Penser après les cours...!

Blaise Cendrars et Apollinaire

Par cyberblaise - publié le mardi 8 juin 2010 à 12:54 dans Alcools d’Apollinaire

Tous deux sont des engagés volontaires de la guerre de 14 pour obtenir la nationalité française:

http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/098054/la-loi-du-sang.html

 

Proximité d’inspiration:

http://jazzthierry.blog.lemonde.fr/2009/07/17/blaise-cendrars-et-le-mythe-du-phenix/

 

Voyager avec une belle version internet de la prose du transsibérien que vous pouvez lire aussi dans le manuel:

http://www.poesie.net/transib.htm

 

Lire "Les Pâques à New York":

http://electrodes.wordpress.com/2009/11/19/paques-a-new-york-blaise-cendrars/

 

Notes sur Apollinaire (2) d’après la NRP

Par cyberblaise - publié le mardi 8 juin 2010 à 12:39 dans Alcools d’Apollinaire
 

Qu’est-ce que l’esthétique de la surprise?

1.La surprise, ressort de l’esprit nouveau :
« L’esprit nouveau est également dans la surprise.C’est ce qu’il y a en lui de plus vivant, de plus neuf. La surprise est le grand ressort du nouveau.C’est par la surprise, par la place importante qu’il fait à la surprise que l’esprit nouveau se distingue de tous les mouvemenst artistiques et littéraires qui l’ont précédé. » Conférence de 1917
Alcools manifeste de cette esthétique, constitutive de l’art moderne, cf les peintres amis de l’auteur.


2. La recherche de la variété : diversité des formes poétiques, apparence disparate de la composition.Innovations formelles mêlées à des réminiscences de tradition et à une inspiration livresque et eclectique.
Appel à des lecteurs très diversifiés : « je voudrais qu’aimassent mes vers un boxeur nègre américain, une impératrice de Chine,une jeune femme de bonne race française, une jeune paysanne iatlienne et un officier anglais des Indes. » Lettres à sa marraine

3.La juxtaposition des registres : constant mélange des niveaux de langue, des types d’énoncés, des registres qui créent des dissonances souvent humoristiques ou de ruptures de ton. Ainsi le sacré se mêle au profane dans Zone, l’ermite.Contrastes entre les mots rares et triviaux cf Chanson du mal aimé : un cul de dame damscène
Palais : Dame de mes pensées au cul de perle fine/Dont ni perle ni cul n’égale l’orient. : mélange burlesuqe de registres.
Le lyrisme, l’élégie ou la mélancolie se trouvent ponctués par des touches de fantaisie et d’humourcf dans salomé, l’évoaction tragique de l’épisode biblique se clôt par une strophe ludique de comptine et désacralise le mythe.

4.Le principe de discontinuité : d’une pièce à l’autre de son recueil mais aussi à l’intérieur des poèmes et même des vers : esthétique du collage sans lien logique manifes cf 1909, Fiançailles, caractère énigmatique du recueil.
Procédés : énumérations hétéroclites v161 à 165 de Vendémiaire
Fragmentation de la syntaxe , soulignée par l’absence de ponctuation
Asyndète : rupture de construction
Collages polyphoniques d’énoncés : cf Les Femmes
Indécision sur l’instance narrative, énonciative.

5.Des images insolites : comparaisons et métaphores cf Soleil cou coupé dans Zone, appositions qui génèrent des images saisissantes en supprimant tout lien logique, « mains feuilles de l’automne », métaphores filées, litanies. Humour des rapprochements ; » c’est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat » : Les Fiançailles

 


L’inspiration mythique d’Apollinaire dans Alcools ( d’après le dossier NRP)

1.Une oeuvre éclectique:

Le goût du syncrétisme et de l’ésotérisme.
Minimise ses lectures par coquetterie, mais passion pour la mythologie et les légendes les plus diverses, allusions à des mythes paiens et judeo-chrétiens, mêle les inspirations et les époques pour réinterpréter sa propre existence et créer sa mythologie personnelle. Mythe : occasion d’une transfiguration.

