avec une réalité fracassante. Par contraste, la nuit est peuplée des rêves qui délivrent la beauté pure du monde animal sauvage, et dont les deux protagonistes sont intensément épris. Ce film réussit à nous troubler. Le romantisme arrive à s’installer dans le monde cruel de l’abattage, un amour né parmi les fleuves de sang qui les entourent. Un chef-d’½uvre réussi.

Ce film, ne peut se voir attribuer un genre en particulier, nous passons par le documentaire, tout nous est partiellement dévoilé de la vie dans un abattoir. Personne sensible s’abstenir fortement... le cou tranché d’une vache où le sang se déverse à en perdre conscience est dérangeant. La comédie romantique, elle, nous emmène dans une histoire intense avec un aspect presque gênant pour le spectateur. Les deux personnages sont très caricaturés, maniaques, ils possèdent des manies presque insensées parfois incomprises par le spectateur. Le drame, s’institue également, nous assistons à des troubles humains profonds, l’inquiétude, une histoire d’amour presque impossible et dangereuse pour ces deux personnages.

Tout le film est fondé sur un contraste constant, le jour, la nuit, l’abattoir, le rêve animal, la lumière, l’ombre, les personnages présentent eux-aussi ces contrastes, avec leur rapport au toucher ou encore leur appartement, qui ne se ressemblent aucunement et qui sont un certain reflet de leur personnalité. Le son très présent dans le film comporte une place importante, les bruitages de chaque chose, chaque petits objets du quotidien, sont mis en évidence et accentuent toujours plus le monde réel. La musique n’apparait que quand les protagonistes en écoutent, et devient d’autant plus importante et mélodieuse. Les plans sont très souvent des gros plans, nous nous arrêtons sur chaque objet, chaque détail, chaque mouvement, chaque regard, ils deviennent de plus en plus importants, ils possèdent tous un rôle spécial, le petit pot de sel, n’est plus un infime petit pot de sel, la protagoniste le fait parler, il devient Endre, il est Endre, et reste Endre aux yeux du spectateur. Le montage est très lent, tout au long du film, sont réalisés des plans assez longs, tout comme le jeu d’acteur qui est lui aussi très lent. Alexandra Borbeli dans le rôle de Maria et Morcsanyi Géza dans le rôle d’Endre, présentent un jeu d’acteur très prometteur.

Le réalisateur utilise avec beaucoup de soin la lumière et les jeux de lumières, presque plus intensément que le son. Quand, elle, est dans la lumière, lui, se trouve dans la pénombre, rajoutant donc une sensation d’impossibilité à leur amour. Ils se cherchent mais ne se trouvent point. Ce n’est que tout deux, lorsque la nuit tombent qu’ils se retrouvent et partagent un moment intime ensemble.

Un film a partie liée avec Black Swan de Darren Aronofsky, en ce sens qu’il est une recherche de la personnalité. Lui aussi mélange de l’illusion et de réalité dure, les coups et blessures, physiques et mentales, la perte de conscience, l’ombre la lumière, le noir, le blanc. Le spectateur ressort stupéfait du film lui-même, scotché sans aucun avis à pouvoir exprimer, nous sommes ébahis, là est toute la réussite du réalisateur.

Une histoire d’amour dérangée, au-delà de l’étrange, dans un humour décalé. Un film sensible, et tourmenté. Un personnage féminin presque psychorigide allant à l’outrance. Une musique définitivement enivrante. Un toucher sensuel des éléments. Une longueur presque infinie, interminable, démangeant presque l’esprit. Corps et âme. Un chef d’½uvre à ne pas manquer.

                                  Eva, première spécialité cinéma-audiovisuel

Une belle femme, une belle maison, de la belle vaisselle, de belles paroles...

Par madamecuicui - publié le samedi 4 novembre 2017 à 09:39

Brooklyn Yiddish est le premier film de Joshua Z Weinstein. Il dépeint le quotidien de Menashe (Menashe Lustig), un employé d’une épicerie dans Borough Park, quartier juif ultra-orthodoxe de Brooklyn. Suite à la disparition de sa femme, il se bat pour la garde de son jeune fils Ruben. Il se bat car la tradition hassidique lui interdit de l’élever seul. « Une belle femme, une belle maison, de la belle vaisselle » tel est le but à atteindre dans la vie d’un juif hassidique. Dans un quartier où la religion est constamment présente, Menashe possède, lui, un point de vue singulier, unique et très particulier, du fait qu’il ne se fond pas totalement dans le milieu hassidique, ainsi, il baille lors de ses prières à la synagogue...



Menashe s’occupant de son fils un soir ©SophieDulacProductions


       Dans la catégorie des films réalistes, Brooklyn Yiddish peut s’identifier à Après la tempête de Hirokazu Kore-Eda. Il fait partie de ces films intimistes où le contact avec la vie des gens du coin ne peut être évité. Z Weinstein offre alors à son film un côté optimiste par la douce mise en scène. Il jongle avec une sensation de légèreté et d’étouffement complet. La relation entre Menashe et son fils, très fragile, donne l’impression de pouvoir se briser à tout instant et nous retient en haleine tout au long du film.

