descriptif définif pour les 1GM1
SÉQUENCE N° 1
« Les Justes de Camus, une tragédie moderne ? »
Objet(s) d’étude : Théâtre, Texte et Représentation.
§ Œuvre intégrale : Les Justes de Camus
Textes expliqués en classe
1.- La scène d’exposition du début jusqu’à « tyrannie ».
2.- Acte II Dora et Kaliayev : depuis « Kaliayev la regarde.
Kaliayev, après un silence.
Personne ne t’aimera jamais comme je t’aime (…) Kaliayev, avec violence. Le lendemain. »
3.- Le dénouement depuis « Dora. Non, je veux savoir. Sa mort du moins est à moi. » jusqu’à la fin.
Études d’ensemble : La structure de la pièce, la construction des personnages et de leurs rapports, l’actualité de la pièce aujourd’hui, « les Justes » : Des terroristes ? Des « meurtriers délicats » ?
Prolongements proposés à la classe par le professeur : Réflexion sur l’espace scénique de la pièce : dessiner un décor possible à partir des didascalies externes et internes.
Projection de la captation des Justes dans la mise en scène de Guy Pierre Couleau. Analyse d’un spectacle.
Autres figures de « terroristes » dans la littérature théâtrale : Lorenzaccio de Musset, Les Mains Sales de Sartre.
Le théâtre, comme lieu du conflit : sujet d’EAF sur les conflits entre frère et sœur.
SÉQUENCE N°2 :
«La fable, un instrument de satire ? »
Objet(s) d’étude : Argumenter : persuader, convaincre, délibérer
Lectures analytiques :
- Groupement de textes : Comment le détour par les animaux permet de critiquer les humains : La fable comme moyen de faire la satire de la Cour.
4 - « Les animaux malades de la peste. »
5 - « les obsèques de la lionne. »
6 - « Le lion, le loup et le renard. »
7 - « Le chat, la belette et le petit lapin. »
Prolongements proposés à la classe par le professeur : Sujet d’écrit portant sur la réécriture des fables au XXème siècle par Anouilh et Queneau, commentaire de la fable « Le Chêne et le Roseau » de la Fontaine.
SÉQUENCE N°3
«L’Ingénu de Voltaire ou comment faire la satire du fanatisme religieux et des abus de pouvoir. »
Objet(s) d’étude : Argumenter : persuader, convaincre, délibérer
Lectures analytiques :
- Œuvre intégrale : L’Ingénu de Voltaire.
Textes expliqués en classe :
8 -Incipit, du début jusqu’à « et allait s’en retourner. »
9 -Fin du chapitre III et début du chapitre IV : L’Ingénu a disparu et veut se faire baptiser dans la rivière.
« Elles se promenaient tristement (…) et je ferai tout ce que vous voudrez. » »
10 -chapitre VIII : La rencontre de l’Ingénu et des Huguenots à Saumur. Du début jusqu’à (…) qu’on a donné atteinte à la magnanimité de son cœur ».
11 -chapitre XVI : L’argumentation scandaleuse du Père-Tout-à-Tous. Mademoiselle de saint-Yves, une héroïne vertueuse.
Études d’ensemble : Quel est le statut du récit : Conte philosophique, roman d’éducation, parodie de roman sensible ?
La satire : Qui est visé ? Par quels procédés ?
L’Ingénu est-il un « bon sauvage » ?
L’Ingénu est- il un texte représentatif du mouvement des Lumières ?
Lectures cursives, documents et textes complémentaires : Candide de Voltaire
Prolongements proposés à la classe par le professeur : Le chapitre VIII de L’Ingénu qui traite de la persécution des protestants a été comparé avec l’article « Réfugiés » de L’Encyclopédie.
Réflexion sur l’argumentation au cinéma, un film peut-il être un apologue ? L’exemple de Mammuth.
Lectures et activités personnelles : chaque élève a constitué un dossier sur le mouvement littéraire et culturel européen des Lumières.
SÉQUENCE N°4
«Jacques Lantier, personnage de la Bête Humaine est-il un héros ou un antihéros ? »
Objet(s) d’étude : Roman et personnage : vision du monde et de l’homme ?
- Œuvre intégrale : La Bête Humaine de Zola
- Textes expliqués en classe :
- Chapitre II : la Fêlure de Jacques : « Alors, Jacques, les jambes brisées, tomba au bord de la ligne (…) avec les mangeurs de femmes, au fond des bois. »
- Chapitre IV : Jacques et la Lison : « Et, c’était vrai, il l’aimait d’amour, (…) le besoin d’être graissée trop souvent. »
- Chapitre VII : l’aveu du meurtre de Grand-Morin par Séverine à Jacques : « Chez Séverine, après la montée ardente de ce long récit (…) Puis, tout s’était abîmé au gouffre noir de la maison endormie. »
- Fin du roman depuis : « Et la machine, libre de toute direction (…) », jusqu’à la fin.
Études d’ensemble : Le personnage de Jacques, héros ou antihéros, la Bête Humaine, un roman naturaliste, un roman du rail. Qui est « la Bête Humaine » ? Réflexion sur le titre.
SÉQUENCE N°5
«Femme de Rêve, Rêve de Femme. »
Objet(s) d’étude : La Poésie
Lectures analytiques :
18-« Parfum Exotique » de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal.
19-« A une Passante » de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal.
20- « Mon Rêve familier » de Verlaine, Poèmes Saturniens.
Lectures cursives, documents et textes complémentaires : Comparaison entre « la Chevelure » poème versifié des Fleurs du Mal et « Un hémisphère dans une chevelure », poème en prose, en prolongement de l’étude de « Parfum Exotique ».
Lecture cursive de « Jai tant rêvé de toi » de Robert Desnos et de « Femme nue, Femme noire » de Léopold Sedar Senghor.
Interview des réalisateurs de Mammuth dans le Monde
"On voulait que ce soit Depardieu dans sa nudité"
LE MONDE | 20.04.10 | 16h58
Piliers de "Groland Magzine", l’émission à l’humour vitriolé sur Canal+, Benoît Delépine et Gustave Kervern ont réalisé quatre films ensemble : Avida, Aaltra, Louise Michel, et Mammuth. Nous les avons rencontrés à la Halle Saint-Pierre, à Paris, où sont exposées les oeuvres de Lucas Braastad, visibles dans le film.
Comment s’est fait "Mammuth" ?
Benoît Delépine : C’était un pari inouï, ce film. On fait des choses à l’ins-tinct... On a réussi à attirer Gérard Depardieu, puis Isabelle Adjani, puis Yolande Moreau, puis tout le monde. On a trouvé les sous au dernier moment, puis tourné à l’arrache, à une quinzaine de personnes, dans ma campagne, du côté d’Angoulême et de Royan. Tout ça avec une liberté absolue, et une pellicule qui n’avait jamais été utilisée, au point qu’on ne savait pas si elle ne serait pas toute noire à la fin...
Après le succès de "Louise Michel", et avec de tels acteurs, ce discours est surprenant.
B. D. : Parce que c’est allé très vite. Le hic, c’est qu’on a proposé l’idée à Depardieu en mars 2009. C’était lui ou rien. Lui, la moto Mammuth, la recherche des papiers, et Yolande Moreau, qu’on voyait dès le début. C’est cela qu’on a proposé à Gérard l’année dernière, pour un tournage en août. Avec notre émission de télé, nous ne pouvons tourner qu’en été. C’est le quatrième film qu’on fait comme ça. Il fallait donc une conjonction d’événements extraordinaire. Déjà que Gérard soit libre, que le projet lui plaise...
Gustave Kervern :... et qu’on le sente bien aussi, parce qu’écrire un scénario pour un mec qu’on sent pas...
B. D. : Evidemment avec un an de plus, on aurait trouvé beaucoup plus d’argent. Trop d’argent. Mais on aurait trop gambergé...
