Mon cours de français

Adaptation d’ "Une Vie" de MAUPASSANT par Stéphane Brizé (2017)

Par Magiprof - publié le lundi 16 janvier 2017 à 07:32 dans Cours 4ème

Allociné : Vous avez dit à propos de l’adaptation : "Pour être fidèle, il faut trahir". Une phrase qui ne ressemble pas à votre cinéma en général mais à ce film en particulier...

Stéphane Brizé : "Oui, une phrase qui est également ironique si l’on considère l’histoire de mon héroïne. Le rapport à l’adaptation est une drôle de chose. On accède à une oeuvre par sa force littéraire, ce qui est le cas avec Maupassant, mais il s’agit ensuite de s’en défaire. Il faut combattre ce qu’on a au départ aimé. Dans le cas de grands romans comme ça, il y a aussi un troc avec le public car ce sont des romans qui existent dans l’insconscient collectif, les gens connaissent l’histoire donc on ne peut pas tout effacer de cette histoire ; chose que j’avais faite dans Mademoiselle Chambon. Le film n’a strictement rien à voir avec le roman vu qu’il n’y avait qu’une scène en commun. Cela n’empêchait pas l’adaptation qui était un écho aux personnages.



http://www.dailymotion.com/video/x54maiq_une-vie-sortie-de-salle-stephane-brize-judith-chemla-jean-pierre-darroussin-yolande-moreau_shortfilms"

L’adaptation est une bataille contre la littérature

Pour Une vie, je ne pouvais pas faire la même chose car les événements dramaturgiques sont très bien pensés par l’auteur. Par contre, j’ai été obligé d’inventer un chemin de cinéma pour relier les éléments saillants du récit. Il s’agit en outre d’une histoire qui met en scène le temps, et l’outil que Maupassant convoque est celui de la chronologie.

"Bel Ami" de MAUPASSANT adapté par les américains...une expérience!

Par Magiprof - publié le vendredi 16 septembre 2016 à 07:42 dans Cours 4ème

Ce n’est pas l’idéal mais cela a le mérite de placer ce personnage de Georges Duroy, qui désire réussir dans le journalisme (double de Maupassant?), incarné par Robert Pattinson. Il côtoie quand même Uma Thurman.!

Adapté par Declan Donnellan et Nick Ormerod en 2012




Grand Corps Malade

Par Magiprof - publié le mercredi 7 septembre 2016 à 05:08 dans Cours 4ème

La découverte de la poésie moderne passe indéniablement par ce slammeur aux textes forts:
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Né en Seine Saint Denis (Paris) en 1977, il fait beaucoup de sport et se destine à poursuivre dans cette voie.

 Pourtant, un accident alors qu’il est animateur de colonie de vacances va rompre ses rêves.
Il est gravement blessé et risque d’être tétraplégique.

Pendant la rééducation, il écrit, il découvre le Slam et rapidement va connaître le succès.
Son nom de scène vient de sa grande taille et des séquelles de son accident. Il se déplace difficilement.


http://www.dailymotion.com/video/x16f00y_grand-corps-malade-funambule-clip-officiel_music"

Ses albums:
2006 - Midi 20
2008 - Enfant de la ville
2010 - 3ème Temps
2013 - Funambule
2015 - Il nous restera ça


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Création et récitation d’une anthologie poétique en 4ème - Lyrisme

Par Magiprof - publié le mardi 29 mars 2016 à 01:01 dans Cours 4ème


Il s’agit encore et toujours d’exprimer ses sentiments!!!


Voici le document final:

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/m/Magiprof/55080.pdf


Le registre FANTASTIQUE

Par Magiprof - publié le jeudi 11 février 2016 à 18:22 dans Cours 4ème



Il faut qu’il y ait un DOUTE dans la tête du lecteur (ou du spectateur) :

- suis-je fou? Ai-je rêvé? cauchemardé?

- Ai-je réellement assisté à un phénomène surnaturel? Fantôme? Mort-vivant?



Ces récits ne laissent pas indemnes:

MAUPASSANT, Le Horla


MERIMEE, La Vénus d’Ille

GAUTIER, Le Pied de momie


Bram STOKER, Dracula


Oscar WILDE, Le Portrait de Dorian Gray



Mary SHELLEY, Frankenstein


Le FANTASTIQUE: "Les Autres" d’Alejandro AMENABAR

Par Magiprof - publié le jeudi 11 février 2016 à 18:08 dans Cours 4ème


Dans notre travail sur le registre fantastique, nous avons étudié des extraits de ce film.




"M Ibrahim et les fleurs du Coran" d’Eric-Emmanuel Schmitt

Par Magiprof - publié le samedi 16 janvier 2016 à 08:02 dans Cours 4ème

Un roman magnifique !!! Découverte du souphisme à travers le personnage de Monsieur Ibrahim!! Philosophie tolérante de l’Islam.


Paris, dans les années 1960. Momo, garçon juif de 12 ans, mal aimé, vit seul avec son père. Ibrahim, le vieux sage, tient une épicerie arabe. Un jour, leurs regards se croisent...


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Adaptation filmique (MAIS il faut lire le roman!!)



http://www.dailymotion.com/video/xk21s_monsieur-ibrahim-et-les-fleurs-du-c_news"

Bibliographie : le genre épistolaire

Par Magiprof - publié le vendredi 20 novembre 2015 à 11:55 dans Cours 4ème

Correspondances célèbres de:

- Mme de Sévigné

- George SAND (alias Aurore Dupin) = 40000 lettres envoyées

- VOLTAIRE

- Gustave FLAUBERT

- Victor HUGO

 



Romans épistolaires:

- Aurélien Malte de Jean-François CHABAS

- Oscar et la dame rose d’Eric- Emmanuel SCHMITT

- Si tu veux être mon ami de Mervet Akram Sha’ban et Galit FINK

- De Sacha à Macha de Yaël HASSAN

- Lettres de l’intérieur de John MARSDEN

- Papa Longues-jambes de Jean Webster

- Inconnu à cette adresse de Kressman TAYLOR

- Lettres à une disparue de Véronique MASSENOT

- Je t’attends de Thierry LEFEVRE

- Lettres de Lo de Camille POUZOL

- Ta Lou qui t’aime de Elisabeth BRAMI


  



"L’Enfant" de MAUPASSANT

Par Magiprof - publié le lundi 21 septembre 2015 à 03:41 dans Cours 4ème

"Mademoiselle Cocotte" de MAUPASSANT

Par Magiprof - publié le mercredi 16 septembre 2015 à 10:03 dans Cours 4ème

"Aux champs" de MAUPASSANT

Par Magiprof - publié le jeudi 3 septembre 2015 à 03:39 dans Cours 4ème

Audiolivre

http://www.guydemaupassant.fr/players/AuxChamps/playerMaupassant.htm


Aux champs par Guy de MAUPASSANT

A Octave Mirbeau

Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d’une colline, proches d’une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir. Les deux aînés avaient six ans et les deux cadets quinze mois environ ; les mariages et, ensuite les naissances, s’étaient produites à peu près simultanément dans l’une et l’autre maison.

Les deux mères distinguaient à peine leurs produits dans le tas ; et les deux pères confondaient tout à fait. Les huit noms dansaient dans leur tête, se mêlaient sans cesse ; et, quand il fallait en appeler un, les hommes souvent en criaient trois avant d’arriver au véritable.

La première des deux demeures, en venant de la station d’eaux de Rolleport, était occupée par les Tuvache, qui avaient trois filles et un garçon ; l’autre masure abritait les Vallin, qui avaient une fille et trois garçons.

Tout cela vivait péniblement de soupe, de pomme de terre et de grand air. A sept heures, le matin, puis à midi, puis à six heures, le soir, les ménagères réunissaient leurs mioches pour donner la pâtée, comme des gardeurs d’oies assemblent leurs bêtes. Les enfants étaient assis, par rang d’âge, devant la table en bois, vernie par cinquante ans d’usage. Le dernier moutard avait à peine la bouche au niveau de la planche. On posait devant eux l’assiette creuse pleine de pain molli dans l’eau où avaient cuit les pommes de terre, un demi-chou et trois oignons ; et toute la lignée mangeait jusqu’à plus faim. La mère empâtait elle-même le petit. Un peu de viande au pot-au-feu, le dimanche, était une fête pour tous, et le père, ce jour-là, s’attardait au repas en répétant : "Je m’y ferais bien tous les jours"

Par un après-midi du mois d’août, une légère voiture s’arrêta brusquement devant les deux chaumières, et une jeune femme, qui conduisait elle-même, dit au monsieur assis à côté d’elle :

- Oh ! regarde, Henri, ce tas d’enfants ! Sont-ils jolis, comme ça, à grouiller dans la poussière.

L’homme ne répondit rien, accoutumé à ces admirations qui étaient une douleur et presque un reproche pour lui.

La jeune femme reprit :

- Il faut que je les embrasse ! Oh ! comme je voudrais en avoir un, celui-là, le tout petit.

Et, sautant de la voiture, elle courut aux enfants, prit un des deux derniers, celui des Tuvache, et, l’enlevant dans ses bras, elle le baisa passionnément sur ses joues sales, sur ses cheveux blonds frisés et pommadés de terre, sur ses menottes qu’il agitait pour se débarrasser des caresses ennuyeuses.

Puis elle remonta dans sa voiture et partit au grand trot. Mais elle revint la semaine suivante, s’assit elle-même par terre, prit le moutard dans ses bras, le bourra de gâteaux, donna des bonbons à tous les autres ; et joua avec eux comme une gamine, tandis que son mari attendait patiemment dans sa frêle voiture.

Elle revint encore, fit connaissance avec les parents, reparut tous les jours, les poches pleines de friandises et de sous.

Elle s’appelait Mme Henri d’Hubières.

Un matin, en arrivant, son mari descendit avec elle ; et, sans s’arrêter aux mioches, qui la connaissaient bien maintenant, elle pénétra dans la demeure des paysans.

Ils étaient là, en train de fendre du bois pour la soupe ; ils se redressèrent tout surpris, donnèrent des chaises et attendirent. Alors la jeune femme, d’une voix entrecoupée, tremblante commença :

- Mes braves gens, je viens vous trouver parce que je voudrais bien... je voudrais bien emmener avec moi votre... votre petit garçon...

Les campagnards, stupéfaits et sans idée, ne répondirent pas.

Elle reprit haleine et continua.

- Nous n’avons pas d’enfants ; nous sommes seuls, mon mari et moi... Nous le garderions... voulez-vous ?

La paysanne commençait à comprendre. Elle demanda :

- Vous voulez nous prend’e Charlot ? Ah ben non, pour sûr.

Alors M. d’Hubières intervint :

- Ma femme s’est mal expliquée. Nous voulons l’adopter, mais il reviendra vous voir. S’il tourne bien, comme tout porte à le croire, il sera notre héritier. Si nous avions, par hasard, des enfants, il partagerait également avec eux. Mais s’il ne répondait pas à nos soins, nous lui donnerions, à sa majorité, une somme de vingt mille francs, qui sera immédiatement déposée en son nom chez un notaire. Et, comme on a aussi pensé à vous, on vous servira jusqu’à votre mort, une rente de cent francs par mois. Avez-vous bien compris ?

La fermière s’était levée, toute furieuse.

- Vous voulez que j’vous vendions Charlot ? Ah ! mais non ; c’est pas des choses qu’on d’mande à une mère çà ! Ah ! mais non ! Ce serait abomination.