      Réalité et désillusion, drame et documentaire, Joshua Z Weinstein décide d’associer ces deux registres afin de donner à son film, joué en yiddish, une dimension documentaire qui peut rappeler par moment celle des frères Dardenne. Le réalisateur veut faire comprendre la société et en particulier l’univers hassidique. Lui qui, au départ est documentariste, affirme avoir filmé : « un monde à part, fascinant, moins fermé que capable de s’abstraire avec une impressionnante facilité de la modernité, et de son environnement ». Dans un microcosme auquel il appartient malgré lui, Menashe est une porte entre le Brooklyn connu des touristes et celui plus intime, voire inaccessible. Nous avons accès à la religion sans poser de regard critique ou accusateur mais seulement humain.

       Le réalisateur inscrit donc ses personnages dans un univers qui est le leur au quotidien : le lavage des mains dès le réveil, l’habillage, la coiffure, la prière, shabbat le vendredi  soir … Néanmoins, le traitement de la lumière esthétise les plans, comme pour adoucir la réalité. Des longs plans séquences montrent la lenteur des gestes. Nous suivons les personnages dans leur sphères les plus intimes. Le réalisateur ne cherche pas à embellir ses protagonistes ; il cherche la présence corporelle et travaille la façon d’occuper l’espace. Il compose son cadre de manière à mettre en avant ce qu’il souhaite : il privilégie les gros plans pour les détails des gestes (la lavage de mains, la coiffure) et filme avec délicatesse l’expression de ses acteurs amateurs. Se dresse alors le portrait d’autant plus réel de Menashe que ce n’est pas un rôle de composition : c’est sa vie, son histoire, son propre rôle. L’une des dernières scènes, le Mirkvé (bain rituel qui permet la purification dans le judaïsme) fait référence au symbolisme de l’eau. Se laver est lié à une forme de renaissance. Le corps se met en accord avec l’esprit.


Brooklyn Yiddish est l’histoire d’une personne que nous pourrions croiser dans la rue. Comme vous et moi. Ce film nous permettra de voyager dans un microcosme empli de culture et tradition, à Borough Park. L’émotion est très retenue.


                              Lucile, première spécialité cinéma-audiovisuel.

Au revoir là-haut : entre réalisme et fiction.

Par madamecuicui - publié le samedi 4 novembre 2017 à 09:04

Au revoir là-haut, est un retour dans les années folles, à Paris, en 1919. L’acteur et réalisateur, Albert Dupontel, adapte le roman de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013, en une comédie dramatique qui nous transporte dans un monde après la première guerre. Edouard (Nahuel Perez Biscayart) est un jeune soldat de famille riche parti au front. Le 9 novembre 1918, à l’arrêt des combats, il se fait arracher la bouche par un morceau d’obus. C’est alors que lui et Albert (Albert Dupontel), un camarade du front à qui il a sauvé la vie, se lancent dans une histoire d’escroquerie de monuments aux morts. Tout cela mêlé à une amitié forte avec une petite fille (Héloïse Balster), à une addiction à la morphine et à la dure souffrance d’une nouvelle vie après la guerre.


         Albert découvrant le premier masque d’Edouard accompagné de Louise © Jérôme Prébois


       Le film est rythmé par des travellings qui dynamisent le récit et qui nous rapprochent des personnages, des objets. Ils nous font rentrer dans l’intimité du personnage et insistent sur la signification importante de l’objet, comme quand Albert est dans le salon des Péricourt et qu’il tombe sur la photo de mariage de la s½ur d’Edouard avec l’horrible lieutenant Pradelle. Une voix off apparaît aussi pendant le long métrage, celle d’Albert. Cela nous rappelle que le film est un récit en flash-back et qu’Albert le raconte depuis Marrakech, lors d’une arrestation en novembre 1920. C’est d’ailleurs à la fin de cette narration qu’il annonce le titre du film : “Au revoir là-haut” pour parler de son ami proche.

    Les compositions de plans sont très variées, le plan zénithal (ou plongée) est très utilisé. Il nous montre le personnage comme faible et inférieur et le met dans une situation de solitude et de détresse. Les musiques sont d’époque et nous mettent directement dans le contexte du film. Les couleurs sont principalement ternes et froides, ce qui transmet l’apparence d’une vie dure et de beaucoup de souffrance. Ce n’est que lors des moments entre les deux hommes et la fillette que des couleurs chaudes apparaissent. La joie et le réconfort sont présents. Ce film laisse transparaître quelque chose de magique, avec tous les masques extravagants et colorés que porte Edouard, la gueule cassée, pour se cacher. Mélangeant les genres, ce long métrage balance entre réalisme et fiction de manière originale.