2. Les mythes antiques : réécriture du mythe d’Orphée cf héros de « la chanson du mal aimé » errant dans la « demi brume » londonienne pleure la perte de sa bien aimée perdue et se plaint des "ombres infidèles » qui le rendent ‘si malheureux ».
Allusion aussi à Ulysse, à son retour à Ithaque, mêlée à des références au Pharaon d’Egypte.
Dasn « le Brasier » : phénix, symbole de renaissance et evoque la figure d’Amphion, fils de Zeus et d’Antiope, qui édifia les remparts de Thèbes au seul son de sa lyre qui faisait se mouvoir les pierres.
Vendémiaire : mythe d’Ixion.
Allusions aux sirènes...

3.Les références judeo-chrétiennes :

La Mer rouge traversée par les Hébreux dans la Chanson du Mal Aimé
Salomé dansant pour Hérode et obtenant la tête de Jean-Baptiste ( topos littéraire des Symbolistes et décadents)
Références à la Passion du Christ : le larron, l’ermite, un soir, les fiançailles et Zone.
Apollinaire compare le martyre du Christ aux souffrances du poète oscillant entre ses amours maudites et l’espoir symbolique d’uen résurrection. Parfois proche du blasphème, fantaisie et dérision jamais loin.) allusions obscènes dans l’ermite, ascension du Christ comparée à l’aviation moderne dans Zone)

4.Légendes médiévales découvertes à l’adolescence : Merlin cf L’enchanteur pourrissant ( 1909) :Merlin et la vieille femme

5 Folklore germanique : La loreley, figure de sirène maléfique attirant par son chant les bateliers venus s’échouer au pied d’une falaise bordant le Rhin, réécriture de textes de Brentano et de Heine, poètes allemands.autres personnages typiques : sorcières, nixes nicettes, tziganes, brigands (Schinderhannes)
Registre féérique qui envahit les scènes de la vie quotidienne et populaire. ( Rhénanes)

Apollinaire en brassant ses mythes réécrit les données de sa propre histoire, poétise l’expression de la souffrance en l’inscrivant dans une culture plus large et plus universelle.Il s’identifie au Christ, au larron, à Merlin mais aussi à la Loreley s’interrogeant sur l’énigme de sa propre identité et sur ses difficultés relationnelles. Cf Cortège !

 

 

L’Automne pour Apollinaire.

Pour lui, comme pour tant d’autres poètes il s’agit d’une saison de prédilection. La mort de l’été, les vendanges de septembre, l’approche de l’hiver offrent une gamme infinie de couleurs et de symboles aux auteurs d’élégie et de méditation sur la fuite du temps. Les Romantiques en avaient fait l’un de leurs motifs favoris. Il s’agit donc d’un thème presque banal et qu’Apollinaire s’approprie de façon originale.

1. Récurrence du mot dans le recueil : saison emblématique du poète dans « Signe » : « je suis soumis au Chef du Signe de l’automne »
Apollinaire est né au début de l’automne sous le signe de la Vierge.
Parfois il féminise le genre de cette saison : « Mon automne éternelle ô ma saison mentale », il l’associe aux souffrances de l’amour, au déclin, dans des images parfois macabres et violentes : « les mains des amantes jonchent ton sol ».
« Colchiques » dont le dernier mot est « automne » annonçait cette idée : le pré est joli mais vénéneux en automne.
« Marie » évoque « tes mains feuilles de l’automne »
Thème de l’infidélité : « l’automne a fait mourir l’été ».
Rhénane d’automne : jour des morts.
Vendémiaire : saison bachique de l’ivresse poétique : » Que Paris est beau à la fin de septembre ».

2. Les prédecesseurs : le 16 ème siècle préfère le printemps mais trouver le poème de Ronsard « Hymne à l’Automne « ( poète déjà placé sous le signe de la fureur divine et poétique).
Peu de place au 17ème siècle, au 18ème siècle quelques beaux vers de Delille dont Lamartine se souviendra :
« Là si mon coeur nourrit quelques profonds regrets,
si quelque souvenir vient rouvrir nos blessures,
J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature »

19ème siècle : Mémoires d’Outre- tombe de Chateaubriant : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ce soleil qui refroidit comme nos amours...
Lamartine reprend l’image des feuilles, appelée à devenir un cliché littéraire et celle du deuil de la nature faisant écho aux souffrances de l’homme : cf « Salut bois couronné d’un reste de verdure...(...) le deuil de la nature convient à ta douleur. »..
Plus tard Baudelaire se tourne lui aussi vers l’automne cf « Spleen » : « C’était hier l’été voici venir l’automne...
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ »

Verlaine : « Chanson d’automne » : « il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville... »
Symboliste Jean Moreas, plus décadent Jules Laforgue, plus Jacques Prévert : Les feuilles mortes.