L’homme ne disait rien, grave et réfléchi ; mais il approuvait sa femme d’un mouvement continu de la tête.

Mme d’Hubières, éperdue, se mit à pleurer, et, se tournant vers son mari, avec une voix pleine de sanglots, une voix d’enfant dont tous les désirs ordinaires sont satisfaits, elle balbutia :

- Ils ne veulent pas, Henri, ils ne veulent pas !

Alors ils firent une dernière tentative.

- Mais, mes amis, songez à l’avenir de votre enfant, à son bonheur, à ...

La paysanne, exaspérée, lui coupa la parole :

- C’est tout vu, c’est tout entendu, c’est tout réfléchi... Allez-vous-en, et pi, que j’vous revoie point par ici. C’est i permis d’vouloir prendre un éfant comme ça !

Alors Mme d’Hubières, en sortant, s’avisa qu’ils étaient deux tout petits, et elle demanda à travers ses larmes, avec une ténacité de femme volontaire et gâtée, qui ne veut jamais attendre :

- Mais l’autre petit n’est pas à vous ?

Le père Tuvache répondit :

- Non, c’est aux voisins ; vous pouvez y aller si vous voulez.

Et il rentra dans sa maison, où retentissait la voix indignée de sa femme.

Les Vallin étaient à table, en train de manger avec lenteur des tranches de pain qu’ils frottaient parcimonieusement avec un peu de beurre piqué au couteau, dans une assiette entre eux deux.

M. d’Hubières recommença ses propositions, mais avec plus d’insinuations, de précautions oratoires, d’astuce.

Les deux ruraux hochaient la tête en signe de refus ; mais quand ils apprirent qu’ils auraient cent francs par mois, ils se considèrent, se consultant de l’oeil, très ébranlés.

Ils gardèrent longtemps le silence, torturés, hésitants. La femme enfin demanda :

- Qué qu’t’en dis, l’homme ? Il prononça d’un ton sentencieux :

- J’dis qu’c’est point méprisable.

Alors Mme d’Hubières, qui tremblait d’angoisse, leur parla de l’avenir du petit, de son bonheur, et de tout l’argent qu’il pourrait leur donner plus tard.

Le paysan demanda :

- C’te rente de douze cents francs, ce s’ra promis d’vant l’notaire ?

M. d’Hubières répondit :

- Mais certainement, dès demain.

La fermière, qui méditait, reprit :

- Cent francs par mois, c’est point suffisant pour nous priver du p’tit ; ça travaillera dans quéqu’z’ans ct’éfant ; i nous faut cent vingt francs.

Mme d’Hubières trépignant d’impatience, les accorda tout de suite ; et, comme elle voulait enlever l’enfant, elle donna cent francs en cadeau pendant que son mari faisait un écrit. Le maire et un voisin, appelé aussitôt, servirent de témoins complaisants.

Et le jeune femme, radieuse, emporta le marmot hurlant, comme on emporte un bibelot désiré d’un magasin.

Les Tuvache sur leur porte, le regardaient partir muets, sévères, regrettant peut-être leur refus.

On n’entendit plus du tout parler du petit Jean Vallin. Les parents, chaque mois, allaient toucher leurs cent vingt francs chez le notaire ; et ils étaient fâchés avec leurs voisins parce que la mère Tuvache les agonisait d’ignominies, répétant sans cesse de porte en porte qu’il fallait être dénaturé pour vendre son enfant, que c’était une horreur, une saleté, une corromperie.

Et parfois elle prenait en ses bras son Charlot avec ostentation, lui criant, comme s’il eût compris :

- J’t’ai pas vendu, mé, j’t’ai pas vendu, mon p’tiot. J’vends pas m’s éfants, mé. J’sieus pas riche, mais vends pas m’s éfants.

Et, pendant des années et encore des années, ce fut ainsi chaque jour des allusions grossières qui étaient vociférées devant la porte, de façon à entrer dans la maison voisine. La mère Tuvache avait fini par se croire supérieure à toute la contrée parce qu’elle n’avait pas venu Charlot. Et ceux qui parlaient d’elle disaient :

- J’sais ben que c’était engageant, c’est égal, elle s’a conduite comme une bonne mère.

On la citait ; et Charlot, qui prenait dix-huit ans, élevé dans cette idée qu’on lui répétait sans répit, se jugeait lui-même supérieur à ses camarades, parce qu’on ne l’avait pas vendu.

Les Vallin vivotaient à leur aise, grâce à la pension. La fureur inapaisable des Tuvache, restés misérables, venait de là.

Leur fils aîné partit au service. Le second mourut ; Charlot resta seul à peiner avec le vieux père pour nourrir la mère et deux autres soeurs cadettes qu’il avait.

Il prenait vingt et un ans, quand, un matin, une brillante voiture s’arrêta devant les deux chaumières. Un jeune monsieur, avec une chaîne de montre en or, descendit, donnant la main à une vieille dame en cheveux blancs. La vieille dame lui dit :

- C’est là, mon enfant, à la seconde maison.

Et il entra comme chez lui dans la masure des Vallin.

La vieille mère lavait ses tabliers ; le père, infirme, sommeillait près de l’âtre. Tous deux levèrent la tête, et le jeune homme dit :

- Bonjour, papa ; bonjour maman.

Ils se dressèrent, effarés. La paysanne laissa tomber d’émoi son savon dans son eau et balbutia :

- C’est-i té, m’n éfant ? C’est-i té, m’n éfant ?

Il la prit dans ses bras et l’embrassa, en répétant : - "Bonjour, maman". Tandis que le vieux, tout tremblant, disait, de son ton calme qu’il ne perdait jamais : "Te v’là-t’i revenu, Jean ?". Comme s’il l’avait vu un mois auparavant.

Et, quand ils se furent reconnus, les parents voulurent tout de suite sortir le fieu dans le pays pour le montrer. On le conduisit chez le maire, chez l’adjoint, chez le curé, chez l’instituteur.

Charlot, debout sur le seuil de sa chaumière, le regardait passer.

Le soir, au souper il dit aux vieux :

- Faut-i qu’vous ayez été sots pour laisser prendre le p’tit aux Vallin !

Sa mère répondit obstinément :

- J’voulions point vendre not’ éfant !

Le père ne disait rien.

Le fils reprit :

- C’est-i pas malheureux d’être sacrifié comme ça !

Alors le père Tuvache articula d’un ton coléreux :

- Vas-tu pas nous r’procher d’ t’avoir gardé ?

Et le jeune homme, brutalement :

- Oui, j’vous le r’proche, que vous n’êtes que des niants. Des parents comme vous, ça fait l’malheur des éfants. Qu’vous mériteriez que j’vous quitte.

La bonne femme pleurait dans son assiette. Elle gémit tout en avalant des cuillerées de soupe dont elle répandait la moitié :

- Tuez-vous donc pour élever d’s éfants !

Alors le gars, rudement :

- J’aimerais mieux n’être point né que d’être c’que j’suis. Quand j’ai vu l’autre, tantôt, mon sang n’a fait qu’un tour. Je m’suis dit : "V’là c’que j’serais maintenant !".

Il se leva.

- Tenez, j’sens bien que je ferai mieux de n’pas rester ici, parce que j’vous le reprocherais du matin au soir, et que j’vous ferais une vie d’misère. Ca, voyez-vous, j’vous l’pardonnerai jamais !

Les deux vieux se taisaient, atterrés, larmoyants.

Il reprit :

- Non, c’t’ idée-là, ce serait trop dur. J’aime mieux m’en aller chercher ma vie aut’part !

Il ouvrit la porte. Un bruit de voix entra. Les Vallin festoyaient avec l’enfant revenu.

Alors Charlot tapa du pied et, se tournant vers ses parents, cria :

- Manants, va !

Et il disparut dans la nuit.

"Le Cid" de CORNEILLE / Adaptations

Par Magiprof - publié le samedi 25 avril 2015 à 03:47 dans Cours 4ème

Voici quelques adaptations au théâtre:


Celle de Thomas LE DOUAREC

https://www.youtube.com/watch?v=bHwH1mhiu1k


celle de Bénédicte BUDAN


AU CINEMA : par Anthony MANN avec Charlton HESTON et Sophia LOREN


http://www.dailymotion.com/video/x2dwtce_le-cid-realise-par-anthony-mann-morceaux-choisis_shortfilms




NOUVELLE REALISTE n° 1: Un Mariage d’amour de ZOLA

Par Magiprof - publié le samedi 8 février 2014 à 07:42 dans Cours 4ème

Un mariage d’amour

Michel avait vingt-cinq ans lorsqu’il épousa Suzanne, une jeune femme de son âge, d’une maigreur nerveuse, ni laide, ni belle, mais ayant dans son visage effilé deux grands beaux yeux qui allaient largement d’une tempe à l’autre. Ils vécurent trois années sans querelles, ne recevant guère que Jacques, un ami du mari, don la femme devint peu à peu passionnément amoureuse. Jacques se laissa aller à la douceur cuisante de cette passion. D’ailleurs, la paix du ménage ne fut pas troublée ; les amants étaient lâches, et reculaient devant la certitude d’un scandale. Sans en avoir conscience, ils en arrivèrent lentement au projet de se débarrasser de Michel. Un meurtre devait tout arranger, en leur permettant de s’aimer en liberté et selon la loi

Un jour, ils décidèrent le mari à faire une par lie de campagne2. On alla à Corbeil3, et là, lors que le dîner eut été commandé, Jacques proposa et fit accepter une promenade en canot sur la Seine. Il prit les rames et descendit la rivière  tandis que ses compagnons chantaient et riaient comme des enfants.

Quand la barque fut en pleine Seine, cachée derrière les hautes futaies4 d’une île, Jacques sai­sit brusquement Michel et essaya de le jeter à l’eau. Suzanne cessa de chanter ; elle détourna la tête, pâle, les lèvres serrées, silencieuse et fris­sonnante. Les deux hommes luttèrent un instant sur le bord de la barque qui s’enfonçait en cra­quant. Michel, surpris, ne pouvant comprendre, se défendit, muet, avec l’instinct d’une bête qu’on attaque; il mordit Jacques à la joue, enleva pres­que le morceau, et tomba dans la rivière en appe­lant sa femme avec rage et terreur. Il ne savait pas nager.

Alors Jacques, prenant Suzanne dans ses bras, se jeta à l’eau de façon à faire chavirer la barque. Puis il se mit à crier, à appeler au secours. Il sou­tenait la jeune femme, et, comme il était excel­lent nageur, il atteignit aisément la rive, où plusieurs personnes se trouvaient déjà rassem­blées.

La terrible comédie était jouée. Suzanne, éva­nouie et froide, gisait sur le sable ; Jacques pleu­rait, se désespérait, implorant de prompts secours pour son ami. Le lendemain, les jour­naux racontèrent l’accident, et les amants ayant toujours été aussi prudents que lâches, la pen­sée qu’un crime avait pu être commis ne vint à personne. Jacques en fut quitte pour expliquer la large morsure de Michel, en disant qu’un clou de la barque lui avait déchiré la joue.

Il fallait attendre au moins treize mois. Les amants s’étaient concertés à l’avance et avaient décidé qu’ils agiraient avec la plus grande prudence. Ils évitèrent de se voir ; ils ne se rencontrèrent que devant témoins.