G. K. : On aurait surchargé d’idées alors qu’on voulait faire un film simple. On voulait que ce soit Depardieu dans sa nudité, au sens propre comme au figuré. Depardieu, tu peux lui dire de s’asseoir sur un talus, tu le filmes et c’est déjà plus intéressant que n’importe quelle course-poursuite. Franchement, il nous a fait un cadeau extraordinaire... Et il l’a fait gratos !
B. D. : On a écrit un film sur mesure pour lui. Lui, tel qu’on le percevait de l’extérieur, avec le peu qu’on connaissait de sa vie, le peu qu’on a ressenti pendant la demi-heure passée avec lui dans son restaurant. C’est un cadeau de notre part, qu’il nous rend au centuple. Il a fait des essais caméra ce qu’il ne fait jamais, parce qu’on était à la recherche de notre pellicule suprême : on voulait voir ce que ça donnait sur son visage, son corps.
Quelle est cette pellicule ?
B. D. : Du super-16 inversible. Elle servait aux actualités télé dans les années 1960-1970. Elle n’avait jamais été utilisée dans un long-métrage. Au début, on pensait tourner le film en super-8, parce qu’on regrettait le grain noir et blanc d’Aaltra et Avida, mais notre chef opérateur a pris un peu peur, avec raison. Au final, on a des moments en super-8, pour le regard subjectif d’Adjani. Tout le film en super-8 aurait été radical mais on aurait pu carrément ne pas voir les gens...
G. K. : Gérard a convaincu Yolande de faire le film. Elle trouvait que le rôle faisait trop bobonne. Depardieu l’a appelée, lui a dit : "Mais non, ils ont réécrit des scènes pour toi, je te jure, ça va être bien, j’ai envie de tourner avec toi !" Elle était dans son jardin, et elle est tombée des nues en entendant Depardieu l’appeler.
Comment avez-vous conçu l’apparence de Depardieu ?
B. D. : On voulait qu’il ait les cheveux longs. Il a une telle "coupe Depardieu", chaque Français, quasiment, est capable de la dessiner !
Vous avez une sorte de généalogie des films de Depardieu qui conduirait au personnage ?
G. K. : Il a dit sur le tournage que ça lui rappelait Les Valseuses.
B. D. : Il était dans les champs, heureux, il hurlait dans la nature : "Ah ! ça me rappelle Les Valseuses, on est bien là..."
G. K. : Quelqu’un a dit qu’il s’est ré-enchanté pendant ce film. Exactement comme le personnage en fait. Il était libre, il venait sur le tournage en moto. La moto pour lui c’est symbole de liberté. Quand il n’est pas bien il fait une balade en moto et il revient.
Vous le saviez ?
B. D. : Moi, je le savais. Il a eu des accidents de moto, il a même un magasin de motos à Roissy, Le Deux Roues, un truc énorme. Tout ce qu’il aime dans la vie est dans le film, que ce soit les motos, l’art, les femmes, la charcuterie, la vigne... Tout !
Adjani, vous l’avez prise pour Depardieu ou pour elle ?
G. K. : Reformer le couple mythique de Barocco, le film de Téchiné, on s’en foutait de ça. Adjani, c’était pour ses rôles mais c’est toujours l’être humain qui nous intéresse. Ses déclarations aux Césars, ses prises de position, son absence volontaire des écrans, son mystère, sa dinguerie...
B. D. : Le cinéma c’est du mystère avant tout et elle, c’est hallucinant ! Nous avons appelé son personnage La Dame Blanche. Un personnage mythique qu’on croise au bord de la route. Une apparition qui va vous donner beaucoup de chance ou vous faire mourir à l’instant. Comme tous les personnages de nos films, elle est hors norme.
Elle non plus n’était pas payée ?
B. D. : Plus que ça, elle a eu comme les autres un salaire syndical, qu’elle a reversé tout de suite à une association caritative.
Vous les trouvez comment vos comédiens ?
B. D. : On s’attire. Depardieu m’a plus donné envie par ses déclarations à la BBC, il y a trois ans, que par les films qu’il a faits dernièrement. Il disait au journaliste qu’il buvait 6 litres de vin par jour, qu’il tuait lui-même des cochons de lait, tout en écrasant sa clope dans le studio. Ça a fait un scandale en Angleterre ! On s’est dit : "Tiens, il est encore vivant ce mec ! " Il n’est pas du tout dans "l’église du cinéma français", c’est un fou. S’il n’avait pas été disponible pour le film, tant pis, on aurait vécu un moment en le rencontrant.
Pourquoi tous vos films sont des road-movies ?
B. D. : Ça commence à se voir, hein ?
G. K. : C’est l’occasion de découvrir des endroits, de ne pas rester enfermés entre quatre murs, de rencontrer plein de gens.
Vos films sont peuplés de déclassés. C’est un peu de l’"art brut"...
B. D. : On est des artistes bruts : on récupère des acteurs déclassés et on fait des films avec ! Plus sérieusement, et sans généraliser, il y a beaucoup plus de vie chez les artistes bruts, qui créent leur imaginaire à l’écart des autres. Le simple fait de repeindre sa baraque en rose et de monter des pyramides de coquillage, ça change un peu le lotissement dans sa totalité.
G. K. : Ça dévalue l’immobilier.
B. D. : Ça dévalue l’immobilier, et ça ouvre grands les yeux des enfants.
Propos recueillis par Isabelle Regnier
Article paru dans l’édition du 21.04.10
Mammuth, un apologue? quelques pistes de réflexion
Mammuth
Réalisateurs : Benoit Delepine et Gustave Kerven
Acteurs principaux : Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani
Quel budget à votre avis ? Film à petit budget mais acteurs prestigieux, la taille du budget n’influe pas sur la qualité artistique du film.
Apologue ? oui, car récit qui peut avoir une fonction argumentative.
Satire de notre société qui conduit à une vie absurde, inquiétude sur les retraites, travail pendant toute une vie peu épanouissant, met au jour « les invisibles » qui facilitent le quotidien : bouchers dans des entreprises d’équarrissage inhumaines, vendeurs dans des grands magasins payés au smic et qui ne peuvent s’investir dans leur tâche de façon valorisante, fossoyeurs, videurs de boites de nuit etc mais qui n’ont aucune reconnaissance sociale, monde où il n’y a plus de possibilité de dialogue humain : informatisation, disparition de la mémoire du passé récent…
Quel récit pour quelle histoire ? Résumé de l’histoire // avec l’Ingénu ou Candide
Un personnage naïf, faux dur en apparence mais cœur tendre, que les circonstances- la mise à la retraite et le désir de récupérer « ses papelards » pour augmenter sa pension- vont jeter sur les routes à la recherche du passé ( road movie), voyage émaillé d’une succession de rencontres qui vont transformer le personnage et lui dévoiler la réalité , l’amener à se remettre en question et faire des découvertes capitales : importance de l’amour, de l’entr’aide, de la solidarité, de la famille mais aussi de la créativité et de la liberté .
Procédés de narration : séquences mémorables : générique surprenant : images floues, point de vue de quelqu’un qui roule en moto à toute allure, ouverture sur les carcasses de porcs dans la boucherie industrielle : métaphore du travail industriel déshumanisant et morbide ? scène de la fête minable pour la retraite : perte des valeurs ouvrières, du sens de la fête et de la solidarité dans le monde des travailleurs, cadeau du puzzle : métaphore de la vie à reconstituer de Mammuth ?
Ennui de la retraite : personnage qui se heurte aux murs, aux gens, scènes dans le restaurant avec VRP solitaires, pendu au portable, absurdité d’une vie qui force à la séparation de la famille pour permettre aux enfants de consommer, tristesse qui se propage etc
Enchaînement : successions de rencontres dans les lieux du passé, modifiés ou détruits cf buvette dans la campagne, brûlée.
Retours en arrières : l’enchaînement qui aurait pu être monotone de rencontres successives est rendu plus complexe par les retours en arrières qui font pénétrer le spectateur à l’intérieur de la pensée de Mammuth : passé qui revit dans la bande-son cf dans la buvette détruite, bruit des anciens clients, images de l’amour de jeunesse jouée par Adjani qui vient encourager le retraité, reconstitution par le spectateur d’éléments de son passé.
