La rencontre des deux coquettes, scène 9 de la Dispute
La rencontre de deux coquettes.
Du début à « venez apprendre à vous connaître et à vous taire. »
Quels sont les ressorts et les fonctions du comique ?
Depuis la scène III, le spectateur, le prince et Hermiane observent Eglé : narcisse moderne obsédé par sa propre image.
A la scène IX, Eglé seule en scène aperçoit au loin une nouvelle personne inconnue d’elle comme du spectateur (Adine), la rencontre des deux personnages féminins tourne à l’affrontement.
Composition : dynamique qui permet le déploiement de l’affrontement. Aux premières répliques : à distance l’une de l’autre. Etonnement et désir de se comparer : rapprochement. Chacune s’intéresse à l’autre mais pour avoir confirmation de sa propre supériorité : l’échange devient duel.
Le passage se conclut par l’annonce de l’arrivée de Carise dont Adine espère qu’elle tranchera la dispute en sa faveur.
Brièveté des répliques au début : rythme soutenu, allongement progressif qui prouve la tension.
Se rappeler que le théâtre est "réaction", comme nous l’avons expérimenté dans les propositions de jeu que vous avez faites, et que l’acteur doit se donner le temps de réagir à ce qui lui arrive et à ce qui lui est dit : ex effet de surprise de la rencontre pour Adine et Eglé, cette dernière étant surprise par l’arrivée d’Adine au moment où elle s’admire dans le miroir et dans le ruisseau, il faut jouer l’observation minutieuse qu’elles font l’une de l’autre et l’évaluation qu’elles sont amenées à faire, il faut rendre par le jeu l’exaspération qui monte devant l’absence de reconnaissance de la beauté qu’elles prétendent toutes deux supérieure à l’autre.
Relevez les tentatives d’humilier et de vexer l’autre.
Notez l’appel à la confirmation de la beauté par le témoignage des « trois autres personnes » : l’autre sert de faire valoir.
Symétries et miroirs qui provoquent des effets comiques
Comique de la scène tient d’abord à la situation de méconnaissance et d’étonnement. + sujet même de la dispute : comble de la coquetterie ( Qui est la plus belle ?), absence de résolution et construction symétrique des répliques qui signifient l’enfermement des deux coquettes dans leur défaut.
Comique verbal : tonalité plaisante de la scène : alors qu’Adine proclame fièrement « je ne suis pas comme vous » lorsqu’elle concède à Eglé quelque qualité physique, le spectateur est frappé par la proximité des deux personnages : leurs expériences passées (un galant, « trois personnes » qui les admirent, la contemplation de soi dans le ruisseau) et leur narcissisme. Ce paradoxe entre la conscience de soi et l’image donnée de soi est cause de ridicule.
Comique lié à l’étrange incompréhension mutuelle : Eglé et Adine invoquent des règles de courtoisie sans agir de manière concordante. Le dramaturge a voulu montrer un même caractère, voire une même nature : d’autant plus sensible que les personnages se pensent différents ! (Répétition du champ lexical de la vue, motif du ruisseau et du miroir.)
Portrait de deux coquettes : coquetterie qui motive la dispute et explique qu’aucune des deux ne perçoive combien elle ressemble à l’autre. Relevez tous les termes et procédés qui prouvent le narcissisme, l’égocentrisme des deux jeunes filles.cf la répétition du pronom "moi", les tournures dévalorisantes à l’égard de l’autre et élogieuses pour soi. La gestuelle qui vise à se faire admirer de l’autre.
Du dialogue comique à une question philosophique sur le rapport à autrui.
Une scène emblématique du projet théâtral de Marivaux :
Dimension philosophique : Marivaux moraliste qui étudie les comportements : pouvoir de l’amour- propre et aveuglement sur soi et sur autrui qui en résulte. En peintre – pessimiste- de la nature humaine, il fait de la coquetterie et de la rivalité les premières caractéristiques des femmes ; l’innocence et la vertu ne sont guère de mise dans cet Eden reconstitué.
Question philosophique : Est-il possible d’entretenir une relation à autrui qui ne soit pas flatterie de l’amour-propre ? Autrui détient-il une altérité ou n’est-il qu’un miroir ?
En jouant de différents types de comique, le texte soulève des questions essentielles. La comédie n’est pas pur divertissement ! Scène IX très drôle mais pessimiste car l’amour-propre gouverne les relations humaines.