Le moindre empressement aurait peut-être éveillé les soupçons.

Jacques, pendant les huit premiers jours, alla régulièrement à la Morgue6 chaque matin.

Quand il eut retrouvé et reconnu sur une des dalles blanches le cadavre de Michel, il le réclama au nom de la veuve et le fit enterrer. Il avait commis froidement le crime, et il éprouva un frisson d’épouvante en face de sa victime, horriblement défigurée, toute marbrée de taches bleues et vertes. Dès lors, il eut toujours devant les yeux le visage gonflé et grimaçant du noyé.

Dix-huit mois s’écoulèrent. Les amants se virent rarement; à chaque rencontre, ils éprouvèrent un étrange malaise. Ils attribuèrent cette sensation pénible à la peur, à l’âpre désir qu’ils avaient d’en finir avec cette funèbre histoire, en se mariant et en goûtant enfin les douceurs de leur amour. Jacques souffrait surtout de sa solitude; les dents de Michel avaient laissé sur sa joue des traces blanches, et il semblait parfois au meurtrier que ces cicatrices brûlaient sa chair et dévoraient son visage. Il espérait que Suzanne, sous ses baisers, apaiserait la cuisson des terribles brûlures.

Quand ils crurent avoir assez attendu, ils se marièrent, et toutes leurs connaissances applau­dirent. Ils goûtèrent, pendant les préparatifs de la noce, une joie nerveuse qui les trompa eux­mêmes. La vérité était que, depuis le crime, ils frissonnaient tous deux la nuit, secoués par d’ef­frayants cauchemars, et qu’ils avaient hâte de s’unir contre leur épouvante pour la vaincre.

Lorsqu’ils se trouvèrent seuls dans la cham­bre nuptiale, ils s’assirent, embarrassés et inquiets, devant un feu clair qui éclairait la pièce de larges clartés jaunes.

Jacques voulut parler d’amour, mais sa bou­che était sèche, et il ne put trouver un mot; Suzanne, glacée et comme morte, cherchait en elle avec désespoir sa passion qui s’en était allée de sa chair et de son coeur.

Alors, ils essayèrent d’être banals et de causer comme des gens qui se seraient vus pour la pre­mière fois. Mais les paroles leur manquèrent. Tous deux ils pensaient invinciblement au pau­vre noyé, et, tandis qu’ils échangeaient des mots vides, ils se devinaient l’un l’autre. Leur cause­rie cessa; dans le silence, il leur sembla qu’ils continuaient à s’entretenir de Michel. Ce terri­ble silence, plein de phrases épouvantées et cruelles, devenait accablant, insoutenable. Suzanne, toute blanche dans sa toilette de nuit, se leva et, tournant la tête

« Vous l’avez vu à la Morgue? demanda-t-elle d’une voix étouffée.

- Oui, répondit Jacques en frissonnant.

- Paraissait-il avoir beaucoup souffert ? »

Jacques ne put répondre. Il fit un geste, comme pour écarter une vision ignoble et odieuse, et il s’avança vers Suzanne, les bras ouverts.

« Embrasse-moi, dit-il en tendant la joue où se montraient des marques blanches.

- Oh ! non, jamais..., pas là ! » s’écria Suzanne qui recula en frémissant.

Ils s’assirent de nouveau devant le feu, effrayés et irrités. Leurs longs silences étaient coupés par des paroles amères, par des reproches et des plaintes.

Telle fut leur nuit de noces.

Dès lors, un drame navrant se passa entre les deux misérables. Je ne puis en raconter tous les actes, et je me contente d’indiquer brièvement les principales péripéties.

Le cadavre de Michel se mit entre Jacques et Suzanne. Au lit, ils s’écartaient l’un de l’autre et semblaient lui faire place. Dans leurs baisers, leurs lèvres devenaient froides, comme si la mort se fût placée entre leurs bouches. Et c’étaient des terreurs continuelles, des effrois brusques qui les séparaient, des hallucinations qui leur mon­traient leur victime partout et à chaque heure.

Cet homme et cette femme ne pouvaient plus s’aimer. Ils étaient tout à leur épouvante. Ils ne vivaient ensemble que pour se protéger contre le noyé. Parfois encore ils se serraient avec force l’un contre l’autre, s’unissaient avec désespoir, mais c’était afin d’échapper à leurs sinistres visions.

Puis la haine vint. Ils s’irritèrent contre leur crime, ils se désespérèrent d’avoir troublé leur vie à jamais. Alors ils s’accusèrent mutuellement. Jacques reprocha amèrement à Suzanne de l’avoir poussé au meurtre, et Suzanne lui cria qu’il mentait et qu’il était le seul coupable. La colère accroissait leurs angoisses, et chaque jour, pour le moindre souvenir, la querelle recom­mençait, plus âpre et plus cruelle. Les deux assassins tournaient ainsi comme des bêtes fau­ves, dans la vie de souffrance qu’ils s’étaient faite, se déchirant eux-mêmes, haletants, obligés de se taire.

Suzanne regretta Michel, le pleura tout haut, vanta au meurtrier les vertus de sa victime, et Jacques dut vivre en entendant toujours parler de cet homme qu’il avait jeté à l’eau et dont le cadavre était si horrible sur une dalle de la Morgue. Il avait souvent des heures de délire, et il accablait sa complice d’injures, la battait, lui répétait avec des cris l’histoire du meurtre, et lui prouvait que c’était elle qui avait tout fait, en lui donnant la folie de la passion.

S’il n’avait eu peur de trop souffrir, il se serait coupé la joue, pour enlever les traces des dents de Michel. Suzanne pleurait en regardant ces cicatrices, et le visage de Jacques était devenu pour elle un objet d’horreur dont la vue la secouait d’un éternel frisson.

Enfin se joua le dernier acte de ce drame poi­gnant. Après la haine, vinrent la crainte et la lâcheté ; les deux assassins eurent peur l’un de l’autre.

Ils comprirent qu’ils ne pouvaient vivre plus longtemps dans la fièvre du remords ; ils voyaient avec terreur leur abattement mutuel, et ils tremblaient en pensant que l’un d’eux par­lerait à coup sûr un jour ou l’autre.

Alors ils se surveillèrent ; leurs souffrances étaient intolérables, mais ils ne voulaient pas la délivrance par le châtiment. Ils se suivirent par­tout, ils s’étudièrent dans leurs moindres actes ; à chaque nouvelle querelle, ils se menaçaient de tout dire, puis ils se suppliaient à mains jointes de garder le silence, et ils restaient soupçonneux et farouches. Vie terrible, qui les traînait dans toutes les angoisses du remords et de l’effroi.

Ils en vinrent chacun à l’idée de se débarras­ser d’un complice redoutable. Suzanne espérait vivre plus calme, lorsqu’elle ne verrait plus la joue couturée de Jacques, et Jacques pensait pou­voir tuer son premier crime en tuant Suzanne.

Un jour, ils se surprirent, versant mutuelle­ment du poison dans leurs verres. Ils éclatèrent en sanglots, leur fièvre tomba, et ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Ils pleurèrent long­temps, demandant pardon, comprenant leur infa­mie, se disant que l’heure était venue de mourir. Ce fut là une dernière crise qui les soulagea.

Ils burent chacun le poison qu’ils avaient versé, et expirèrent à la même heure, liés dans la mort comme ils avaient été liés dans le crime. On trouva sur une table leur confession, et c’est après avoir lu ce testament sinistre, que j’ai pu écrire l’histoire de ce mariage d’amour.

 

Émile Zola (1840-1902), « Un mariage d’amour », nouvelle publiée dans Le Figaro en décembre 1866

1. L’histoire proprement dite est reproduite intégralement. Seules ont été coupées une quinzaine de lignes introductives de Zola qui expliquent les circonstances de rédaction de cette nouvelle. 2. partie de campagne: promenade à la campagne. 3. Corbeil: ville située non loin de Paris, au confluent de la Seine et de l’Essonne. 4. futaies : forêt d’arbres. 5. en fut quitte pour expliquer : n’eut qu’à expliquer. 6. Morgue: institut médico-légal où l’on entrepose les cadavres à identifier.

 

MAUPASSANT MP3

Par Magiprof - publié le mardi 26 novembre 2013 à 05:46 dans Cours 4ème

"Les Misérables" de Victor HUGO adapté

Par Magiprof - publié le mardi 19 mars 2013 à 20:44 dans Cours 4ème
Voici une adaptation du roman de Victor HUGO, Les Misérables étudié cette année.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19431290&cfilm=190788.html

et aussi "L’Homme qui rit" dont je vous ai parlé!
http://static.cotecine.fr/tb/Photos/1024x0/HOMME+QUI+RIT+PHOTO2.JPG


Nouvelles fantastiques 2012-2013 de 4ème B

Par Magiprof - publié le mercredi 2 janvier 2013 à 11:20 dans Cours 4ème
Un soir je rentrais chez moi .Quand je passais devant le cimetière, j’entendis des bruits. Cela ressemblait à quelqu’un qui détruisait une tombe. En plus le portail de ce sombre et sinistre cimetière était ouvert. Mais je me dis que ce n’était point mes affaires et je me remis en marche sous cette nuit noire .Grâce aux rayons très faibles de la lune, j’aperçus la serrure de ma porte.

 Le lendemain, je rentrais chez moi, comme d’habitude, et  devant ce sinistre cimetière, j’entendis de nouveau ce bruit sourd et inquiétant .Je penchai la tête par les barreaux du portail, et je vis une ombre .Effrayé, je rentrais chez moi comme si de rien n’était, la peur au ventre, tremblant, des sueurs froides coulant le long de mon dos.
Le jour suivant, j’entendis encore ce bruit, mais il se rapprochait, j’entrouvris le portail, et je vis cette ombre qui avançait .Apeuré, je rentrai chez moi, paniqué. La nuit, par ma fenêtre, caché derrière le rideau, je vis un étrange personnage près du portail .Je ne distinguais pas son visage .Il s’approcha de moi. Terrorisé, je partis en courant. Il me poursuivit avec ses bras raides comme du bois. Je faillis m’évanouir, les jambes tremblantes, le souffle court.  Soudain une grande fumée rouge apparut devant moi ,et le diable en personne me dit « Tu vas mourir !!! hahaha ! » .
Puis plus rien, tout était noir. Etais-je mort ? Ou bien dormais-je ??????Je ne le savais point.
 Je ne le sais toujours pas à ce jour… J’écris sur un bout de papier trouvé dans ma poche et à la lumière d’une allumette. J’entends des pas qui se rapprochent. Viennent-ils pour moi? pour nous tous? Est-ce la fin de la race humaine??? Je ....

d’après la copie de Thibaut, 4ème B

Blog présenté vendredi 30 novembre (projet rencontre écrivain)

Par Magiprof - publié le dimanche 2 décembre 2012 à 14:15 dans Cours 4ème


Voici le lien
http://ziknbook.web38.fr/



Allez ici et partagez vos goûts!