Suffisamment d’exemples pour monter la dimension symbolique du thème et la façon dont Apollinaire l’utilise pour révéler ses propres angoisses et obsessions.
Apollinaire pratique énormément la réécriture et la variation sur des thèmes connus, y compris à l’intérieur de sa propre œuvre : cf Loreley, Salomé, Merlin, Le larron etc



!

Cubisme et futurisme, l’environnement artistique d’Alcools.

Alcools paraît en 1913, en pleine période d’ébulition artistique et intellectuelle. Apollinaire est un poète passionné de peinture, ami des artistes les plus en vue de l’époque, curieux des mouvements avant gardistes qui se manifestent dans les arts plastiques mais aussi la musique et la littérature. D’une part il en subit l ‘influence, et de l’autre, il joue lui-même un rôle décicif dans cette explosion des formes et des langages. L’écrivain qui comprend et explique la peinture moderne mieux que personne est lui-même dans son domaine un novateur averti des théories les plus avancées de ses pairs, etd ont la poésie peut à son tour inspirer des amis peintres et écrivains. Apollinaire se flattait d’ailleurs d’avoir, par ses écrits sur l’ar,t eu une influence en Europe.

Un mois avant la publication d’Alcools, Apollinaire fait paraître Les Peintres Cubistes, Méditations esthétiques. Qui sont ces peintres cubistes et en quoi consiste leur art, découvert par le grand public deux ans auparavant en 1911, et objet d’un scandale mémorable ?
Autour des peintres Georges Braque et Pablo Picasso, rejoints par Marcel duchamp et Robert Delaunay s’élabore au début du siècle une esthétique révolutionnaire de la peinture et de la représentation. Deux éléments sont au centre de cette approche radicalement nouvelle- mais dont l’origine est à chercher dasn la peinture de Cézanne et dans certaines influences venues d’Afrique ou de ce que l’on appelle les arts premiers. ( voir "Zone" les fétiches comprarés au Christ")

-l’utilisation des formes géométriques ( cylindres, cônes, sphères, cubes...) contribuant à donner une image "analytique », éclatée par la décomposition de ses formes élémentaires ;

-l’approche dite de la représentation simultanée ( ou simultanéisme) qui consiste à abandonner le point de vue unique de celui qui peint comme de celui qui regarde et à multiplier les angles de vision qui démultplient la perspective. D’où ces vidages doubles ou triples synthétisant le sprofils justaposés d’un modèle.

La tentation est forte de vouloir retrouver cette vision éclatée dans les téléscopages de thèmes et de structures du recueil d’Apollinaire. Faute de pouvoir analyser avec précision la construction, on est amené parfois à la qualifier de "cubiste". Il est vrai que le poète multiplie lui aussi les points de vue et les émotions les plus divers et que son livre est fait de morcellements et de fragments juxtaposés. Le portait du poète  par Picasso qui illustre la couverture de l’édition originale, et la publication conjointe de l’étude de l’écrivain sur la peinture cubiste, suggèrent une assimilation de sa manière à celle de ses amis plasticiens. On a d’ailleurs pris l’habitude de considérer le mouvement cubiste comme représentant toutes les formes- et pas seulement picturales- du renouveau artistique du début du XXème siècle. Il faut prendre garde à ne pas pousser trop loin le parallèle. Apollianire ne voulait pas entendre parler de cubisme littéraire. Le travail du peintre n’est pas celui de l’écrivain. Il reste que des convergences de sensibilité et d’imagination sont évidentes.