Grain de la pellicule, couleurs qui donnent une poésie à l’image.
Dimension argumentative : quelles idées le film transmet-il ? Qu’est-ce qui est objet de satire dans le film ? Idée/ preuve dans le film ( Voir plus haut)
Procédés de satire// avec l’apologue : utilisation de l’humour, du rire, du burlesque mais aussi de la poésie. Plans insérés du ciel et des nuages, plans qui ont valeur de métaphores : ex puzzle, sculptures de la nièce qui montrent l’importance de la créativité, séquence du poème pendant l’épreuve du bac. Intelligence de la vie différente de celle qui est valorisée par la société : liberté dans les images de conduite bras écartés, bonheur du contact avec la nature : baignade dans la rivière etc
Une nouvelle mise en scène des Justes de Camus, celle de Stanislas Nordey
Après le succès de la mise en scène de Guy- Pierre Couleau, voici une nouvelle proposition des Justes de Camus avec des acteurs prestigieux. Lisez l’article du Monde et regardez l’interview du metteur en scène Stanislas Nordey:
Les Justes" libérés du théâtre d’idées
http://www.dailymotion.com/video/x9kcg4_stanislas-nordey-les-justes-pr%C3%A9sent_creation
LE MONDE | 13.03.10 | 14h03 • Mis à jour le 13.03.10 | 14h03
A leur création, en décembre 1949 à Paris, Les Justes, de Camus, ont reçu un accueil sceptique de la critique et du public : au bout de deux mois, les salles étaient à moitié vides, malgré la célébrité de l’auteur et l’attrait de la distribution, qui réunissait Serge Reggiani, Michel Bouquet et Maria Casarès. A Rennes, où Les Justes ont été joués du 2 au 13 mars au Théâtre national de Bretagne, avant de l’être à Paris, au Théâtre national de la Colline, du 19 mars au 23 avril, les 929 places de la grande salle ont été occupées tous les soirs par un public attiré, sans doute en partie, par la présence d’Emmanuelle Béart et de l’écrivain Wajdi Mouawad, mais conquis, au point que son écoute était palpable, par l’intérêt d’une pièce dont le propos s’adresse à chacun : "Quel est le prix de la vie d’un homme ? Ai-je le droit de tuer ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause ?"
Ces questions sont celles que se posent les personnages des Justes, des révolutionnaires russes. L’un d’eux a réellement existé : Ivan Kaliayev (1877-1905). Il a été pendu après avoir tué le grand-duc, en lançant une bombe sur sa calèche. C’était sa seconde tentative. A la première, il avait renoncé, parce que le grand-duc était avec sa femme et deux neveux.
Dans la pièce, Albert Camus garde son nom et en fait un des protagonistes principaux, avec Stepan Fedorov, qui défend une thèse opposée : non, il ne fallait pas reculer à cause des enfants ; tout est bon pour la révolution. Ainsi commencent Les Justes, une pièce qui reprend certains faits historiques, mais qui pour autant n’est pas une pièce historique. En son centre sont les idées.
LIMITES MORALES
"Notre monde n’a pas besoin d’âmes tièdes", écrivait Camus en 1944, dans le journal Combat. Il a besoin de coeurs brûlants qui sachent faire à la modération sa juste place." Cinq ans plus tard, l’auteur de L’Homme révolté développe dans Les Justes cette problématique des limites morales à la violence, en donnant tous les points de vue, dans un élan cornélien qui fait s’opposer les thèses de la loi et de la nécessité, de l’amour et de la mort, du meurtre et du pardon. C’est cette problématique qui a intéressé Stanislas Nordey. Quand il mettait en scène Incendies, de Wajdi Mouawad, en 2008, il a cherché, comme il le fait toujours, des textes qui fassent écho au texte.
Il a ainsi lu Les Justes. "J’ai été très frappé de redécouvrir une pièce que je croyais connaître. Camus l’écrit après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle les nazis traitaient les résistants de "terroristes", et avant la guerre d’Algérie, où se posera la question de la violence, toujours d’actualité : comment combattre quand on est dans une situation de guerre ou de dictature ?"
Stanislas Nordey est à l’aise dans ce théâtre où circule de la pensée. Pour la représenter, il choisit des acteurs venus d’horizons différents : Wajdi Mouawad interprétera Stepan l’enflammé. Pour Dora, la seule femme de la pièce, il veut une "figure neuve et familière". Ce sera Emmanuelle Béart, qui n’a pas joué au théâtre depuis quatorze ans, et dont il apprécie l’engagement : il a passé trois semaines avec elle à l’église Saint-Bernard, l’été 1996, pour défendre les sans-papiers.
La voilà, silhouette sombre et ferme, sur le plateau nimbé d’une ambiance crépusculaire. Elle est impeccable et impeccablement solidaire d’une distribution de haut niveau, où l’on regrettera cependant les élans lyriquement douloureux de Wajdi Mouawad, barbu, chevelu et portant lunettes. Cela ne grève pas la représentation, austère et rigoureuse, mais illuminée par la clarté d’une intelligence qui libère Les Justes du théâtre d’idées daté pour en faire une réflexion sur les idées. Aujourd’hui.
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Les Justes, de Camus. Mise en scène de Stanislas Nordey. Avec Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent Sauvage. Théâtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e. Mo Gambetta. Tél. : 01-44-62-52-52. De 13 € à 27 €. Le mardi à 19 h 30 ; du mercredi au samedi à 20 h 30 ; le dimanche à 15 h 30. Jusqu’au 23 avril.
Puis à Montpellier (Théâtre des Treize-Vents) du 27 au 30 avril ; à Clermont-Ferrand du 4 au 6 mai
Brigitte Salino
Article paru dans l’édition du 14.03.10
Extrait lu par Stanislas Nordey sur Théâtre Contemporain:
http://www.theatre-contemporain.tv/video/Les-Justes-extrait-lu-par-Stanislas-Nordey
Un dossier destiné à des professeurs mais qui fourmille de renseignements sur la pièce:
http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/piece/index.php?id=les-justes-nordey
Une analyse de la mise en scène:
http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/03/-du-vrai-au-vraisemblable.html
Questions d’entretien sur les Justes de Camus et l’objet d’étude, Théâtre: Texte et Représentation.
A vous de proposer des réponses pour vous entraîner, je publierai les plus pertinentes.
1. A quoi reconnaît-on qu’un texte est théâtral ?
2 .Quelles sont les fonctions des didascalies ? Faut-il les lire lorsqu’on lit le texte à haute voix ?
3. Dans les Justes les didascalies sont elles-nombreuses ? Sur quoi portent-elles essentiellement ?
4. Pourquoi peut-on dire que la pièce porte sur la question de la justice ?
5 ; Le titre est-il bien choisi ?
Quel est le message que vous retenez de cette pièce ?
6. pourquoi la pièce fait-elle partie du cycle de la révolte et pas de l’absurde comme l’Etranger ?
7 .Quel est le rapport de Camus avec le théâtre ?
8 .Pour quoi peut-on dire que la pièce de Camus est presqu’une pièce classique ?
10. Qui est Yanek ? Qu’est-ce qui l’oppose à Stepan ?
11. Pensez-vous que seule une mise en scène réaliste peut rendre compte de la force de cette pièce ?
13 ; Comment un metteur peut-il selon vous réactualiser cette pièce, montrer qu’elle a quelque chose à nous apprendre aujourd’hui ?
14 .Quel est le rapport entre la pièce et l’exergue de Roméo et Juliette ?
15 .Pourquoi le scénographe est-il important dans la mise en scène d’une pièce ?