Adaptation au cinéma de romans du XIXème siècle

Par Magiprof - publié le dimanche 2 décembre 2012 à 11:40 dans Cours 4ème
Chers élèves,
de nombreux romans sont adaptés au cinéma (avec plus ou moins de succès et de qualité). Voici les derniers:
- Anna Karénine de TOLSTOÏ (1877) ==> Roman russe ==> Cinéma Equinoxe 20-25 janvier


--> ce film sort le 5 décembre 2012 au cinéma

- L’Homme qui rit de Victor HUGO (1869) ==> Roman français



- Jane Eyre de Charlotte Bronté
(1847) ==> Roman anglais


- Bel Ami de Guy de Maupassant (1885)


Faites-moi part de vos découvertes!!!
M. Merlen

Le Cid campeador : le mythe et la réalité

Par Magiprof - publié le mercredi 23 mai 2012 à 21:30 dans Cours 4ème
Pensez à regarder le lien d’une video avec le spécialiste Michel Del Castillo (à droite dans la rubrique LIENS ---------------------->

collège au cinéma 2011 -2012

Par Magiprof - publié le vendredi 6 janvier 2012 à 21:16 dans Cours 4ème

FILM 1:

 "This is England" de Shane MEADOWS.

Lien: http://dai.ly/oCI1rz

 

- FILM 2

 

 de Kim Rossi Stewart

Lien: http://www.dailymotion.com/video/x94q9g_libero-bande-annonce-vost-fr_shortfilms

 

 

 

FILM 3:

-

 

"L’apprenti" de Samuel COLLARDEY

Lien : http://www.youtube.com/watch?v=kf5ALTXTyvY

 

 

Anthologie de poèmes

Par Magiprof - publié le jeudi 1 décembre 2011 à 16:35 dans Cours 4ème

Comme je sais que vous êtes ravis, je joins le dossier avec les poèmes dont quelques défis (poèmes en prose).

Voici le lien pour l’anthologie de poèmes 4ème:

 

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/m/Magiprof/31871.pdf

 

A imprimer si vous le souhaitez pour revoir les mouvements artistiques.

 

Mme Merlen

"Le Cauchemar" de FUSSLI analysé

Par Magiprof - publié le dimanche 6 novembre 2011 à 14:53 dans Cours 4ème

 

Dans le cadre de notre séquence sur le fantastique, 2 analyses:

- FUSSLI

http://www.telerama.fr/scenes/une-oeuvre-a-la-loupe-le-cauchemar-de-fussli,65088.php#element_outils

 

- l’expressionisme à travers MUNCH

4ème A et 4ème C: séance 10

Par Magiprof - publié le mercredi 21 septembre 2011 à 22:55 dans Cours 4ème

Travail personnel d’analyse d’image.

Affiche de la journée mondiale contre la peine de mort (2009)

 

1) Quelle est la nature du document?

Qui s’adresse à qui?

2) Que peut signifier le choix du jeu de la marelle?

3) Quelles sont les couleurs du dessin? Que symbolisent -elles?

4) Quels liens peut-on faire entre cette affiche et la lettre de Victor Hugo?

Marie-Aude Murail interprétée par Adrien,Tom et Théo, 4ème F

Par Magiprof - publié le samedi 18 juin 2011 à 12:03 dans Cours 4ème
Vous devez vous procurer le lecteur flash d’Adobe
(Canal Rss de podcast)|

Voici une courte video de la pièce créée par 3 élèves lors de la rencontre avec l’écrivaine. Il manque le début. Ils s’inspirent de "La fille du Dr Baudouin".

 

Merci à eux pour leur prestation!

 

Mme Merlen

Portraits par NADAR

Par Magiprof - publié le dimanche 10 avril 2011 à 20:01 dans Cours 4ème

Ce photographe nous a permis de garder une trace des grands artistes et écrivains du XIX ème siècle.

 FLAUBERT

 

 Charles BAUDELAIRE

 

 Eugène DELACROIX

 

 Victor HUGO

 Sarah BERNHARD

 

 Théophile GAUTIER

 Guy de MAUPASSANT

 

 

Cléo de Mérode (danseuse)

Andrée Chedid a écrit la chanson "Je dis M" de Mathieu Chedid (son petit-fils)

Par Magiprof - publié le mercredi 9 février 2011 à 22:55 dans Cours 4ème
J’ai les méninges nomades
J’ai le miroir maussade
Tantôt mobile
Tantôt tranquille
Je moissonne sans bousculade

Je dis Aime
Et je le sème
Sur ma planète
Je dis M
Comme un emblème
La haine je la jette
Je dis AIME, AIME, AIME

Du Sphinx dans mon rimeur
Paris au fil du cœur
Du Nil dans mes veines
Dans mes artères coule la Seine

Je dis Aime
Et je le sème
Sur ma planète
Je dis M
Comme un emblème
La haine je la jette
Je dis AIME, AIME, AIME

Pour le dehors le dedans
Pour l’après pour l’avant
Je dis AIME, AIME, AIME

Pour le dehors le dedans
Pour l’après pour l’avant
AIME, AIME, AIME...

AIME, AIME, AIME...

Pour le dehors le dedans
Pour l’après pour l’avant
Pour le dehors le dedans
Pour l’après pour l’avant

Je dis Aime
Et je le sème
Sur ma planète
Je dis M
Comme un emblème
La haine je la jette
Je dis AIME, AIME, AIME


 

Printemps des poètes 2011

Par Magiprof - publié le mercredi 9 février 2011 à 22:36 dans Cours 4ème

Andrée Chedid , la poétesse franco-libanaise, vient de mourir ...

 

 

Toi-Moi

Par l’univers-planète
un univers à toute bride
Par l’univers-bourdon
dans chaque cellule du corps

Par les mots qui s’engendrent
Par cette parole étranglée
Par l’avant-scène du présent
Par vents d’éternité

Par cette naissance qui nous décerne le monde
Par cette mort qui l’escamote

Par cette vie
Plus bruissante que tout l’imaginé

TOI

Qui que tu sois

Je te suis bien plus proche qu’étranger.

 

Andrée Chedid ("Visage Premier" - Flammarion 1972)

 

 

Une image mobile peut-elle être poétique?

Par Magiprof - publié le vendredi 4 février 2011 à 22:45 dans Cours 4ème
Vous devez vous procurer le lecteur flash d’Adobe
(Canal Rss de podcast)|

Au délà des paroles de la chanson, quels éléments sont implicites?

 

Ce clip video a été réalisé par une équipe de création de courts métrages iséroise. Chaque image a été mise bout à bout (travail long) et qui donne un effet décalé. On reste dans notre thème du rêve.

à vous de juger!!

 

 

Oren Lavie, Her Morning Elegance -->en plus grand:

http://www.youtube.com/watch?v=2_HXUhShhmY

 

 

Vous avez dit "récit policier" ...

Par Magiprof - publié le vendredi 28 janvier 2011 à 16:14 dans Cours 4ème
Vous devez vous procurer le lecteur flash d’Adobe
(Canal Rss de podcast)|

Comme vous révisez sérieusement pour lundi, voici une vidéo sur un "Crime pas parfait du tout"... et Wam!

Courage!

M.Merlen

Voyage Lecture 4ème F

Par Magiprof - publié le mercredi 5 janvier 2011 à 10:22 dans Cours 4ème

Petit rappel des oeuvres du projet "Voyage Lecture" avec la rencontre de l’écrivaine Marie-Aude MURAIL:

 

1)       Baby-sitter blues

2)       Un séducteur né

3)       La fille du Dr Baudouin

4)       Dinky rouge sang

5)       L’assassin est au collège

6)       D’amour et de sang

7)       Maïté Coiffure

8)       Simple

9)       Le tueur à la cravate

10)   Oh, boy !

11)   BONUS : Sans sucre, merci

12)   BONUS : Papa et maman sont dans un bateau

 

Pensez à compléter notre baromètre de lecture, salle 101.

 

Voici le site officiel de Marie-Aude MURAIL si le coeur vous en dit:

http://marieaude.murail.pagesperso-orange.fr/#

 

Agatha CHRISTIE, Dix Petits Nègres

Par Magiprof - publié le dimanche 28 novembre 2010 à 10:09 dans Cours 4ème

 

Livre à lire pour le jeudi 6 Janvier 2011 (contrôle de lecture!!!)

 

Apparemment, il y a un jeu. Si quelqu’un l’a, je veux voir!!!

E. POE, Le Masque de la mort rouge

Par Magiprof - publié le vendredi 10 septembre 2010 à 21:59 dans Cours 4ème

E. POE, Le Masque de la Mort rouge

 

La Mort Rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure.

Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. Quand ses domaines furent à moitié dépeuplés, il convoqua un millier d’amis vigoureux et allègres de coeur, choisis parmi les chevaliers et les dames de sa cour, et se fit avec eux une retraite profonde dans une de ses abbayes fortifiées. C’était un vaste et magnifique bâtiment, une création du prince, d’un goût excentrique et cependant grandiose. Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L’abbaye fut largement approvisionnée.

Grâce à ces précautions, les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s’arrangerait comme il pourrait. En attendant, c’était folie de s’affliger ou de penser. Le prince avait pourvu à tous le moyens de plaisir. Il y avait des bouffons, il y avait des improvisateurs, des danseurs, des musiciens, il y avait le beau sous toutes ses formes, il y avait le vin. En dedans, il y avait toutes ces belles choses et la sécurité. Audehors, la Mort Rouge.

Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au-dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d’un bal masqué de la plus insolite magnificence.

Tableau voluptueux que cette mascarade! Mais d’abord laissez-moi vous décrire les salles où elle eut lieu. Il y en avait sept, une enfilade impériale. Dans beaucoup de palais, ces séries de salons forment de longues perspectives en ligne droite, quand les battants des portes sont rabattus sur les murs de chaque côté, de sorte que le regard s’enfonce jusqu’au bout sans obstacle. Ici, le cas était fort différent, comme on pouvait s’y attendre de la part du duc et de son goût très vif pour le bizarre. Les salles étaient si irrégulièrement disposées que l’oeil n’en pouvait guère embrasser plus d’une à la fois.

Au bout d’un espace de vingt à trente yards il y avait un brusque détour, et à chaque coude un nouvel aspect. A droite et à gauche, au milieu de chaque mur, une haute et étroite fenêtre gothique donnait sur un corridor fermé qui suivait les sinuosités de l’appartement. Chaque fenêtre était faite de verres colorés en harmonie avec le ton dominant dans les décorations de la salle sur laquelle elle s’ouvrait. Celle qui occupait l’extrémité orientale, par exemple, était tendue de bleu, et les fenêtres étaient d’un bleu profond. La seconde pièce était ornée et tendue de pourpre, et les carreaux étaient pourpres. La troisième, entièrement verte, et vertes les fenêtres. La quatrième, décorée d’orange, était éclairée par une fenêtre orangée, la cinquième, blanche, la sixième, violette.

La septième salle était rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe et de même couleur. Mais, dans cette chambre seulement, la couleur des fenêtres ne correspondait pas à la décoration. Les carreaux étaient écarlates, d’une couleur intense de sang.

Or, dans aucune des sept salles, à travers les ornements d’or éparpillés à profusion çà et là ou suspendus aux lambris, on ne voyait de lampe ni de candélabre. Ni lampes, ni bougies; aucune lumière de cette sorte dans cette longue suite de pièces. Mais, dans les corridors qui leur servaient de ceinture, juste en face de chaque fenêtre, se dressait un énorme trépied, avec un brasier éclatant, qui projetait ses rayons à travers les carreaux de couleur et illuminait la salle d’une manière éblouissante. Ainsi se produisait une multitude d’aspects chatoyants et fantastiques. Mais dans la chambre de l’ouest, la chambre noire, la lumière du brasier qui ruisselait sur les tentures noires à travers les carreaux sanglants était épouvantablement sinistre, et donnait aux physionomies des imprudents qui y entraient un aspect tellement étrange, que bien peu de danseurs se sentaient le courage de mettre les pieds dans son enceinte magique.