Apollinaire a entretenu de véritables amitiés avec les peintres qui allaient devenir fameux : Picasso et la bande du Bateau Lavoir.
Il fréquenta Picasso dès 1904 lors que le peintre espagnol s’installe dans son atelier appelé le « Bateau Lavoir ». Cette bâtisse délabrée au coeur de Montmartre a été surnommée ainsi par le poète Max Jacob car elle lui rappelait la maison des lavandières.Là dans une misère à peine tempérée par quelques ventes de tableaux se retrouvent des artistes qui deviendront célèbrent dans uen atmosphère joyeuse : Matisse, Cocteau, Braque, derain. C’est là qu’il rencontre une femme peintre Marie Laurencin...
Ces jeunes peintres décidèrent de rendre hommage au Douanier Rousseau lors d’un banquet organisé en son honneur fin novembre 1908. Ce peintre original qui ne commença à peindre qu’à 44 ans est habituellement rangé sous l’étiquette des « naïfs ». il a peint en particulier un tableau intitulé "La Muse inspirant le poète" qui représente Apollinaire et Marie Laurencin en 1909.Elle eut une relation amoureuse tumultueuese avec Apollinaire et ils se séparèrent finalement en 1912. cette rupture affecta beaucoup le poète : cf Marie, Le pont Mirabeau, même si l’écriture poétique gomme la dimension biographique.
Marie Laurencin a peint au début de leur amour en 1908 un tableau intitulé "Au bateau Lavoir ou Apollinaire et ses amis" : le poète trône au centre entouré de Fernande Picasso, Picasso, la chienne de Picasso et Marie elle même.
C’est au Bateau Lavoir que Picasso laisse découvrir à ses amis majoritairement réticents, son grand tableau révolutionnaire "Les Demoiselles d’Avignon" qui en 1907 tend la main aux arts primitifs d’Océanie et d’Afrique, lançant ainsi la recherche picturale que l’on appellera bientôt le « cubisme ». (VOIr ces tableaux en ligne)

Le futurisme

L’influence du poète Marinetti, promoteur du futurisme, est également à signaler, sans que cette influence soit pour autant aussi forte qu’on ait voulu parfois le suggérer. Le manifeste futuriste date de 1909, date de parution dans le Figaro. Ses auteurs se veulent ennemis du passé et vantent les aspects le splus modernes de la vie : usine, machines, automobiles dont la poésie doit selon eux restituer la dynamique. Pour ce faire, ils préconisent une écriture sans ponctuation, sans marques de liaison, faite de verbes à l’infinitif éviant les adverbes et les adjectifs, dasn une syntaxe volontairement brisée. Bien entendu sont reniés à la fois le Romantisme et le Symbolisme des générations précédentes. Le radicalisme de ces théories n’est nullement partagé par Apollinaire. Pour ce dernier, tradition et modernité sont deux momenst inséparables de la vie artistique, il s’agit donc « d’embrasser d’un coup d’oeil le passé, le présent et l’avenir »

Ni imitation d’une tradition ni rejet de l’histoire, la poésie d’Apollinaire chante le présent, fruit du passé et graine pour l’avenir. Sa suppression de la ponctuation doit moins à Marinetti qu’à un goût d’Apollinaire pour la fluidité du vers. Apollinaire est passionné par l’aventure artistique de son temps mais il n’appartient à aucune doctrine. Il dialogue avec les peintres, ses ami,s comme en témoigne un poème tel que « Saltimbanques » qui rappelle l’attention manifestée par Picasso à ce monde nomade du spectacle populaire dans son tableau de 1905 Les Bateleurs ou Famille de saltimbanques.




Notes sur Apollinaire (1) (suite d’après TDC)

Par cyberblaise - publié le mardi 8 juin 2010 à 12:34 dans Alcools d’Apollinaire

Apollinaire, précurseur du surréalisme

Il est d’abord l’inventeur du mot en qualifiant de "drame surréaliste » sa pièce Les Mamelles de Tiresias en 1917.Dans la préface il écrit :
« Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait du surréalisme sans le savoir. »
Le surréalisme selon lui désigne ainsi l’invention métaphorique comme création à part entière qui n’imite pas le réel. Ce terme succède à ceux d’orphisme et de surnaturalisme pour désigner « un art qui n’est pas le naturalisme photographique uniquement et qui cependant soit la nature, même ce qu’on en voit et ce qu’elle contient, cette nature intérieure aux merveilles insoupçonnées, impondérables, impitoyables et joyeuses. Il faut réagir contre le pessimisme qui depuis le début du XIXème siècle n’a pas cessé de hanter nos écrivains. Il faut exalter l’homme, et non pas le diminuer, le déprimer, le démoraliser. Il faut qu’il jouisse de tout, même de ses souffrances. » (interview d’Apollinaire par Gaston Picard dans Le Pays 24 juin 1917