16. Quels sont selon vous les rapports entre théâtre et politique ?
17. Que doit faire un spectateur de théâtre ? Pourquoi peut-on dire que lui aussi se livre à une lecture de la pièce ?
18 Le policier Skouratov est-il un personnage caricatural dans la pièce ?
pistes pour le commentaire de l’extrait de Retour au Désert (1ère GM1)
Commentaire de l’extrait de Retour au désert de Koltes
Le théâtre qui est constitué d’échanges de répliques entre des personnages est le lieu privilégié de l’affrontement et du conflit et ce dès son origine. Dans le théâtre moderne, notamment dans le théâtre de l’absurde, la place du conflit et de l’action a progressivement diminué. Mais Koltes s’inscrit en faux contre cette conception et propose des pièces où la violence de l’échange domine, un théâtre de la violence, parfois de la cruauté dans les rapports humains. Il met en scène des personnages bien identifiés, des situations enracinées dans la réalité contemporaine. Dans Retour au Désert, pièce de 1988, il met en place un affrontement au sein d’une famille française déchirée par la guerre d’indépendance en Algérie. Les protagonistes Adrien et Suzanne sont d’anciens colons qui s’affrontent sur la question de l’héritage paternel et notamment à propos de la maison d’enfance. Au début de la pièce, le lecteur assiste à la scène de retrouvailles entre le frère et la sœur et alors qu’on s’attendrait à une scène heureuse puisque Mathilde revient d’Algérie après de longues années d’absence, l’on comprend très vite que tout oppose les deux membres de la famille. Dans un premier temps nous montrerons en quoi le dialogue informatif entre les deux personnages qui affectent la politesse participe de la scène d’exposition puis nous montrerons qu’elle installe surtout une tension entre le frère et la sœur dont le différent paraît difficile à surmonter et qui laisse augurer d’une grande violence pour la suite de la pièce.
L’extrait se situe dans la scène 2 et correspond aux attentes d’information sur l’intrigue, les lieux, les protagonistes du lecteur. Imaginer des retrouvailles au début d’une pièce est particulièrement ingénieux car la transmission d’information est alors vraisemblable.
Nous découvrons d’abord les personnages et leur situation. Adrien et Mathilde s’apostrophent dès le début en s’appelant « ma sœur, mon frère ». Ils révèlent leur classe d’âge, la maturité ; le temps aurait dû les « calmer » même si ce n’est pas le cas pour Mathilde, dont on découvre qu’elle « a des enfants ».Leur situation présente met fin à « quinze années d’absence » et Mathilde revient dans « la bonne ville » de leur enfance avec « bagages et enfants » pour s’installer dans la maison quelle dit « posséder » par héritage. Elle « a fui « la guerre d’Algérie, ce qui inscrit dans la pièce un contexte historique particulièrement tendu pour la France.
Adrien, lui, habite la maison comme le prouve la didascalie qui le montre « en haut de l’escalier » dans la position surplombante du maître de maison qui accueille une visiteuse. C’est lui qui est dans la place, ce qui pourrait lui donner une préséance dans le rapport de force. L’on sent que Mathilde va devoir œuvrer pour le faire « descendre » de sa posture.
Le lecteur devine aussi leur passé qui paraît tumultueux, des relations conflictuelles sont évoquées à travers le verbe familier » se chamailler » et le verbe « chicaner » dont les connotations sont plus judiciaires, les retrouvailles ont visiblement lieu sur fond de vieilles querelles. Le vocabulaire évoque les disputes d’enfants. Lorsque Mathilde parle de ses souvenirs d’autrefois, elle les évoque comme une période « de malheurs » où elle n’était pas elle-même et qui ont nourri sa « rancune » contre des gens qu’elle nomme d’une façon très forte ses « ennemis », en utilisant un vocabulaire de la guerre. Ce qui ne laisse rien présager de bon.
Pourtant l’entretien progresse en faisant percevoir des efforts de civilité de part et d’autre. Le frère fait des efforts de bon accueil à sa sœur, il se sert de formules usuelles pour lui souhaiter la bienvenue : « Mathilde , ma sœur, te voici de nouveau dans notre bonne ville » ; il semble comprendre ses motivations de retour-« tu as voulu fuir la guerre » et les approuver-« et tout naturellement, tu es venue vers la maison où sont tes racines », « tu as bien fait ».
Mathilde en retour affirme ses bonnes dispositions, même de façon hyperbolique : « mes intentions sont excellentes », « tout devrait bien se passer ».
Adrien en employant très souvent le pronom « nous » associe sa sœur à l’ensemble d’une famille dans laquelle il souligne qu’il se compte au premier chef, il parle de « ce temps d’incertitude où nous sommes tous » pour évoquer la crise algérienne et les problèmes qu’elle engendre pour les colons français .Les deux emploient des adjectifs qui pourraient passer pour des marques d’affection mutuelles : « petit », »chère », »vieil » et même lorsque le conflit est plus patent à la fin de la scène, Adrien s’efforce de contenir sa colère en utilisant des tournures courtoises pour atténuer les injonctions à l’impératif, en disant « je t’en prie » et lorsqu’il s’agit de recommencer la scène de retrouvailles Adrien encore utilise une première personne du pluriel pour tenter de signifier une décision commune qui les rassemblerait dans un « notre bonjour » accepté.
Mais plusieurs signes dans le texte montrent que sous l’apparente politesse se cachent de profondes divergences de vue. Et que cette scène d’exposition est en fait une véritable scène de conflits d’intérêts.
Sous la politesse des échanges la tension est permanente, la modalité interrogative de la phrase où Adrien s’enquiert des « bonne intentions » de Mathilde est déjà significative d’une mise en doute. Lorsqu’Adrien propose de faire la paix, il le fait au conditionnel : « on pourrait tâcher de ne plus se chamailler », le verbe « tâcher » soulignant la difficulté au lieu de la gommer.
De plus beaucoup de formulations de Mathilde peuvent apparaître comme ironiques, certaines expressions cordiales comme « excellentes » ou « très contente » semblent exagérément bienveillantes et courtoises ; elles contrastent avec l’énervement avoué de Mathilde et sont démenties par cet aveu d’une augmentation de l’irritabilité avec l’âge. Le « tout devrait bien se passer » peut avoir valeur d’antiphrase. Adrien n’insinue-t-il pas que Mathilde est folle quand il utilise la litote : « l’éloignement a dû encore fortifier ton imagination, qui pourtant n’était pas faible ». La phrase sonne vraiment très ironiquement.
Certains signes avant-coureurs de la dispute sont présents dans le texte par exemple l’opposition dans un même groupe syntaxique de deux mots antithétiques « entre ton calme et mon énervement » ou les ordres négatifs que profèrent Adrien avec insistance : « ne commence pas à me mettre en colère, ne commence pas à chicaner » et même la demande finale d’un recommencement de l’accueil qui signale implicitement que le premier ‘bonjour » a échoué, et qu’il vaut mieux tout reprendre à zéro, comme si dans la vie on pouvait se comporter comme au théâtre quand uen scène est ratée et al répéter sans qu’il y ait de malaise à cela.
En fait l’opposition entre le frère et la sœur est quasi systématique et produit même des effets comiques tout en accroissant la tension. Le système des personnages est d’emblée porteur d’un antagonisme, un frère et une sœur, un homme et une femme au théâtre renvoient à la possibilité même du conflit.
La répartition équilibrée de la parole permet de prolonger la confrontation en montrant que les deux personnages sont a priori de pouvoir égal au sein de la famille. Koltes met dans leur bouche de nombreuses reprises de termes que chacun retourne à l’autre comme pour le narguer, pour lui renvoyer la balle mais surtout pour mieux démentir et contrecarrer les propos de l’autre par exemple la reprise sur l’âge qui devrait calmer. Parfois il s’agit de mettre en doute ce que dit l’autre. Lorsque Mathilde évoque ses « ennemis », son frère l’interroge : « Des ennemis, ma sœur ? en feignant de ne pas comprendre. Adrien parle des « racines » de Mathilde, celle-ci s’exaspère au point de répéter « mes racines ? Quelles racines ? » en jouant sur les mots et en affirmant qu’elle n’est pas une « salade ».
Du coup la tension est palpable, l’atmosphère devient lourde mais l’enchainement de répliques du fait de leur caractère mécanique peut produire le rire des spectateurs, Bergson ne disait-il pas que le rire naît du « mécanique plaqué sur du vivant ». Les deux personnages sont présentés comme deux vieux enfants querelleurs qui se chamaillent, se chicanent dans une sorte de jeu cynique qui ne fait qu’exacerber les tensions.