C’était aussi dans cette salle que s’élevait, contre le mur de l’ouest, une gigantesque horloge d’ébène. Son pendule se balançait avec un tic-tac sourd, lourd, monotone; et quand l’aiguille des minutes avait fait le circuit du cadran et que l’heure allait sonner, il s’élevait des poumons d’airain de la machine un son clair, éclatant, profond et excessivement musical, mais d’une note si particulière et d’une énergie telle, que d’heure en heure, les musiciens de l’orchestre étaient contraints d’interrompre un instant leurs accords pour écouter la musique de l’heure; les valseurs alors cessaient forcément leurs évolutions; un trouble momentané courait dans toute la joyeuse compagnie; et, tant que vibrait le carillon, on remarquait que les plus fous devenaient pâles, et que les plus âgés et les plus rassis passaient leurs mains sur leurs fronts, comme dans une méditation ou une rêverie délirante. Mais quand l’écho s’était tout à fait évanoui, une légère hilarité circulait, par toute l’assemblée; les musiciens s’entre-regardaient et

souriaient de leurs nerfs et de leur folie, et se juraient tout bas, les uns aux autres, que la prochaine sonnerie ne produirait pas en eux la même émotion; et puis, après la fuite des soixante minutes qui comprennent les trois mille six cents secondes de l’heure disparue, arrivait une nouvelle sonnerie de la fatale horloge, et c’étaient le même trouble, le même frisson, les mêmes rêveries.

Mais en dépit de tout cela, c’était une joyeuse et magnifique orgie. Le goût du duc était tout particulier. Il avait un oeil sûr à l’endroit des couleurs et des effets. Il méprisait le décorum de la mode. Ses plans étaient téméraires et sauvages et ses conceptions brillaient d’une splendeur barbare. Il y a des gens qui l’auraient jugé fou. Ses courtisans sentaient bien qu’il ne l’était pas. Mais il fallait l’entendre, le voir, le toucher, pour être sûr qu’il ne l’était pas.

Il avait, à l’occasion de cette grande fête, présidé en grande partie à la décoration mobilière des sept salons, et c’était son goût personnel qui avait commandé le style des travestissements. A coup sûr, c’étaient des conceptions grotesques. C’était éblouissant, étincelant; il y avait du piquant et du fantastique, beaucoup de ce qu’on a vu depuis dans Hernani. Il y avait des figures vraiment grotesques, absurdement équipées, incongrûment bâties; des fantaisies monstrueuses comme la folie; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu de terrible, et du dégoûtant à foison.

Bref, c’était comme une multitude de rêves qui se pavanaient çà et là dans les sept salons. Et ces rêves se contorsionnaient en tous sens, prenant la couleur des chambres, et l’on eût dit qu’ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l’orchestre étaient l’écho de leur pas.

Et de temps en temps on entend sonner l’horloge d’ébène dans la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s’arrête, tout se tait, excepté la voix de l’horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures. Mais les échos de la sonnerie s’évanouissent, ils n’ont duré qu’un instant, et à peine ont-ils fui, qu’une hilarité légère et mal contenue circule partout. Et la musique s’enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent çà et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds. Mais dans la chambre qui est là-bas tout à l’ouest aucun masque n’ose maintenant s’aventurer; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang, et la noirceur des draperies funèbres est effrayante; et à l’étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l’horloge d’ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l’insouciance lointaine des

autres salles.

Quant à ces pièces-là, elles fourmillent de monde, et le coeur de la vie y battait fièvreusement. Et la tête tourbillonnait toujours, lorsque s’éleva enfin le son de minuit de l’horloge. Alors, comme je l’ai dit, la musique s’arrêta; le tournoiement des valseurs fut suspendu; il se fit partout, comme naguère, une anxieuse immobilité. Mais le timbre de l’horloge avait cette fois douze coups à sonner; aussi il se peut bien que plus de pensée se soit glissée dans les méditations de ceux qui pensaient parmi cette foule festoyante. Et ce fut peut-être aussi pour cela que plusieurs personnes parmi cette foule, avant que les derniers échos du dernier coup fussent noyés dans le silence, avaient eu le temps de s’apercevoir de la présence d’un masque qui jusque-là n’avait aucunement attiré l’attention. Et, la nouvelle de cette intrusion s’étant répandue en un chuchotement à la ronde, il s’éleva de toute l’assemblée un bourdonnement, puis, finalement de terreur, d’horreur et de dégoût.

Dans une réunion de fantômes telle que je l’ai décrite, il fallait sans doute une apparition bien extraordinaire pour causer une telle sensation. La licence carnavalesque de cette nuit était, il est vrai, à peu près illimitée; mais le personnage en question avait dépassé l’extravagance d’un Hérode, et franchi les bornes, cependant complaisantes, du décorum imposé par le prince. Il y a dans les coeurs des plus insouciants des cordes qui ne se laissent pas toucher sans émotion. Même chez les plus dépravés, chez ceux pour qui la vie et la mort sont également un jeu, il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas jouer. Toute l’assemblée parut alors sentir prondément le mauvais goût et l’nconvenance de la conduite et du costume de l’étranger. Le personnage était grand et décharné, et enveloppé d’un suaire de la tête aux pieds. Le masque qui cachait le visage représentait si bien la physionomie d’un cadavre raidi, que l’analyse la plus minutieuse aurait difficilement découvert l’artifice. Et cependant, tous ces fous joyeux auraient peut-être supporté, sinon approuvé, cette laide plaisanterie. Mais le masque avait été

jusqu’à adopter le type de la Mort rouge. Son vêtement était barbouillé de sang, et son large front, ainsi que tous les traits de sa face, étaient aspergés de l’épouvantable écarlate.

Quand les yeux du prince Prospero tombèrent sur cette figure de spectre qui, d’un mouvement lent, solennel, emphatique, comme pour mieux soutenir son rôle, se promenait çà et là à travers les danseurs, on le vit d’abord convulsé par un violent frisson de terreur ou de dégoût; mais une seconde après, son front s’empourpra de rage.

- Qui ose, demanda-t-il, d’une voix enrouée, aux courtisans debout près de lui; qui ose nous insulter par cette ironie blasphématoire? Emparez-vous de lui, et démasquez-le; que nous sachions qui nous aurons à prendre aux créneaux, au lever du soleil!

C’était dans la chambre de l’est ou chambre bleue, que se trouvait le prince Prospero, quand il prononça ces paroles. Elles retentirent fortement et clairement à travers les sept salons, car le prince était un homme impétueux et robuste, et la musique s’était tue à un signe de sa main.

C’était dans la chambre bleue que se tenait le prince, avec un groupe de pâles courtisanes à ses côtés. D’abord, pendant qu’il parlait, il y eut parmi le groupe un léger mouvement en avant dans la direction de l’intrus, qui fut un instant presque à leur portée, et qui maintenant, d’un pas délibéré et majestueux, se rapprochait de plus en plus du prince. Mais par suite d’une certaine terreur indéfinissable que l’audace insensée du masque avait inspirée à toute la société, il ne se trouva personne pour lui mettre la main dessus; si bien que, ne trouvant aucun obstacle, il passa à deux pas de la personne du prince; et, pendant que l’immense assemblée, comme obéissant à un seul mouvement, reculait du centre de la salle vers les murs, il continua sa route sans intrruption, de ce même pas solennel et mesuré qui l’avait tout d’abord caractérisé, de

la chambre bleue à la chambre pourpre, de la chambre pourpre à la chambre verte, de la verte à l’orange, de celle-ci à la blanche, et de celle-là à la violette, avant qu’on eût fait un mouvement décisif pour l’arrêter.

Ce fut alors, toutefois, que le prince Prospero, exaspéré par la rage et la honte de sa lâcheté d’une inute, s’élança précipitamment à travers les six chambres, où nul ne le suivit; car une terreur mortelle s’était emparée de tout le monde. Il brandissait unpoignard nu, et s’était approché impétueusement à une distance de trois ou quatre pieds du fantôme qui battait en retraite, quand ce dernier, arrivé à l’extrémité de la salle de velours, se retourna brusquement et fit face à celui qui le poursuivait. Un cri aigu partit, et le poignard glissa avec un éclair sur le tapis funèbre où le prince Prospero tombait mort une seconde après.

Alors, invoquant le courage violent du désespoir, une foule de masques se précipita à la fois dans la chambre noire; et, saisissant l’inconnu, qui se tenait, comme une grande statue, droit et immobile dans l’ombre de l’horloge d’ébène, ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme humaine.

On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rose sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute.

Et la vie de l’horloge d’ébène disparut avec celle du derner de ces êtres joyeux. Et les flammes des trépieds expièrent. Et les Ténèbres, et la Ruine, et la Mort rouge établirent sur toutes choses leur empire illimité.

Sortie Musée des Beaux-Arts de Grenoble et Vizille avec 4ème1 et 4ème3

Par Magiprof - publié le vendredi 4 juin 2010 à 22:31 dans Cours 4ème

Chers élèves,

voici quelques photos qui reprennent les oeuvres que nous avons vues sur le Parcours 8: De l’impressionisme à l’art moderne.

Pensez à remplir vos questionnaires de travail.

 

1) Jules-Jean Antoine LECOMTE DU Nouÿ, Homère mendiant, 1881

 

2) Claude MONET, Coin de l’étang à Giverny (1917)

3)  Henri-Edmond CROSS, Le Cap Layet (1904)

 

4) MATISSE, Intérieur aux aubergines (1911)

 

5) DELAUNAY, Hommage à Blériot (1914)

Les paroles rapportées

Par Magiprof - publié le lundi 10 mai 2010 à 06:20 dans Cours 4ème

On peut rapporter différemment des paroles :

I) Les paroles rapportées directement: Discours DIRECT

Les paroles sont rapportées comme si elles étaient prononcées par l’énonciateur lui-même :

elles sont séparées du reste de la phrase par la ponctuation : deux points, guillemets, tirets

elles peuvent être accompagnées d’une phrase incise, avec un verbe de parole (dire, croire, estimer...)

« Quel beau garçon! dit-elle avec enthousiasme»

 

II) Les paroles rapportées indirectement: Discours INDIRECT

Les paroles sont rapportées par l’intermédiaire du narrateur et donc modifiées:

elles sont intégrées à la phrase dans un rapport de subordination( que )

la présence d’un verbe introducteur dans la proposition principale est obligatoire.

La concordance des temps doit être respectée.

 

Elle dit qu’il est charmant.

Elle a dit qu’il était charmant. ==> Tout passe au passé (imparfait)

 

Elle dit qu’elle ira au cinéma mardi soir.

Elle a dit qu’elle irait au cinéma mardi soir. ==> Tout passe au passé (conditionnel)

 

! Pensez à ne pas mettre de guillemets au discours indirect!

Shutter Island

Par Magiprof - publié le lundi 8 mars 2010 à 18:31 dans Cours 4ème

l’adaptation du roman de Denis Lehanne par Martin Scorsese:

 

 

 

Nous allons commencer la préparation d’une analyse d’image de presse pour début Avril.

à vos stylos...