Cette volonté de jouir de tout et d’exalter l’homme est au cœur du surréalisme : puissance créatrice de l’imagination sublimée, même si Breton donnera un autre sens au mot « surréalisme ». Il a fréquenté Apollinaire avec Soupault, il parle de « don prodigieux d’émerveillement », dit qu’Apollinaire « prend à cœur de toujours combler ce Vœu d’imprévu qui signale le goût moderne, mais il le critiquera aussi : « Et qu’a su dire Apollinaire de cet esprit nouveau qu’il a passé son temps à invoquer ? Il n’y a qu’à lire l’article paru avant sa mort et intitulé L’esprit Nouveau et les poètes pour être frappé du néant de sa méditation et de l’inutilité de tout ce bruit »
IL lui reproche son érudition, son patriotisme et le lien qu’Apollinaire soutient entre poésie et science.

 

 

Une poésie incantatoire.

Poésie, magie et chant.

Le goût du merveilleux.


Dès 1908 la devise : “J’émerveille » qui servait de légendes à l’une de gravures de Raoul Dufy (pensez à la liaison entre Apollinaire et les peintres) illustrant son recueil Le Bestiaire. Lié à l’esthétique de la surprise. Mais aussi lien entre poésie, chant et magie.
Thèmes et personnages qui ressortissent au merveilleux cf Loreley, nixes nicettes, fées, Merlin, Viviane, Simon le mage, tzigane etc
Description du réel qui glisse souvent vers le fantastique : cf « Zone », « Vendémiaire », « Nuit Rhénane », « les Sapins ».
Parfois aussi récits de rêve : « Palais » ou de contes fantastiques : « La maison des morts »
« Cortège », « Le Brasier » ou « les fiançailles » donnant au poète un pouvoir de vision ou de voyance qui métamorphose la réalité comme le voulait Rimbaud : « Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes »
Comment comment réduire/ l’infiniment petite science/ que m’imposent mes sens » in « Fiançailles »

L’alchimie du verbe.

La dimension incantatoire ne tient pas seulement à l’intrusion du merveilleux mais aussi à la musicalité et à l’envoûtement opéré par les mots. L’œuvre a d’ailleurs inspiré musiciens et chanteurs : cf Leo Ferré.
Nombreuses chansons : « Pont Mirabeau », « Chanson du Mal aimé », « le voyageur » etc
Répétitions de toutes sortes ;
De vers à la manière d’un refrain Cf « Marie, » « la Chanson du mal aimé »
De mots à l’intérieur d’un vers ou d’une strophe : exaltation lyrique, rythme lancinant cf Salomé : « Mon coeur battait battait très fort à sa parole » ou dans « Automne » ; « Oh l’automne l’automne a fait mourir l’été »
-anaphores : présentatifs « c’est » dans Zone ou « ni » dans « poème lu au mariage d’André Salmon » qui donnent aux vers une allure de litanie.
-répétitions de sonorités : allitérations : « Et je m’éloignerai m’illuminant au milieu d’ombres » dans Cortège et assonances : L’amour lourd comme un ours privé /Dansa debout quand nous voulûmes » dans « La Tzigane », parfois harmonie imitative : « les poules dans la cour caquètent » dans « Aubade chantée à Laetare l’an passé ».

Apollinaire se montre comme fasciné par les mots, du plus banal au plus étrange cf « un cul de dame damascène » dans la Chanson du mal Aimé
Parfois jeu de mot, calembour, équivoque : « L’amour jeu des nombrils ou jeu de la grande oie/ La mourre jeu du nombre illusoire des doigts/ »
OU dans « le Pont Mirabeau » : « Comme la vie est lente/ Et comme l’Espérance est violente » Rime équivoquée.