Le conflit est concrétisé par l’emploi du mot « guerre » par Mathilde qu’elle utilise pour dire que le conflit qui l’oppose aux siens est pire que la guerre d’Algérie «, cette guerre –là ». Le vocabulaire de la guerre est d’ailleurs récurrent dans sa bouche puisqu’elle parle aussi de « règlement de compte » et d’ennemis.
En fait l’altercation révèle deux individualités très contrastées, chacune semble incarner une vision du monde. L’enjeu essentiel du conflit tourne autour de la « maison », terme qui revient comme un leitmotiv, avec des mots qui lui sont associés un « héritage », un « loyer », mot qui pour Adrien renvoient à une valorisation de son action puisqu’il affirme avoir transformé une « masure » en maison.
Adrien semble être un homme du passé, de la tradition, qui se comporte en propriétaire et en homme de compromis. Sa position en haut de l’escalier le signale comme celui qui habite sur les lieux, il en fait le guide : « vois comme ». Il recommande la sécurité, la fuite devant la guerre, il semble attaché aux valeurs du sol et de l’identité puisqu’il parle des « racines ». Il accorde aussi de l’importance au travail et à la persévérance en expliquant ce qu’il a fait pour la maison dans une phrase au rythme régulier qui mime la régularité des efforts qui ont conduit à l’embellissement de la maison. Le choix de ses temps verbaux est significatif : le présent « je m’en occupe bien » marque l’effort dans la durée et le passé composé, « je l’ai embellie », le résultat de ces efforts poursuivis jusque dans le présent : « j’ai considérablement donné du prix à cette masure ».
Mathilde est toute différente, elle a le tempérament vif, elle avoue son emportement et la possibilité des débordements de son caractère : « énervement, rancune ». Elle ne cherche absolument pas le compromis mais se montre vindicative, parle de « guerre » à mener, de « règlement de compte ». Sa volonté semble de fer, elle accumule l’expression de son « vouloir » et son désir de s’opposer se manifeste par de nombreuses négations : » je ne suis pas », je ne fuis aucun, je ne suis pas venue ». Elle est très revendicatrice et le pronom « je » prédomine dans ses répliques, elle veut « posséder », son frère insinue d’ailleurs qu’elle est intéressée par la gradation concernant la maison « regardée, touchée, évaluée » mais Mathilde dément ces suspicions en rétablissant ses droits sur son bien. Elle a l’esprit d’à-propos comme le prouve sa répartie sur les « racines » qui la montre refusant la passivité des « salades » au profit d’un mouvement de ses deux pieds. Elle a son franc -parlé avec des expressions imagées et familières telles que « je m’enfiche ». L’on sent qu’elle ne sera pas facile à mener.
Dans ce dialogue qui gagne ? Qui perd ? Malgré toutes ses contradictions et ses zones d’ombre, il semble que Mathilde dégage plus d’énergie et que Koltes lui donne la part belle en ce début : elle semble plus tourner vers l’avenir que son frère. En tout cas cette scène souligne la difficulté de la communication entre les deux protagonistes et laisse entendre que le conflit va s’envenimer. Koltes n’est pas le seul à suggérer que les rapports frères sœurs peuvent être tendu puisque Giraudoux déjà montrait une sœur essayant d’exercer son emprise sur un frère pour l’inciter à agir selon ses vues, quitte à le recréer à la manière d’une mère abusive et à lui dénier tout avis, toute liberté.
La justice dans Les Justes de Camus
La contribution d’un jeune élève de l’Ecole Normale Supérieure peut alimenter la réflexion sur le sens du mot "justice" dans la pièce de Camus.
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/toussaint06/seneve008.html
Voir aussi la critique de la mise en scène de Guy-Pierre Couleau sur le site les Trois Coups.
http://www.lestroiscoups.com/article-32421436.html
Pour en savoir plus sur Jean-Luc Lagarce(1ère GM1)
Cahier de texte première GM1
Cahier de texte des 1ère GM
Jeudi 3 septembre : Prise de contact.
Vendredi 4 septembre : Entraînement à la lecture à haute voix à partir d’une série d’extraits de romans contemporains.
Samedi 5 septembre : Présentation des exigences et des programmes. Reconstitution par groupes du programme effectué en seconde.
Jeudi 10 septembre : Le libellé des objets d’étude. Définir les termes du programme et combler les lacunes.
Vendredi 11 septembre : Exercices de lecture à haute voix. Apprendre à lire de façon expressive. Préparation de l’oral de l’EAF
Extrait 1 :
Brusquement, il lui coinça la tête avec son bras gauche. Le manteau vint se coller sur le visage du professeur qui laissa tomber son bouquet de fleurs et le paquet de gâteaux. Il agrippa désespérément la main de son agresseur pour lui faire lâcher prise. Mais l’homme, méthodiquement, appliqua le canon de l’arme sur la tempe droite de Roger Thiraud, introduisit l’index dans le pontet et appuya sur la détente. Il repoussa le corps en avant, recula. Le professeur s’effondra sur le trottoir, le crâne éclaté..
Meurtres pour mémoire. Didier Daenincks
Extrait 2:
"Mon frère, il n’y aura que toi pour moi. Et moi pour toi. Plus frères que jamais. Tu seras le seul à qui je pourrai parler de la mère en sachant que tu la vois en ton esprit lorsque j’évoquerai la lenteur de ses doigts qui passaient dans nos cheveux pour nous endormir. Tu seras le seul, Jamal, à qui je pourrai dire simplement: "Tu te souviens du café de Fayçal ?" sans que cela te lasse. Et dès que je poserai ma question, la place entière resurgira en toi. Et la ville derrière, avec ses bruits, sa pollution et son vacarme.
Nous ne pouvons que vieillir ensemble désormais, mon frère. Je deviens fou si je te perds. Je ne veux pas voir mes fils lever les yeux au ciel lorsque je leur parlerai, pour la centième fois, du cousin de Port-Soudan. Que comprendront nos enfants à ces deux vieillards nostalgiques que nous serons devenus ? Les rites que nous leur enseignerons les ennuieront. La langue que nous leur parlerons leur fera honte. Nos habits. Notre accent. Ils voudront se cacher de nous. Et nous le sentirons. Car il nous arrivera à nous-mêmes de vouloir nous cacher. Je ne veux pas les entendre soupirer lorsque je dirai que la menthe du jardin de ma mère était la meilleure au monde, alors je ne le leur dirai pas. Et c’est vers toi que j’irai. Toi seul seras d’accord avec moi. Ces évocations lointaines, comme à moi, te feront du bien. Nous goûterons le doux soulagement des exilés qui parlent de leur manque pour tenter de le combler. Nous vieillirons ensemble, mon frère. Promets-le-moi. Ou je ne vieillirai pas."
Eldorado Laurent Gaudé
Extrait3
Je m’appelle Renée. J’ai cinquante-quatre ans. Depuis vingt-sept ans, je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un bel hôtel particulier avec cour et jardin intérieurs, scindé en huit appartements de grand luxe, tous habités, tous gigantesques. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Je n’ai pas fait d’études, ai toujours été pauvre, discrète et insignifiante. Je vis seule avec mon chat, un gros matou paresseux, qui n’a pour particularité notable que de sentir mauvais des pattes lorsqu’il est contrarié. Lui comme moi ne faisons guère d’efforts pour nous intégrer à la ronde de nos semblables. Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m’aime pas mais on me tolère tout de même parce que je corresponds si bien à ce que la croyance sociale a aggloméré en paradigme de la concierge d’immeuble que je suis un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré. Et puisqu’il est écrit quelque part que les concierges sont vieilles, laides et revêches, il est aussi gravé en lettres de feu au fronton du même firmament imbécile que lesdites concierges ont des gros chats velléitaires qui somnolent tout le jour sur des coussins recouverts de taies au crochet. À semblable chapitre, il est dit que les concierges regardent interminablement la télévision pendant que leurs gros chats sommeillent et que le vestibule de l’immeuble doit sentir le pot-au-feu, la soupe aux choux ou le cassoulet des familles. J’ai la chance inouïe d’être concierge dans une résidence de grand standing. Il m’était si humiliant de devoir cuisiner ces mets infâmes que l’intervention de M. de Broglie, le conseiller d’Etat du premier, qu’il dut qualifier auprès de sa femme de courtoise mais ferme et qui visait à chasser de l’existence commune ces relents plébéiens, fut un soulagement immense que je dissimulai du mieux que je le pus sous l’apparence d’une obéissance contrainte. C’était vingt-sept ans auparavant. Depuis, chaque jour, je vais chez le boucher acheter une tranche de jambon ou de foie de veau, que je coince dans mon cabas à filet entre le paquet de nouilles et la botte de carottes.