Paul Eluard, "L’amoureuse"

Par Magiprof - publié le jeudi 10 décembre 2009 à 15:30 dans Cours 4ème

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul ELUARD, "Au coeur de mon amour" (1923)

Par Magiprof - publié le jeudi 10 décembre 2009 à 15:21 dans Cours 4ème

Un bel oiseau me montre la lumière
Elle est dans ses yeux, bien en vue.
Il chante sur une boule de gui
Au milieu du soleil.

***

Les yeux des animaux chanteurs
Et leurs chants de colère ou d’ennui
M’ont interdit de sortir de ce lit.
J’y passerai ma vie.

L’aube dans les pays sans grâce
Prend l’apparence de l’oubli.
Et qu’une femme émue s’endorme, à l’aube,
La tête la première, sa chute l’illumine.

Constellations,
Vous connaissez la forme de sa tête.
Ici, tout s’obscurcit :
Le paysage se complète, sang aux joues,
Les masses diminuent et coulent dans mon cœur
Avec le sommeil.
Et qui donc veut me prendre le coeur.

***


Je n’ai jamais rêvé d’une si belle nuit.
Les femmes du jardin cherchent à m’embrasser —
Soutiens du ciel, les arbres immobiles
Embrassent bien l’ombre qui les soutient.

Une femme au cœur pâle
Met la nuit dans ses habits.
L’amour a découvert la nuit
Sur ses seins impalpables.

Comment prendre plaisir à tout ?
Plutôt tout effacer.
L’homme de tous les mouvements,
De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes
Dort. Il dort, il dort, il dort.
Il raye de ses soupirs la nuit miniscule, invisible.

Il n’a ni froid, ni chaud.
Son prisonnier s’est évadé — pour dormir.
Il n’est pas mort, il dort.
Quand il s’est endormi
Tout l’étonnait,
Il jouait avec ardeur,
Il regardait,
Il entendait.
Sa dernière parole :
« Si c’était à recommencer, je te rencontrerais sans te chercher. »

Il dort, il dort, il dort.
L’aube a eu beau lever la tête,
Il dort.

Guy de MAUPASSANT (photographié par Nadar)

Par Magiprof - publié le vendredi 4 septembre 2009 à 15:08 dans Cours 4ème

 

Liste des bilans 4ème

Par Magiprof - publié le dimanche 21 juin 2009 à 15:51 dans Cours 4ème

Je vous rappelle la liste des bilans qui sont à connaître par coeur:

  1. La nouvelle
  2. Le texte narratif (récit) :
    - Auteur
    - Narrateur
    - Point de vue
    - Rythme du récit (retour en arrière, anticipation, ellipse, ...)
  3. Imparfait de l’indicatif (conjugaison)
  4. Passé simple (conjugaison)
  5. Valeurs des ces deux temps
  6. Le conditionnel (conjugaison + valeurs)
  7. Les figures de style: Comparaisons , métaphores, gradations,hyperboles, accumulation, répétition, question oratoire, anaphore, personnification, métonymie, périphrase, litote, oxymore, antiphrase, antithèse
  8. Types de phrases : déclarative, exclamative, interrogative et injonctive
  9. La phrase complexe : juxtaposition, coordination et subordination
  10. Les différentes subordonnées : relative, complétive ou circonstancielle
  11. Les connecteurs spatiaux, temporels et logiques
  12. Les paroles rapportées: discours direct, indirect et indirect libre
  13. Les accords du verbe
  14. Le fantastique : caractéristiques du registre
  15. La lettre
  16. La situation d’énonciation
  17. La poésie
  18. Le futur de l’indicatif
  19. Les accords du participe passé
  20. Les classes grammaticales
  21. L’oral
  22. L’image
  23. Les fonctions: Les compléments d’objet
  24. Les fonctions: Les compléments circonstanciels
  25. Les homophones grammaticaux: tout, tous... / leur et leurs / c’est, s’est.../ ...
  26. La description: les expansions du nom
  27. Les attributs du sujet ou de l’objet
  28. Le portrait
  29. La presse
  30. Le passif
  31. L’impératif
  32. Les temps composés: plus-que-parfait, passé intérieur, futur antérieur + VALEURS
  33. Le théâtre : formes et vocabulaire spécifique
  34. Le subjonctif présent et passé + VALEURS

Lecture 3 MAUPASSANT La main d’écorché

Par Magiprof - publié le lundi 19 novembre 2007 à 22:41 dans Cours 4ème

Guy de MAUPASSANT, La main d’écorché

1875

    Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R..., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan.

" Devinez d’où je viens, s’écria-t-il aussitôt.

- Je parie pour Mabille, répond l’un,

- non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante, reprend un autre.

- Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer.

- Vous n’y êtes point, je viens de P... en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter.

  " A ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue.

  " Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, ce quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses.

- Mais que vas-tu faire de cette horreur ? nous écriâmes-nous.

- Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers.

- Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par le procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon.

- Ne raillez pas, messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : "Qui a tué tuera."

- Et qui a bu boira", reprit l’amphitryon. Là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : "Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître", puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

    Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant.

  " Eh bien, comment vas-tu ? lui dis-je.

- Très bien, me répondit-il.

- Et ta main ?

- Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi."

  En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer.

  " Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé.

- Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. "

  Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve.

  " Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le " Frère, il faut mourir " des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant."

   Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

   Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers six heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant.

  " Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. "

  Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlait bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

  Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

  " Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B..., étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers dix heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte. Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout annonçait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B... gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. La justice informe."   

  On lisait le lendemain dans le même journal :

  " M. Pierre B..., la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. "

  En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois j’allai le voir tous les jours à l’hospice où nous l’avions placé, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, il se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : " Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! " Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

   Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P... en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R... et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière, les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres ; machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui, de son oeil creux, semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi j’eus presque peur.

   " Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. "

  Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. "Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main.

- Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre monsieur Pierre.

  Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé cinquante francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Lecture 2 MAUPASSANT La peur

Par Magiprof - publié le dimanche 11 novembre 2007 à 20:18 dans Cours 4ème

Chers élèves,

voici une autre nouvelle à lire:

1) repérage du narrateur ( qui est-ce?) et du point de vue

2) repérage de la situation qui crée le fantastique : hésitation entre une interprétation rationnelle ou irrationnelle.

La peur par Guy de MAUPASSANT

à J.-K. Huysmans

On remonta sur le pont après dîner. Devant nous, la Méditerranée n’avait pas un frisson sur toute sa surface qu’une grande lune calme moirait. Le vaste bateau glissait, jetant sur le ciel, qui semblait ensemencé d’étoiles, un gros serpent de fumée noire ; et, derrière nous, l’eau toute blanche, agitée par le passage rapide du lourd bâtiment, battue par l’hélice, moussait, semblait se tordre, remuait tant de clartés qu’on eût dit de la lumière de lune bouillonnant.

Nous étions là, six ou huit, silencieux, admirant, l’oeil tourné vers l’Afrique lointaine où nous allions. Le commandant, qui fumait un cigare au milieu de nous, reprit soudain la conversation du dîner.

- Oui, j’ai eu peur ce jour-là. Mon navire est resté six heures avec ce rocher dans le ventre, battu par la mer. Heureusement que nous avons été recueillis, vers le soir, par un charbonnier anglais qui nous aperçut.

Alors un grand homme à figure brûlée, à l’aspect grave, un de ces hommes qu’on sent avoir traversé de longs pays inconnus, au milieu de dangers incessants, et dont l’oeil tranquille semble garder, dans sa profondeur, quelque chose des paysages étranges qu’il a vus ; un de ces hommes qu’on devine trempés dans le courage, parla pour la première fois :

- Vous dites, commandant, que vous avez eu peur ; je n’en crois rien. Vous vous trompez sur le mot et sur la sensation que vous avez éprouvée. Un homme énergique n’a jamais peur en face du danger pressant. Il est ému, agité, anxieux ; mais la peur, c’est autre chose. Le commandant reprit en riant :

- Fichtre ! je vous réponds bien que j’ai eu peur, moi.

Alors l’homme au teint bronzé prononça d’une voix lente :

- Permettez-moi de m’expliquer ! La peur (et les hommes les plus hardis peuvent avoir peur), c’est quelque chose d’effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l’âme, un spasme affreux de la pensée et du coeur, dont le souvenir seul donne des frissons d’angoisse. Mais cela n’a lieu, quand on est brave, ni devant une attaque, ni devant la mort inévitable, ni devant toutes les formes connues du péril : cela a lieu dans certaines circonstances anormales, sous certaines influences mystérieuses en face de risques vagues. La vraie peur, c’est quelque chose comme une réminiscence des terreurs fantastiques d’autrefois. Un homme qui croit aux revenants, et qui s’imagine apercevoir un spectre dans la nuit, doit éprouver la peur en toute son épouvantable horreur.

Moi, j’ai deviné la peur en plein jour, il y a dix ans environ. Je l’ai ressentie, l’hiver dernier, par une nuit de décembre.

Et, pourtant, j’ai traversé bien des hasards, bien des aventures qui semblaient mortelles. Je me suis battu souvent. J’ai été laissé pour mort par des voleurs. J’ai été condamné, comme insurgé, à être pendu, en Amérique, et jeté à la mer du pont d’un bâtiment sur les côtes de Chine. Chaque fois je me suis cru perdu, j’en ai pris immédiatement mon parti, sans attendrissement et même sans regrets.

Mais la peur, ce n’est pas cela.

Je l’ai pressentie en Afrique. Et pourtant elle est fille du Nord ; le soleil la dissipe comme un brouillard. Remarquez bien ceci, Messieurs. Chez les Orientaux, la vie ne compte pour rien ; on est résigné tout de suite ; les nuits sont claires et vides des inquiétudes sombres qui hantent les cerveaux dans les pays froids. En Orient, on peut connaître la panique, on ignore la peur.

Eh bien ! voici ce qui m’est arrivé sur cette terre d’Afrique :

Je traversais les grandes dunes au sud de Ouargla. C’est là un des plus étranges pays du monde. Vous connaissez le sable uni, le sable droit des interminables plages de l’Océan. Eh bien ! figurez-vous l’Océan lui-même devenu sable au milieu d’un ouragan ; imaginez une tempête silencieuse de vagues immobiles en poussière jaune. Elles sont hautes comme des montagnes, ces vagues inégales, différentes, soulevées tout à fait comme des flots déchaînés, mais plus grandes encore, et striées comme de la moire. Sur cette mer furieuse, muette et sans mouvement, le dévorant soleil du sud verse sa flamme implacable et directe. Il faut gravir ces lames de cendre d’or, redescendre, gravir encore, gravir sans cesse, sans repos et sans ombre. Les chevaux râlent, enfoncent jusqu’aux genoux, et glissent en dévalant l’autre versant des surprenantes collines.

Nous étions deux amis suivis de huit spahis et de quatre chameaux avec leurs chameliers. Nous ne parlions plus, accablés de chaleur, de fatigue, et désséchés de soif comme ce désert ardent. Soudain un de nos hommes poussa une sorte de cri ; tous s’arrêtèrent ; et nous demeurâmes immobiles, surpris par un inexplicable phénomène, connu des voyageurs en ces contrées perdues.

Quelque part, près de nous, dans une direction indéterminée, un tambour battait, le mystérieux tambour des dunes ; il battait distinctement, tantôt plus vibrant, tantôt affaibli, arrêtant, puis reprenant son roulement fantastique.