Le charme des énigmes
Certains poèmes sont limpides ,d’autres plus hermétiques, textes cryptés à la manière de formules magiques au son envoûtant Cf « Chantre », le monostiche
« Et l’unique cordeau des trompettes marines »
Alexandrin parfaitement régulier qui surprend par son unicité et sa syntaxe, fragment détaché d’un ensemble manquant ou une note jaillissant du silence, effet ambigu, double sens. : « Trompette marine » en fait un instrument à corde ( Molière en parle dans Le Bourgeois Gentilhomme, M. Jourdain amateur de cet instrument grossier déjà démodé à son époque)
« Cordeau » peut se lire comme un calembour : cor d’eau ( trompette marine), « unique » renvoie aussi bien au monocorde qu’au monostiche, champ lexical dela musique. « Chantre » à la fois noble et moqué : un chantre de village, exaltation lyrique et dérision.
Inséré au dernier moment sur les épreuves du recueil, ce poème singulier est peut-être le manifeste de l’esthétique d’Apollinaire qui aime surprendre son lecteur en exploitant les ressources musicales et ludiques du langage : tout y est l’exaltation lyrique, l’esthétique de la surprise, le jeu avec la tradition, la dérision à son propre égard, l’humour...
Parfois poèmes comptines énigmatiques : cf « La dame ».Morcellement et réécriture de poèmes antérieurs qui créent l’énigme.
Plus rupture de sens, pratique de l’asyndète( rupture de construction syntaxique), plus éclectisme des références érudites qui ne se comprennent pas sans dictionnaire Cf « Le Larron »
Le lecteur qui cherche une satisfaction rationnelle de compréhension risque alors de se détourner devant l’étrangeté, au lieu de se laisser séduire par la magie des sonorités. Parfois il faut laisser le sens référentiel( qui renvoie à une réalité tangible) au second plan pour goûter la poésie d’Apollinaire !

 

Le thème de l’alcool dans le recueil et le commentaire du titre

Par cyberblaise - publié le mardi 8 juin 2010 à 12:20 dans Alcools d’Apollinaire

Alcools: poèmes 1898-1913 ( 15 ans d’inspiration)

 

Ivresse poétique: "Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire" ( Nuit Rhénane)

"Je suis ivre d’avoir bu tout l’univers."( Vendémiaire)

 

Plusieurs titres envisagés: le Vent du Rhin (poèmes rhénans): métaphore du souffle poétique qu’ inspirent à Apollinaire les paysages traversés au cours du voyage en Allemagne.

 

1909: L’Année Républicaine cf Vendémiaire: caractère neuf, voire révolutionnaire de son entreprise poétique. ( Plusieurs allusions à la révolution française dans le recueil cf Salomé)

 

1910: Eau-de-vie. Le thème del’eau triste, fuite du temps et de la vie + thématique heureuse de l’alcool qui grise et fait retrouver l’énergie vitale.

 

Alcools au pluriel : diversité du recueil et des sources d’ivresse.

jeu sur vers/ verre, sur Alcool qui rime avec Apol. Environnement fécond de sons et d’images.

cf "Zone":

"Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie/ Ta vie que tu bois comme une eau de vie."

Ambivalence de l’alcool: certes énergie qui brûle,souffrances de la vie noyées dans l’alcool mais aussi valeur régénératrice car le feu purifie: phénix, distillation par le feu, pureté des essences.

 

Citations qui font allusion à l’alcool:

Zone: "Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux"

 

Chanson du Mal Aimé:

"Les cafés gonflés de fumée

Crient tout l’amour de leurs tziganes

De tous leurs syphons enrhumés

de leurs garçons vêtus d’un pagne

Vers toi que j’ai tant aimée"

 

Marizibill:

"Puis buvait lasse des trottoirs

très tard dans les brasseries borgnes"

 

Le voyageur:

"Un soir je descendis dans une auberge triste

Auprès du Luxembourg...

.....nuits livides de l’alcool

Les villes que j’ai vues vivaient comme des folles."

 

Poème lu au mariage d’André Salmon:

"La table et les deux verres devinrent un mourant

qui nous jette le dernier regard d’Orphée

Les verres tombèrent et se brisèrent

Et nous apprîmes à rire"

 

Rhénane: l’ensemble de Nuit Rhénane.