L’Elégance du Hérisson , Muriel Barbery
Extrait4
Je me sens me désintégrer... Quelqu’ un me saisit par le coude pour m’empêcher de m’écrouler. L’espace d’une fraction de seconde, l’ensemble de mes repères se volatilise. Je ne sais plus où j’en suis, ne reconnais même plus les murs qui ont abrité ma longue carrière de chirurgien... La main qui me retient m’aide à avancer dans un couloir évanescent. La blancheur de la lumière me cisaille le cerveau. J’ai l’impression de progresser sur un nuage, que mes pieds s’enfoncent dans le sol. Je débouche sur la morgue comme un supplicié sur l’échafaud. L’autel est recouvert d’un drap maculé de
sang... Sous le drap maculé de sang, on devine des restes humains.. L’attentat, Yasmina Khadra- page : 35 - éditeur : Julliard - date d’édition : 2005 –
Texte5
"Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d’une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d’accastillage qui ne l’avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses étaient à l’évidence chargé d’une énergie tout entière concentrée pour emmerder l’homme. La moindre faute de manipulation parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme , du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l’homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l’araignée en quête d’inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l’Homme, une succession d’épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d’ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d’un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C’est ainsi que les choses, animées d’un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d’esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l’homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n’épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n’aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu’aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l’âme et la troisième vie."
Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Editions J’ai lu, 347p.
Texte 6
Lorsque les pompiers évacuent le corps de Titi, son seul vrai copain de galère mort sous un banc de la station Ménilmontant, Rico décide de foutre le camp. De quitter Paris, pour le Sud. A mourir autant mourir au soleil. Dans l’hiver glacial, Rico rumine l’échec de sa vie. Son divorce. Son fils, Julien, qu’il n’a plus le droit de voir. L’engrenage qui l’a jeté à la rue. Sur la route, Rico croisera Félix, qui " tape le ballon ", ne parle presque plus, a perdu la notion du temps. Et puis Mirjana, une jeune Bosniaque paumée, fauchée, prostituée pour survivre, dit-elle, puisqu’elle est déjà morte. Et puis d’autres, eux aussi vaincus par la vie. A Marseille, il voudrait revoir Léa, le premier amour de sa jeunesse. Qui a dit que l’espoir est au bout du chemin ?
Le Soleil des mourants, Jean-Claude Izzo
Texte 7
Philippe et Igricheff quittèrent l’ombre de la grand-voile et s’allongèrent côte à côte à tribord entre le roof et le bastingage. Ainsi, la bôme dans le va-et-vient de la manœuvre passerait au-dessus d’eux. Le soleil était si cruel que le bâtard kirghize couvrit son torse et sa tête. Mordhom, debout à la barre, nu jusqu’aux reins, exposé pleinement à ce feu terrible et à sa réverbération, sourit. Dans ce domaine, au moins, il avait sur Igricheff l’avantage de l’insensibilité. Mais il oublia vite Igricheff et fut tout à la marche de l’Ibn-el-Rihèh. Sa main, qui percevait la moindre réaction du bateau, déplaçait la barre avec une délicatesse extrême. Chacun de ses mouvements réussissait à réduire, dans toute la mesure du possible, et à l’instant nécessaire, l’obstacle mouvant que formait le courant aérien et, par là, à secourir l’effort des voiles qui était toute son espérance. Il sentait l’avance du boutre dans sa chair, dans ses nerfs, depuis la plante des pieds, posés sur le pont ardent, jusqu’à l’épaule où se répercutaient les réflexes du gouvernail. Chaque encablure gagnée était pour lui une victoire physique. Quand la bordée arrivait à sa fin et qu’il hurlait l’ordre de virer de bord, il lui semblait qu’il pouvait compter les secondes que prenait la manœuvre aux battements de ses artères. De ses yeux étincelants, de ses cris, il excitait sans cesse l’équipage. Il savait bien que ses matelots n’en avaient pas besoin, qu’ils étaient faits à lui comme il était fait à eux, mais il lui fallait libérer l’acharnement de lutte dont il était plein. Sa fièvre gagna En-Daïré, les frères Ali et Abdi lui-même. Ils ne connaissaient pas les projets exacts de leur maître, car Mordhom avait pour règle de ne jamais rien confier à ses matelots. Mais ils avaient fait assez d’expéditions semblables pour comprendre qu’il fallait gagner le détroit à la nuit, le traverser rapidement et se trouver au matin dans des eaux solitaires. Avant même que Mordhom eût lancé les ordres, ils les devinaient à l’expression que prenait sa bouche. Alors, ils bondissaient ainsi que des démons propices, tous leurs muscles noirs jouant avec une harmonie si parfaite qu’ils paraissaient lissés par le vent. Et chaque fois, ils entonnaient le même chant strident et rompu, comme la peine des hommes sur la vaste mer.
Joseph Kessel, Fortune carrée, Julliard, Éditions Pocket, Collection « Références » dirigée par Claude Aziza, 1995, pp. 181-182-183.
Texte 8
"Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. À deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait. Dans la forêt aux éclats dispersés de soleil, immobile forêt d’antique effroi, il allait le long des enchevêtrements. beau et non moins noble que son ancêtre Aaron, frère de Moïse, allait, soudain riant et le plus fou des fils de l’homme, riant d’insigne jeunesse et amour, soudain arrachant une fleur et la mordant, soudain dansant, haut seigneur aux longues bottes, dansant et riant au soleil aveuglant entre les branches, avec grâce dansant. suivi des deux raisonnables bêtes, d’amour et de victoire dansant tandis que ses sujets et créatures de la forêt s’affairaient irresponsablement, mignons lézards vivant leur vie sous les ombrelles feuilletées des grands champignons. mouches dorées traçant des figures géométriques, araignées surgies des touffes de bruyère rose et surveillant des charançons aux trompes préhistoriques, fourmis se tâtant réciproquement et échangeant des signes de passe puis retournant à leurs solitaires activités, pics ambulants auscultant, crapauds esseulés clamant leur nostalgie, timides grillons tintant, criantes chouettes étrangement réveillées.
Belle du Seigneur, AlbertCohen
Texte 9
Première partie
21 Mars 1927
Minuit et demi.
Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L’angoisse lui tordait l’estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n’était capable en cet instant que d’y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu’une ombre, et d’où sortait seulement ce pied à demi incliné par, le sommeil, vivant quand même - de la chair d’homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d’électricité pâle, coupé par les barreaux de laa fenêtre dont l’un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés ! La vague de vacarme retomba : quelque embarras de voitures (il y avait encore des embarras de voitures, là-bas, dans le monde des hommes...). Il se retrouva en face de la tache molle de la mousseline et du rectangle de lumière, immobiles dans cette nuit où le temps n’existait plus. Il se répétait que cet homme devait mourir. Bêtement car il savait qu’il le tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien n’existait que ce pied, cet homme qu’il devait frapper sans qu’il se défendît - car, s’il se défendait, il appellerait. Les paupières battantes, Tchen découvrait en lui, jusqu’à la nausée, non le combattant qu’il attendait, mais un sacrificateur.
André Malraux in La Condition humaine .