Les Arabes, épouvantés, se regardaient ; et l’un dit, en sa langue : "La mort est sur nous". Et voilà que tout à coup mon compagnon, mon ami, presque mon frère, tomba de cheval, la tête en avant, foudroyé par une insolation.

Et pendant deux heures, pendant que j’essayais en vain de la sauver, toujours ce tambour insaisissable m’emplissait l’oreille de son bruit monotone, intermittent et incompréhensible ; et je sentais glisser dans mes os la peur, la vraie peur, la hideuse peur, en face de ce cadavre aimé, dans ce trou incendié par le soleil entre quatre monts de sable, tandis que l’écho inconnu nous jetait, à deux cents lieues de tout village français, le battement rapide du tambour.

Ce jour-là, je compris ce que c’était que d’avoir peur ; je l’ai su mieux encore une autre fois...

Le commandant interrompit le conteur :

- Pardon, Monsieur, mais ce tambour ? Qu’était-ce ?

Le voyageur répondit :

- Je n’en sais rien. Personne ne sait. Les officiers, surpris souvent par ce bruit singulier, l’attribuent généralement à l’écho grossi, multiplié, démesurément enflé par les vallonnements des dunes, d’une grêle de grains de sable emportés dans le vent et heurtant une touffe d’herbes sèches ; car on a toujours remarqué que le phénomène se produit dans le voisinage de petites plantes brûlées par le soleil, et dures comme du parchemin.

Ce tambour ne serait donc qu’une sorte de mirage du son. Voilà tout. Mais je n’appris cela que plus tard.

J’arrive à ma seconde émotion.

C’était l’hiver dernier, dans une forêt du nord-est de la France. La nuit vint deux heures plus tôt, tant le ciel était sombre. J’avais pour guide un paysan qui marchait à mon côté, par un tout petit chemin, sous une voûte de sapins dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Entre les cimes, je voyais courir des nuages en déroute, des nuages éperdus qui semblaient fuir devant une épouvante. Parfois, sous une immense rafale, toute la forêt s’inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance ; et le froid m’envahissait, malgré mon pas rapide et mon lourd vêtement.

Nous devions souper et coucher chez un garde forestier dont la maison n’était plus éloignée de nous. J’allais là pour chasser.

Mon guide, parfois, levait les yeux et murmurait : "Triste temps !". Puis il me parla des gens chez qui nous arrivions. Le père avait tué un braconnier deux ans auparavant, et, depuis ce temps, il semblait sombre, comme hanté d’un souvenir. Ses deux fils, mariés, vivaient avec lui.

Les ténèbres étaient profondes. Je ne voyais rien devant moi, ni autour de moi, et toute la branchure des arbres entre-choqués emplissait la nuit d’une rumeur incessante. Enfin, j’aperçus une lumière, et bientôt mon compagnon heurtait une porte. Des cris aigus de femmes nous répondirent. Puis, une voix d’homme, une voix étranglée, demanda : "Qui va là ?". Mon guide se nomma. Nous entrâmes. Ce fut un inoubliable tableau.

Un vieil homme à cheveux blancs, à l’oeil fou, le fusil chargé dans la main, nous attendait debout au milieu de la cuisine, tandis que deux grands gaillards, armés de haches, gardaient la porte. Je distinguai dans les coins sombres deux femmes à genoux, le visage caché contre le mur.

On s’expliqua. Le vieux remit son arme contre le mur et ordonna de préparer ma chambre ; puis, comme les femmes ne bougeaient point, il me dit brusquement :

- Voyez-vous, Monsieur, j’ai tué un homme, voilà deux ans, cette nuit. L’autre année, il est revenu m’appeler. Je l’attends encore ce soir.

Puis il ajouta d’un ton qui me fit sourire :

- Aussi, nous ne sommes pas tranquilles.

Je le rassurai comme je pus, heureux d’être venu justement ce soir-là, et d’assister au spectacle de cette terreur superstitieuse.

Je racontai des histoires, et je parvins à calmer à peu près tout le monde.

Près du foyer, un vieux chien, presque aveugle et moustachu, un de ces chiens qui ressemblent à des gens qu’on connaît, dormait le nez dans ses pattes.

Au-dehors, la tempête acharnée battait la petite maison, et, par un étroit carreau, une sorte de judas placé près de la porte, je voyais soudain tout un fouillis d’arbres bousculés par le vent à la lueur de grands éclairs.

Malgré mes efforts, je sentais bien qu’une terreur profonde tenait ces gens, et chaque fois que je cessais de parler, toutes les oreilles écoutaient au loin. Las d’assister à ces craintes imbéciles, j’allais demander à me coucher, quand le vieux garde tout à coup fit un bond de sa chaise, saisit de nouveau son fusil, en bégayant d’une voix égarée : "Le voilà ! le voilà ! Je l’entends !". Les deux femmes retombèrent à genoux dans leurs coins en se cachant le visage ; et les fils reprirent leurs haches. J’allais tenter encore de les apaiser, quand le chien endormi s’éveilla brusquement et, levant sa tête, tendant le cou, regardant vers le feu de son oeil presque éteint, il poussa un de ces lugubres hurlements qui font tressaillir les voyageurs, le soir, dans la campagne. Tous les yeux se portèrent sur lui, il restait maintenant immobile, dressé sur ses pattes comme hanté d’une vision, et il se remit à hurler vers quelque chose d’invisible, d’inconnu, d’affreux sans doute, car tout son poil se hérissait. Le garde, livide cria : "Il le sent ! il le sent ! il était là quand je l’ai tué". Et les deux femmes égarées se mirent, toutes les deux, à hurler avec le chien.

Malgré moi, un grand frisson me courut entre les épaules. Cette vision de l’animal dans ce lieu, à cette heure, au milieu de ces gens éperdus, était effrayant à voir.

Alors, pendant une heure, le chien hurla sans bouger ; il hurla comme dans l’angoisse d’un rêve ; et la peur, l’épouvantable peur entrait en moi ; la peur de quoi ? Le sais-je ? C’était la peur, voilà tout.

Nous restions immobiles, livides, dans l’attente d’un événement affreux, l’oreille tendue, le coeur battant, bouleversés au moindre bruit. Et le chien se mit à tourner autour de la pièce, en sentant les murs et gémissant toujours. Cette bête nous rendait fous ! Alors, le paysan qui m’avait amené, se jeta sur elle, dans une sorte de paroxysme de terreur furieuse, et, ouvrant une porte donnant sur une petite cour jeta l’animal dehors.

Il se tut aussitôt ; et nous restâmes plongés dans un silence plus terrifiant encore. Et soudain tous ensemble, nous eûmes une sorte de sursaut : un être glissait contre le mur du dehors vers la forêt ; puis il passa contre la porte, qu’il sembla tâter, d’une main hésitante ; puis on n’entendit plus rien pendant deux minutes qui firent de nous des insensés ; puis il revint, frôlant toujours la muraille ; et il gratta légèrement, comme ferait un enfant avec son ongle ; puis soudain une tête apparut contre la vitre du judas, une tête blanche avec des yeux lumineux comme ceux des fauves. Et un son sortit de sa bouche, un son indistinct, un murmure plaintif.

Alors un bruit formidable éclata dans la cuisine. Le vieux garde avait tiré. Et aussitôt les fils se précipitèrent, bouchèrent le judas en dressant la grande table qu’ils assujettirent avec le buffet.

Et je vous jure qu’au fracas du coup de fusil que je n’attendais point, j’eus une telle angoisse du coeur, de l’âme et du corps, que je me sentis défaillir, prêt à mourir de peur.

Nous restâmes là jusqu’à l’aurore, incapables de bouger, de dire un mot, crispés dans un affolement indicible.

On n’osa débarricader la sortie qu’en apercevant, par la fente d’un auvent, un mince rayon de jour.

Au pied du mur, contre la porte, le vieux chien gisait, la gueule brisée d’une balle.

Il était sorti de la cour en creusant un trou sous une palissade.

L’homme au visage brun se tut ; puis il ajouta :

- Cette nuit-là pourtant, je ne courus aucun danger ; mais j’aimerais mieux recommencer toutes les heures où j’ai affronté les plus terribles périls, que la seule minute du coup de fusil sur la tête barbue du judas.

Le passé simple

Par Magiprof - publié le vendredi 19 octobre 2007 à 21:53 dans Cours 4ème

Le passé simple

C’est un temps du récit à l’écrit. Il exprime des faits complètement achevés, qui ont eu lieu à un moment précis, sans lien avec le présent. C’est une succession d’actions.

 

 

ÊTRE

 

AVOIR

1er groupe

 

CHANTER

2ème groupe

 

FINIR

Verbes du 2ème groupe

Je fus

J’eus

Je chantai

Je finis

Choisir, bâtir, agir, répartir, noircir, applaudir,

Tu fus

Tu eus

Tu chantas

Tu finis

Il fut

Il eut

Il chanta

Il finit

Nous fûmes

Nous eûmes

Nous chantâmes

Nous finîmes

Vous fûtes

Vous eûtes

Vous chantâtes

Vous finîtes

Ils furent

Ils eurent

Ils chantèrent

Ils finirent

 

Le verbe ALLER se conjugue comme un verbe du 1er groupe :

J’allai, tu allas, il alla, nous allâmes, vous allâtes, ils allèrent.

 

                                                                       3ème groupe

 

 


3ème groupe

 

PARTIR

Verbes en

 -is

 

 

3ème groupe

 

BOIRE

Verbes en

-us

3ème groupe

 

VENIR

Verbes en

-ins

Je partis

Faire, prendre, voir, mettre, dire, asseoir, écrire, vaincre, entendre, vendre

Je bus

Connaître, boire, pouvoir, vouloir, devoir, vivre, croire, plaire, résoudre

Je vins

Tenir, retenir…

Tu partis

Tu bus

Tu vins

Il partit

Il but

Il vint

Nous partîmes

Nous bûmes

Nous vînmes

Vous partîtes

Vous bûtes

Vous vîntes

Ils partirent

Ils burent

Ils vinrent

 

 

 

Lecture 1 Edgar Allan POE

Par Magiprof - publié le mercredi 3 octobre 2007 à 20:09 dans Cours 4ème

Chers élèves, voici une nouvelle d’Edgar Allan POE, écrivain américain du XIXème siècle. Vous la lirez pour le jeudi 8 novembre en repérant les personnages, les lieux et les symboles. Il s’agit d’une nouvelle fantastique.
 
 
LE MASQUE DE LA MORT ROUGE

Traduction de Charles BAUDELAIRE

  La Mort Rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure.

  Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. Quand ses domaines furent à moitié dépeuplés, il convoqua un millier d’amis vigoureux et allègres de cœur, choisis parmi les chevaliers et les dames de sa cour, et se fit avec eux une retraite profonde dans une de ses abbayes fortifiées. C’était un vaste et magnifique bâtiment, une création du prince, d’un goût excentrique et cependant grandiose. Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L’abbaye fut largement approvisionnée. Grâce à ces précautions, les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s’arrangerait comme il pourrait. En attendant, c’était folie de s’affliger ou de penser. Le prince avait pourvu à tous le moyens de plaisir. Il y avait des bouffons, il y avait des improvisateurs, des danseurs, des musiciens, il y avait le beau sous toutes ses formes, il y avait le vin. En dedans, il y avait toutes ces belles choses et la sécurité. Au-dehors, la Mort Rouge.

  Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au-dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d’un bal masqué de la plus insolite magnificence.