 

Schinderhannes:

"Baquet plein de vin parfumé

Viennent aujourd’hui les gendarmes

Nous aurons bu le vin de mai

Allons Julia la mam’zelle

Bois avec nous ce clair bouillon

D’herbes et de vin de Moselle

Prosit bandit en côtillon

Cette brigade est bientôt soûle

Et veut Hannes qui n’en veut pas..."

 

Les Fiançailles

"Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris

Je buvais à pleins verres les étoiles"

 

Vendémiaire ( métaphore filée)

"chaque nuit devenait une vigne où les pampres

répandaient leurs clarté sur la ville et là-haut

Astres mûrs becquetés par les ivres oiseaux

de ma gloire attendaient la vendange de l’aube

(...)

J’ai soif villes de france et d’europe et du monde

Venez toutes couler dans ma gorge profonde

Je vis alors que déjà ivre dasn la vigne Paris

Vendangeait le raisin le plus doux de la terre

Ces grains miraculeux qui aux treilles chantèrent."

 

Le Pont Mirabeau(2)

Par cyberblaise - publié le mardi 1 juin 2010 à 12:54 dans Alcools d’Apollinaire

Pour compléter le document fourni en classe, voici un commentaire très complet:

http://www.scribd.com/doc/16956621/Le-pont-Mirabeau-une-analyse-du-poeme-de-Apollinaire

 

Jeudi, nous ferons une simulation d’oral sur ce poème donc travaillez-le bien.

Le Pont Mirabeau d’Apollinaire: images et chansons

Par cyberblaise - publié le mardi 1 juin 2010 à 12:08 dans Alcools d’Apollinaire

Versions chantées dans des videos:

Serge Régiani: http://www.youtube.com/watch?v=zg7eMk88BC4

 

Léo Ferré: http://www.youtube.com/watch?v=zzfo_sGFp_4&feature=related

 

Marc Lavoine: http://www.youtube.com/watch?v=DvOeX9b4Tp4&feature=related

 

Des images du pont Mirabeau:

http://notesetimages.blog50.com/archive/2009/08/31/le-pont-mirabeau.html

 

Apollinaire disant lui-même le poème, un enregistrement très ancien et émouvant:

http://www.youtube.com/watch?v=eCpg6SMzXC4&feature=player_embedded

 

réflexion sur la structure du recueil Alcools

Par cyberblaise - publié le mardi 25 mai 2010 à 12:44 dans Alcools d’Apollinaire

Pour poursuivre la réflexion difficilement menée en classe:

http://vitellus.ifrance.com/alcools.htm

 

http://www.slideshare.net/rebe.ca/littrature-franaise-iii-apollinaire-prsentation-hildeny-paula-01-04 en mode "pauvre point" pour les adeptes!

 

Sur un mode humoristique avec présentation de ce qui surprenait et déplaisait au moment de la publication et qui fait aujourd’hui l’admiration des lecteurs:

http://www.maremurex.net/Alcools.html

 

Texte de Jean-Michel Maulpoix:

Physionomie de L’œuvre

  Alcools n’est qu’un morceau d’une œuvre très abondante avec contes, récits, textes érotiques, textes dramatiques, chroniques… Grosse activité littéraire. Apollinaire publie dans les revues de l’époque telles que « Le Festin d’Esope » qu’il a lui-même fondée en 1903, « La revue blanche », « Le Mercure de France », « La Plume »...

Dès 1900 (à 20 ans), il propose une pièce à un directeur de théâtre. Puis en 1901, il compose un roman « La Gloire de l’Olive », qu’il égare dans un train entre le Vésinet et Paris. Il est l’ami des peintres et des écrivains de l’époque.

Sa première œuvre connue est « L’Enchanteur pourrissant » qu’il publie en volume en 1908, accompagnée de gravures de Derain.

 

Deux pôles principaux :

Alcools 1898-1913 : le pôle « ancien » ?

Calligrammes 1913-1918 : le pôle plus « moderne », avec ses calligrammes d’abord appelés « idéogrammes lyriques » par leur auteur.

Mais dans le premier volume prédomine la voix, dans le second un lyrisme visuel.