Texte 10
Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l’écoute. "Restons pas dehors ! qu’il me dit. Rentrons !" Je rentre avec lui. Voilà. "Cette terrasse, qu’il commence, c’est pour les oeufs à la coque ! Viens par ici !" Alors, on remarque encore qu’il n’y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voitures, rien. Quand il fait très froid, non plus, il n’y a personne dans les rues ; c’est lui, même que je m’en souviens, qui m’avait dit à ce propos : "Les gens de Paris ont l’air toujours d’être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c’est que lorsqu’il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus ; ils sont tous dedans à prendre des cafés-crème et des bocks. C’est ainsi ! Siècle de vitesse ! qu’ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu’ils racontent. Comment ça ? Rien n’est changé en vérité. Ils continuent à s’admirer et c’est tout. Et ça n’est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits..." Bien fiers alors d’avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeuré là assis, ravis, à regarder les dames du café."
Par Louis Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit
Texte 11.
La vérité sort-elle de la bouche des enfants ?
J’ai un doute, tout de même. Il faut que je raconte ça rapidement (après quoi, je retourne me coucher). Tout à l’heure, vers trois heures du matin, j’étais profondément endormi. Enfin, peut-être pas si profondément, parce que j’étais en train de faire un rêve, quelque chose de pas très agréable, qui avait rapport avec mon patron, une vente que j’avais ratée, une grosse commande, le client était le voisin du dessous, celui qui se passionne pour les insectes, j’avais égaré des papiers, je ne sais plus très bien, je cherchais, je cherchais, je tombais sur des tas de papiers qui n’avaient rien à voir - et lui qui me harcelait. (Mais ça, ce n’est pas un rêve : même dans la réalité, il me harcèle.) Toujours est-il que j’étais endormi, quand, au milieu de mes papiers, j’ai entendu un appel qui m’a réveillé. Papa, papa. C’était la petite. Je me suis dit : elle a encore dû faire un cauchemar (pas du même genre que le mien, je suppose, mais avec une sorte de monstre à peu près équivalent dedans), elle va se rendormir. Elle fait beaucoup de cauchemars, en ce moment, on ne sait pas pourquoi. J’ai attendu un moment, mais elle continuait à appeler. L’idée de devoir me lever en pleine nuit ne m’enchantait pas trop. Je me suis tourné vers Catherine, un peu par lâcheté, il faut bien l’avouer, mais elle dormait profondément - et puis c’est moi que la petite appelait. De toute façon, j’étais réveillé. Alors je suis sorti du lit, j’ai enfilé mon peignoir, et je suis allé la trouver dans sa chambre, tout en me disant : demain, je me lève à six heures pour le boulot, il faudrait que je dorme. Quand je me suis approché, elle m’a entendu. Avec ce parquet, impossible de remuer un doigt de pied sans réveiller tout l’immeuble - c’est pour ça que le type du dessus, avec son chien, il commence à m’agacer sérieusement : il a le même parquet que nous et on entend sans arrêt les griffes du chien qui frottent, ça m’énerve. Je suis entré discrètement, pour ne pas réveiller son frère, et j’ai vu qu’elle était debout, dans son pyjama, contre la fenêtre. Je lui ai chuchoté en bâillant : qu’est-ce qu’il y a, ma puce ? Qu’est-ce que tu fais ? Il faut vite te remettre au lit, tu as école demain (et papa a du boulot, avec un chef pas commode). Mais elle ne bougeait pas. Je la voyais dans le clair-obscur de la fenêtre (on ne tire pas les rideaux, elle a peur du noir complet - c’est compréhensible à son âge). Je me suis approché sur la pointe des pieds : tu as encore fait un cauchemar ? Elle a fait non de la tête, sans bouger. Qu’est-ce qu’il y a, alors ? Tu sais, il faut que papa se repose, il a une grosse journée demain (une journée comme d’habitude, quoi). Mais elle ne bougeait toujours pas.
La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix
Texte 12
« A l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d’habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d’oignons, et leurs corps, dès qu’ils n’étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l’épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu’en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver. Car en ce XVIIIe siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait encore aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur. Et c’est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c’était le cimetière des Innocents. (...) Or c’est là, à l’endroit le plus puant de tout le royaume, que vit le jour, le 17 juillet 1738, Jean-Baptiste Grenouille. »
e Parfum, Susskind
Texte 13
Extrait : "Quelque chose le réveilla. Il s’était tourné sur le côté et il écoutait. Il leva lentement la tête, le revolver dans la main. il baissa les yeux sur le petit et quand il regarda de nouveau vers la route la tête du convoi était déjà en vue. Grand Dieu, souffla-t-il. Il étendit le bras et secoua le petit, les yeux toujours fixés sur la route. Ils approchaient en traînant les pieds dans la cendre, secouant d’un côté puis de l’autre leurs têtes encapuchonnées. Quelques-uns portaient des masques à cartouche filtrante. Un autre dans une combinaison de protection biologique. Tachée et crasseuse. Tapant du pied, avec des gourdins à la main, des tronçons de tuyau. Toussant. Puis il entendit derrière eux sur la route ce qui semblait être un camion diesel. Vite, souffla-t-il. Vite. Il fourra le revolver sous sa ceinture et saisit le petit par la main et tira le caddie entre les arbres et le fit basculer dans un endroit où il ne serait pas si facilement visible. Le petit était transi de peur. Il le tirait contre lui. Ca va aller, dit-il. Il faut courir. Ne te retourne pas. Viens."
La route, Cormac mac Carthy, Points,
Corpus :
Samedi 12 septembre : Premier objet d’étude: Théâtre: Texte et représentation.
Présentation des Justes d’Albert Camus ; Biographie et contexte de l’œuvre. Méthode de préparation au commentaire et à la lecture analytique : les 7 entrées dans un texte.
Problématiques de l’étude : En quoi peut-on lire Les Justes comme une tragédie moderne? Actualité d’une telle pièce aujourd’hui, la proposition du metteur en scène Guy Pierre Couleau?
Jeudi 17 septembre : Reconstitution du dialogue Dora /Kalyayev après distribution de répliques. Le théâtre est réaction plus qu’action !
Vendredi 18 septembre : Exercices de lecture à haute voix
Samedi 19 septembre : LA extrait de l’Acte II : Dora et Kalyalev
Jeudi 24 septembre : la représentation des lieux dans les Justes. Travail à partir des didascalies .
Vendredi 25 septembre : Fin de l’exercice de lecture à haute voix.
Samedi 26 septembre :LA de la scène d’exposition des Justes, du début jusqu’à « tyrannie ».
Réflexion sur une scénographie possible : faire des propositions dans un dessin.
Jeudi 1er octobre : Questionnaire de lecture sur Les Justes.
Quels sont les personnages qui interviennent dans l’Organisation? Cochez la bonne réponse.
Dans quel pays et quels lieux se déroule l’histoire de cette pièce?
Quel est l’objectif des terroristes? Quel moyen utilisent-ils?
Pourquoi Stepan a-t-il été éloigné du groupe pendant trois ans?
Quel est le rôle de Ivan Kaliayev au sein du groupe? Qu’est-ce qui l’oppose à Stepan?
Quel est l’aboutissement du premier attentat et pourquoi?
Qu’arrive-t-il à Kaliayev lors du deuxième attentat?
Quel marché le chef de la police lui propose-t-il?
Comment comprenez-vous le titre de la pièce Les Justes?
Que souhaite Dora pour elle-même à la fin de la pièce? comment comprenez-vous sa réaction?
Vendredi 2 octobre :
Samedi 3 octobre : Notes d’intentions du metteur en scène Guy-Pierre Couleau
Jeudi 8 octobre : Les Justes : corrigé du contrôle, réflexion sur le titre, l’opposition Stepan\kaliayev
Vendredi 9 octobre : Les critères de réussite d’un Sujet d’invention de type bac.
Imaginez à la lumière de votre lecture des Justes de Camus, le dialogue entre deux lycéens qui s’opposeraient à propos du terrorisme. Pour l’un, l’activité terroriste serait criminelle à cent pour cent alors que l’autre montrerait que le terrorisme peut être héroique et nécessaire à l’avancée d’une cause à certaines conditions.