  Tableau voluptueux que cette mascarade! Mais d’abord laissez-moi vous décrire les salles où elle eut lieu. Il y en avait sept, une enfilade impériale. Dans beaucoup de palais, ces séries de salons forment de longues perspectives en ligne droite, quand les battants des portes sont rabattus sur les murs de chaque côté, de sorte que le regard s’enfonce jusqu’au bout sans obstacle. Ici, le cas était fort différent, comme on pouvait s’y attendre de la part du duc et de son goût très vif pour le bizarre. Les salles étaient si irrégulièrement disposées que l’œil n’en pouvait guère embrasser plus d’une à la fois. Au bout d’un espace de vingt à trente yards il y avait un brusque détour, et à chaque coude un nouvel aspect. A droite et à gauche, au milieu de chaque mur, une haute et étroite fenêtre gothique donnait sur un corridor fermé qui suivait les sinuosités de l’appartement. Chaque fenêtre était faite de verres colorés en harmonie avec le ton dominant dans les décorations de la salle sur laquelle elle s’ouvrait. Celle qui occupait l’extrémité orientale, par exemple, était tendue de bleu, et les fenêtres étaient d’un bleu profond. La seconde pièce était ornée et tendue de pourpre, et les carreaux étaient pourpres. La troisième, entièrement verte, et vertes les fenêtres. La quatrième, décorée d’orange, était éclairée par une fenêtre orangée, la cinquième, blanche, la sixième, violette.

  La septième salle était rigoureusement ensevelie de tentures de velours noir qui revêtaient tout le plafond et les murs, et retombaient en lourdes nappes sur un tapis de même étoffe et de même couleur. Mais, dans cette chambre seulement, la couleur des fenêtres ne correspondait pas à la décoration. Les carreaux étaient écarlates, d’une couleur intense de sang.

  Or, dans aucune des sept salles, à travers les ornements d’or éparpillés à profusion çà et là ou suspendus aux lambris, on ne voyait de lampe ni de candélabre. Ni lampes, ni bougies; aucune lumière de cette sorte dans cette longue suite de pièces. Mais, dans les corridors qui leur servaient de ceinture, juste en face de chaque fenêtre, se dressait un énorme trépied, avec un brasier éclatant, qui projetait ses rayons à travers les carreaux de couleur et illuminait la salle d’une manière éblouissante. Ainsi se produisait une multitude d’aspects chatoyants et fantastiques. Mais dans la chambre de l’ouest, la chambre noire, la lumière du brasier qui ruisselait sur les tentures noires à travers les carreaux sanglants était épouvantablement sinistre, et donnait aux physionomies des imprudents qui y entraient un aspect tellement étrange, que bien peu de danseurs se sentaient le courage de mettre les pieds dans son enceinte magique.

  C’était aussi dans cette salle que s’élevait, contre le mur de l’ouest, une gigantesque horloge d’ébène. Son pendule se balançait avec un tic-tac sourd, lourd, monotone; et quand l’aiguille des minutes avait fait le circuit du cadran et que l’heure allait sonner, il s’élevait des poumons d’airain de la machine un son clair, éclatant, profond et excessivement musical, mais d’une note si particulière et d’une énergie telle, que d’heure en heure, les musiciens de l’orchestre étaient contraints d’interrompre un instant leurs accords pour écouter la musique de l’heure; les valseurs alors cessaient forcément leurs évolutions; un trouble momentané courait dans toute la joyeuse compagnie; et, tant que vibrait le carillon, on remarquait que les plus fous devenaient pâles, et que les plus âgés et les plus rassis passaient leurs mains sur leurs fronts, comme dans une méditation ou une rêverie délirante. Mais quand l’écho s’était tout à fait évanoui, une légère hilarité circulait, par toute l’assemblée; les musiciens s’entre-regardaient et souriaient de leurs nerfs et de leur folie, et se juraient tout bas, les uns aux autres, que la prochaine sonnerie ne produirait pas en eux la même émotion; et puis, après la fuite des soixante minutes qui comprennent les trois mille six cents secondes de l’heure disparue, arrivait une nouvelle sonnerie de la fatale horloge, et c’étaient le même trouble, le même frisson, les mêmes rêveries.

  Mais en dépit de tout cela, c’était une joyeuse et magnifique orgie. Le goût du duc était tout particulier. Il avait un oeil sûr à l’endroit des couleurs et des effets. Il méprisait le décorum de la mode. Ses plans étaient téméraires et sauvages et ses conceptions brillaient d’une splendeur barbare. Il y a des gens qui l’auraient jugé fou. Ses courtisans sentaient bien qu’il ne l’était pas. Mais il fallait l’entendre, le voir, le toucher, pour être sûr qu’il ne l’était pas.

  Il avait, à l’occasion de cette grande fête, présidé en grande partie à la décoration mobilière des sept salons, et c’était son goût personnel qui avait commandé le style des travestissements. A coup sûr, c’étaient des conceptions grotesques. C’était éblouissant, étincelant; il y avait du piquant et du fantastique, beaucoup de ce qu’on a vu depuis dans Hernani. Il y avait des figures vraiment grotesques, absurdement équipées, incongrûment bâties; des fantaisies monstrueuses comme la folie; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu de terrible, et du dégoûtant à foison. Bref, c’était comme une multitude de rêves qui se pavanaient çà et là dans les sept salons. Et ces rêves se contorsionnaient en tous sens, prenant la couleur des chambres, et l’on eût dit qu’ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l’orchestre étaient l’écho de leur pas.

  Et de temps en temps on entend sonner l’horloge d’ébène dans la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s’arrête, tout se tait, excepté la voix de l’horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures. Mais les échos de la sonnerie s’évanouissent, ils n’ont duré qu’un instant, et à peine ont-ils fui, qu’une hilarité légère et mal contenue circule partout. Et la musique s’enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent çà et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds. Mais dans la chambre qui est là-bas tout à l’ouest aucun masque n’ose maintenant s’aventurer; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang, et la noirceur des draperies funèbres est effrayante; et à l’étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l’horloge d’ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l’insouciance lointaine des autres salles.

  Quant à ces pièces-là,  elles fourmillent de monde, et le cœur de la vie y battait fiévreusement. Et la tête tourbillonnait toujours, lorsque s’éleva enfin le son de minuit de l’horloge. Alors, comme je l’ai dit, la musique s’arrêta; le tournoiement des valseurs fut suspendu; il se fit partout, comme naguère, une anxieuse immobilité. Mais le timbre de l’horloge avait cette fois douze coups à sonner; aussi il se peut bien que plus de pensée se soit glissée dans les méditations de ceux qui pensaient parmi cette foule festoyante. Et ce fut peut-être aussi pour cela que plusieurs personnes parmi cette foule, avant que les derniers échos du dernier coup fussent noyés dans le silence, avaient eu le temps de s’apercevoir de la présence d’un masque qui jusque-là n’avait aucunement attiré l’attention. Et, la nouvelle de cette intrusion s’étant répandue en un chuchotement à la ronde, il s’éleva de toute l’assemblée un bourdonnement, puis, finalement de terreur, d’horreur et de dégoût.

  Dans une réunion de fantômes telle que je l’ai décrite, il fallait sans doute une apparition bien extraordinaire pour causer une telle sensation. La licence carnavalesque de cette nuit était, il est vrai, à peu près illimitée; mais le personnage en question avait dépassé l’extravagance d’un Hérode, et franchi les bornes, cependant complaisantes, du décorum imposé par le prince. Il y a dans les cœurs des plus insouciants des cordes qui ne se laissent pas toucher sans émotion. Même chez les plus dépravés, chez ceux pour qui la vie et la mort sont également un jeu, il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas jouer. Toute l’assemblée parut alors sentir profondément le mauvais goût et l’inconvenance de la conduite et du costume de l’étranger. Le personnage était grand et décharné, et enveloppé d’un suaire de la tête aux pieds. Le masque qui cachait le visage représentait si bien la physionomie d’un cadavre raidi, que l’analyse la plus minutieuse aurait difficilement découvert l’artifice. Et cependant, tous ces fous joyeux auraient peut-être supporté, sinon approuvé, cette laide plaisanterie. Mais le masque avait été jusqu’à adopter le type de la Mort rouge. Son vêtement était barbouillé de sang, et son large front, ainsi que tous les traits de sa face, étaient aspergés de l’épouvantable écarlate.

  Quand les yeux du prince Prospero tombèrent sur cette figure de spectre qui, d’un mouvement lent, solennel, emphatique, comme pour mieux soutenir son rôle, se promenait çà et là à travers les danseurs, on le vit d’abord convulsé par un violent frisson de terreur ou de dégoût; mais une seconde après, son front s’empourpra de rage.

- Qui ose, demanda-t-il, d’une voix enrouée, aux courtisans debout près de lui; qui ose nous insulter par cette ironie blasphématoire? Emparez-vous de lui, et démasquez-le; que nous sachions qui nous aurons à prendre aux créneaux, au lever du soleil!

  C’était dans la chambre de l’est ou chambre bleue, que se trouvait le prince Prospero, quand il prononça ces paroles. Elles retentirent fortement et clairement à travers les sept salons, car le prince était un homme impétueux et robuste, et la musique s’était tue à un signe de sa main.

  C’était dans la chambre bleue que se tenait le prince, avec un groupe de pâles courtisanes à ses côtés. D’abord, pendant qu’il parlait, il y eut parmi le groupe un léger mouvement en avant dans la direction de l’intrus, qui fut un instant presque à leur portée, et qui maintenant, d’un pas délibéré et majestueux, se rapprochait de plus en plus du prince. Mais par suite d’une certaine terreur indéfinissable que l’audace insensée du masque avait inspirée à toute la société, il ne se trouva personne pour lui mettre la main dessus; si bien que, ne trouvant aucun obstacle, il passa à deux pas de la personne du prince; et, pendant que l’immense assemblée, comme obéissant à un seul mouvement, reculait du centre de la salle vers les murs, il continua sa route sans interruption, de ce même pas solennel et mesuré qui l’avait tout d’abord caractérisé, de la chambre bleue à la chambre pourpre, de la chambre pourpre à la chambre verte, de la verte à l’orange, de celle-ci à la blanche, et de celle-là à la violette, avant qu’on eût fait un mouvement décisif pour l’arrêter.

  Ce fut alors, toutefois, que le prince Prospero, exaspéré par la rage et la honte de sa lâcheté d’une minute, s’élança précipitamment à travers les six chambres, où nul ne le suivit; car une terreur mortelle s’était emparée de tout le monde. Il brandissait un poignard nu, et s’était approché impétueusement à une distance de trois ou quatre pieds du fantôme qui battait en retraite, quand ce dernier, arrivé à l’extrémité de la salle de velours, se retourna brusquement et fit face à celui qui le poursuivait. Un cri aigu partit, et le poignard glissa avec un éclair sur le tapis funèbre où le prince Prospero tombait mort une seconde après.

Alors, invoquant le courage violent du désespoir, une foule de masques se précipita à la fois dans la chambre noire; et, saisissant l’inconnu, qui se tenait, comme une grande statue, droit et immobile dans l’ombre de l’horloge d’ébène, ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme humaine.

  On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rose sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute.

Et la vie de l’horloge d’ébène disparut avec celle du dernier de ces êtres joyeux. Et les flammes des trépieds expièrent. Et les Ténèbres, et la Ruine, et la Mort rouge établirent sur toutes choses leur empire illimité.


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