        Le film nous met face à la condition humaine, ce qui fait penser aux livres d’Emile Zola où les personnages se retrouvent constamment dans la misère et où on retrouve les différences entre les classes sociales. Mais il montre surtout une morale, comme dans une fable. La mort règne tout le long mais laisse place aussi à l’entraide et à l’amour. Le personnage du lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte), incarne la haine. Il est l’homme type qu’on déteste du début à la fin. Laurent Lafitte joue une personne odieuse et infâme, qui se fait de l’argent sur le dos des morts : un peu le cliché du bourgeois. En contraste, la douceur est mise dans les mains de Louise, elle comprend la souffrance d’Edouard et traduit ses mots pour qu’Albert le comprenne. On saisit son rôle lorsqu’elle caresse, sans peur ni dégoût, la cicatrice de la “bouche” du jeune soldat. Elle nous réchauffe le c½ur avec son rire et ses petites attentions.


        Au revoir là-haut nous emmène, en 117 minutes, dans un monde qui mêle horreur et délicatesse, et où chaque personnage à sa place. Ils montrent, chacun, les différentes façons de réagir à cette dure société. Réaliste et merveilleux, c’est un film français à ne surtout pas louper.


                                              Jeanne, première spécialité cinéma-audiovisuel

Carrie, mais pourquoi ont-ils une dent contre elle ? 

Par madamecuicui - publié le vendredi 3 novembre 2017 à 09:24
        Carrie White (Sissy Spacek), est une jeune fille recluse, seule et moquée par ses camarades. À la maison ce n’est pas mieux, car la jeune fille vit avec sa mère, fanatique, qu’elle craint autant qu’elle l’aime. Notre héroïne est donc seule face à ses problèmes. C’est dans ce climat anxiogène que Carrie découvre qu’elle est douée d’un pouvoir de télékinésie. Ce film d’horreur de Brian de Palma, sorti en 1977, s’ouvre sur la fin d’un match de volley-ball et l’entrée au vestiaire de l’équipe. Ces deux scènes donnent le ton du film. En effet Carrie y est moquée et harcelée, car, la vraie horreur de ce film, c’est cette histoire d’une jeune fille rejetée et sans repères.

Sissy Spacek en Carrie pendant la scène culte du bal de promo.©splendor films


       La mise en scène est remarquable pour souligner la détresse de l’héroïne. Par exemple avec de nombreux plans très proches des personnages (en général plan poitrine) ou des surcadrages qui enferment le spectateur avec Carrie. La lumière et les couleurs jouent aussi beaucoup pour l’ambiance du film. En effet on remarque notamment deux couleurs dominantes, le bleu et le rouge. Le bleu semble rappeler la solitude de Carrie quand le rouge semble représenter ses désirs. Cette mise à nue des sentiments de la jeune femme nous rapproche encore plus d’elle. Quant à la lumière, toute les ombres crééent une véritable ambiance oppressante, par exemple lors des scènes dans le placard.

        Les acteurs sont tous très bons. Le groupe de jeune femme qui harcèle Carrie est détestable. La mère de cette dernière (Piper Laurie) est effrayante. Et enfin Carrie (Sissy Spacek) et attachante et il est impossible de ne pas être au moins remplie de compassion face à sa prestation. On finit parfois par avoir de l’affection pour des personnages comme Sue (Amy Irving) et même accepter des actions impardonnables grâce à ce jeu d’acteur très juste. Seul bémol, les acteurs qui jouent les étudiants peuvent sembler un peu trop âgés pour ce genre de rôle.

        Il est assez impressionnant que le film arrive à nous faire tout suivre sans jamais casser le rythme. L’usage des procédés comme le split-screen, permet d’éviter un nombre trop important de cut; le ralenti, permet de saisir toute l’action; ou l’accéléré, peu communs, sont très bien employés. Le thème récurrent du sang permet aussi de bien suivre les enjeux de l’histoire. il est présent dès la première séquence. Il est aussi un thème important des sermons de la mère et il est évidemment présent durant la scène du bal.

        Pour finir je parlerais de la présentation des pouvoirs de Carrie. Le spectateur les découvre en même temps qu’elle, et de la même manière. Il est agréable de voir que ce film n’est pas tombé dans le cliché d’une séquence où on verrait l’héroïne s’entrainer à utiliser ses pouvoirs. Ici, on nous montre leur fonctionnement en quelques scènes bien choisies et le spectateur saisit directement. La musique aide sûrement à cela via, notamment, un thème aux violons grinçants qui peut rappeler celui de Psychose de Alfred Hitchcock.

        En conclusion, je dirais qu’il est intéressant de voir ce film car il offre une expérience au spectateur. Ce dernier est mis face à des situations très difficiles et instables. Ici nous ne sommes donc pas sur une peur liée à la surprise, malgré le jump-scare final, mais sur une peur liée à une tension et une angoisse efficace et intelligente, mise en place durant tout le film. Là où le film et d’autant plus intelligent, c’est qu’il joue sur des peurs communes et universelles. Des peurs comme celles liées aux changements propre à l’adolescence et l’incompréhension qui en découle ou celle du rejet par exemple. Dans une certaine mesure il traite aussi de la peur du parent qui voit son enfant grandir et s’éloigner. De ce fait, il aborde avec une justesse rare des thèmes comme la sexualité, l’image de soi et la solitude. Carrie peut donc toucher tout le monde et chacun s’y retrouvera.


                                       Hugo, première spécialité cinéma-audiovisuel


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