Entre les deux vient s’inscrire la célèbre conférence de novembre 1917 sur « L’esprit nouveau et les poètes »

 

Alcools

Alcools est paru au Mercure de France en avril 1913. Tiré à environ 600 exemplaires dont 350 seront vendus la première année, ce qui n’est pas négligeable.

 

La composition

Les dates en sont données par le sous-titre 1898-1913 (quinze années). Né en 1880, Apollinaire a 18 ans en 1898. En 1913, à 33 ans, il est un des principaux représentants de l’avant-garde

Cette période de composition va de la fin du symbolisme à l’affirmation de « L’esprit nouveau » et à la veille de la Première guerre mondiale.

Pendant ces quinze années, Apollinaire a ébauché plus de 250 poèmes

 

b) Les séries, les séquences chronologique

  •  ("Merlin", "Le Larron", "L’ermite", "L’adieu"...)

  • 1901-1903 : L a féconde période des Rhénanes (près de la moitié des poèmes d’Alcools sont composés en 1901-1902) et de l’amour pour Annie Playden : "Les colchiques", La synagogue, "Rhénanes d’automne", "Les femmes", "Le vent nocturne", "Les sapins", "Clair de lune".

1902 : suite des Rhénanes : "Nuits rhénanes", "Mai", "les cloches", "la Lorelei", "la tzigane", les deux premières strophes de "Fiançailles"

Apollinaire est alors précepteur en Rhénanie chez une riche allemande, la vicomtesse de Milhau.

  •   1903-1906 : intermède parisien : temps de publications en revues, de fréquentation des milieux littéraires et artistes

1903 : "La Chanson du Mal aimé" : en 1903 Apollinaire compose une grande partie de ce poème achevé en 1904. C’est un poème de fin d’amour. « Chacun de mes poèmes est un événement de ma vie, le plus souvent tristesse ».

  • 1907-1912 : Le temps de Montmartre et de Marie Laurencin (rencontrée en mai 1907) : "Lul de Faltenein", "Le brasier", la fin de « Fiançailles », "Poème lu au mariage d’André Salmon", "Vendémiaire"...

Se rapproche notamment en 1908 de Jules Romains et des unanimistes. Puis en 1909 de Gide et de la NRF

L’organisation interne

 

Lorsqu’il composera son recueil, en 1911 & 1912, Apollinaire ne s’attache pas à suivre un ordre chronologique. S’il conserve parfois des suites, il se plaît également à brouiller les cartes, notamment en plaçant « Zone » (à la dernière minute, sur épreuves, fin octobre 1912) en tête du livre, ou en plaçant également au début du livre « Le Pont Mirabeau » écrit  en 1911. Les "Rhénanes" sont quant à elles dispersées dans le volume.

 

Guillaume Apollinaire organise son volume à partir de textes déjà publiés en revue pour la plupart.

 

·        Récuse l’ordre thématique, l’ordre chronologique

·        Respecte une certaine alternance entre textes longs et courts

·        Place une ouverture et un final très forts

·        Jeu entre un ordre et un désordre.

 

Futurisme et Esprit Nouveau

Par cyberblaise - publié le vendredi 21 mai 2010 à 12:27 dans Alcools d’Apollinaire

Pour découvrir le rapport entre futurisme, mouvement créé par l’italien Marinetti et l’Esprit Nouveau d’Apollinaire, allez sur ce lien:

 http://www.maulpoix.net/Futurisme.htm

 

Texte de la conférence d’Apollinaire sur un site de l’université de Duisburg:

http://www.poesie-arts.com/Apollinaire-L-Esprit-nouveau-et.html

"Automne malade" d’Apollinaire, une réécriture

Par cyberblaise - publié le mercredi 19 mai 2010 à 12:46 dans Alcools d’Apollinaire

Pour mieux comprendre le fait que ce poème soit une réécriture d’un thème romantique appartenant à la tradition poétique, lisez les plus célèbres poèmes antérieurs sur ce lien:

http://www.poetica.fr/categories/automne/

le site officiel sur Apollinaire (1S1)

Par cyberblaise - publié le lundi 17 mai 2010 à 12:44 dans Alcools d’Apollinaire

Pour en savoir plus sur l’homme, allez là:

http://www.wiu.edu/apollinaire/Biographie.htm


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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