Votre dialogue ne sera pas théâtral mais prendra place dans un récit qui expliquera dans quelle situation les deux jeunes sont amenés à discuter de cela. L’un des deux au moins fera des allusions claires au texte de Camus qu’il utilisera comme exemple dans son argumentation.
Samedi 10 octobre : Captation des Justes dans la mise en scène de Guy Pierre Couleau.
Jeudi 15 octobre : Comment analyser un spectacle ? Fiche à remplir.
Vendredi 16 octobre : préparation au sujet d’invention
Samedi 17 octobre : fin de l’analyse de la captation des Justes à l’aide du questionnaire.
Jeudi 22 octobre : Fin de la pièce LES Justes
Vendredi 23 octobre :Préparation du sujet d’invention.
Samedi 24 octobre : LA du dénouement des Justes.
Vacances de la Toussaint.
Jeudi 5 novembre : Autres figures de « terroristes » dans la littérature théâtrale. L’exemple des Mains Sales de Sartre et de Lorenzaccio de Musset. Les caractéristiques du drame romantique. Le drame romantique
1) Origine du genre et historique
Le genre apparaît au xixe siècle. Il naît sous l’influence des aspirations littéraires des auteurs épris de liberté et de nouveauté, qui veulent s’opposer aux genres de l’époque classique. A cela viennent s’ajouter des revendications politiques et sociales, héritées de la Révolution française. Le genre n’a pas eu de succès par la suite, surtout à cause des extrêmes difficultés de mise en scène et de la complexité des intrigues.
L’ancêtre du drame romantique est le mélodrame, genre qui apparaît un peu avant : il prône le mélange des genres, le rejet de la règle des trois unités, une intrigue romanesque faite de rebondissements et des personnages stéréotypés.
2) Caractéristiques
a. Les personnages
Ils sont généralement très nombreux au sein d’une même pièce : ils sont issus de toutes les classes sociales et s’expriment dans le langage de leur condition. Le personnage central, qui donne son nom à la pièce, est un héros romantique (être en marge de la société : volontairement ou non, exilés, proscrit, déclassé…), confronté à un destin contraire et poussé par les forces de sa passion.
b. Sujets et thème
Les sujets sont empruntés à des grandes questions qui passionnent les gens de l’époque : la Renaissance, l’engagement politique, la condition de l’artiste et son exigence de liberté en matière de création et d’expression, les difficultés sociales…
Les auteurs veulent représenter la vie et l’Histoire dans leur diversité et leur naturel, mais aussi donner une image de l’époque, tout en refusant les conventions héritées du xviie siècle.
c. Forme et structure
Le drame romantique se caractérise comme une liberté d’inspiration et de forme, qui s’oppose radicalement au classicisme. La règle des trois unités est complètement supprimée : l’action se déroule dans des lieux différents, sa durée peut dépasser plusieurs mois ; seule l’unité d’action a été maintenue (toujours une seule intrigue). Les auteurs mélangent également les registres (comique, burlesque, épique, lyrique, tragique…) ainsi que les niveaux de langue.
3) Auteurs
§ Victor Hugo (1802-1885) : Cromwell (1827)
Hernani (1830)
Ruy Blas (1838)
§ Alfred de Musset (1810-1857) : Les caprices de Marianne (1833)
On ne badine pas avec l’amour (1834)
Lorenzaccio (1834)
Vendredi 6 novembre : la comparaison de Lorenzaccio avec Kaliayev.
Samedi 7 novembre : entraînement à l’épreuve orale. Simulation de l’épreuve de lecture analytique. Distribution d’une fiche d’auto évaluation.
Jeudi 12 novembre : Entraînement à l’épreuve écrite. Rédaction des questions préalables.
Corpus:
A, Jean Giraudoux, Electre, acte I, scène 8, 1937
B. Bernard- Marie Koltès, Le Retour au désert, scène2,1988.
A la découverte de Koltes pour les premières GM1
Un magnifique programme sur France Culture pour vous aider à découvrir Bernard-Marie Koltes à la suite de votre travail sur l’extrait de Retour au Désert, vous pourrez notamment entendre la pièce Roberto Zucco.
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/theatre_europe/index.php
Vous trouverez beaucoup de renseignements sur le dossier présenté sur le site de France Culture à l’occasion des 20 ans d’anniversaire de sa mort.
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2009/bernard-marie-koltes/
Résumé de Retour au Désert sur le site Théâtre Contemporain.
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Retour-au-desert-2575/ensavoirplus/
I. Début des années 60, dans une petite ville de l’Est de la France. Accompagnée de ses enfants, Édouard et Fatima, Mathilde, après quinze années passées en Algérie, revient dans la demeure familiale. Elle y retrouve son frère Adrien Serpenoise, son neveu Mathieu et sa belle-soeur Marthe. Mathilde vient habiter la maison qu’elle a hérité jadis de son père tandis qu’Adrien recevait l’usine désormais au bord de la faillite. Alors que le frère et la sœur règlent les comptes du passé, Fatima rencontre le fantôme de Marie, la première épouse d’Adrien, morte mystérieusement. Mathieu, lui, aspire à connaître le monde et rêve d’un engagement dans la guerre d’Algérie qui l’oppose violemment à son père.
II. Mathilde, aidée de son fils Édouard, agresse le préfet de police Plantières qu’elle accuse de l’avoir fait tondre pour s’en débarrasser. Elle se venge en lui rasant les cheveux alors que Plantières appelle au secours Adrien, instigateur autrefois de la déchéance de sa sœur. Pendant que Marthe s’abandonne à l’alcool, Adrien et Mathilde s’affrontent verbalement puis physiquement, submergés par leur haine, devant leurs domestiques, Madame Queuleu et Aziz. Resté seul, Adrien commente les propos de sa sœur sur son état d’homme-singe.
III. Dans le jardin de la maison où Mathieu la poursuit de ses assiduités, Fatima a de nouveau, en présence de sa mère Mathilde, la vision de Marie. De leur côté, excités par la peur et leur défiance réciproque, le préfet du département Sablon, le préfet Plantières, l’avocat Borny et Adrien préparent un attentat contre le café arabe Saïfi. Les deux cousins, Mathieu et Édouard sont obligés de sympathiser. Ensemble, accompagnés d’Aziz, ils décident d’aller aux putes et passent la soirée au café Saïfi. Sous la véranda, Adrien reçoit la visite d’un grand parachutiste noir, tombé du ciel, qui proclame son amour de la France et son dédain pour l’Histoire inconstante, en quête lui aussi d’identité.
IV. Dans sa chambre, Mathilde confie à Fatima ses angoisses, la peur que lui inspire son frère et son dégoût des hommes. Adrien les rejoint pour dresser un réquisitoire contre sa sœur et exprimer son mépris pour son propre fils Mathieu. Il les quitte en menaçant de mort Mathilde alors que Fatima supplie sa mère de rentrer en Algérie. Confronté au fatalisme d’Aziz, Mathieu comprend enfin que son départ pour l’Algérie et la guerre sont inéluctables. Restée seule, Mathilde apostrophe le public et lui dit sa vérité, son horreur de la vérité, des enfants et des hommes, et annonce le dénouement.
V. Pendant que Mathieu, Édouard et Aziz s’attardent au café Saïfi, dans le jardin, Plantières, Borny et Adrien espionnent Fatima afin de constater sa démence. Au loin retentit le bruit de l’explosion du café. Le fantôme de Marie apparaît à Fatima et lui exprime la honte que lui inspire cette famille. Le préfet du département Sablon ramène Mathieu et Édouard ensanglantés, victimes de l’attentat. Édouard, après un discours sur la vitesse de rotation de la terre, disparaît dans l’espace. Adrien, désabusé, décide de partir vivre en Algérie. Après que Madame Queuleu lui a annoncé que Fatima vient d’accoucher de jumeaux noirs qu’elle a baptisés Rémus et Romulus, Mathilde réussit à partir avec son frère en vitesse pour ne pas être rattrapés par les enfants.
P.N.
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