Elèv/ation

Correction DS dissertation première S ES

Par Laucun - publié le 2014-nov.-20 à 03:19 dans Poésie





Dissertation


Pensez-vous que les contraintes formelles soient un obstacle à une expression libre et originale ?

Vous répondrez à cette question en suivant le plan proposé par l’introduction suivante :


En littérature comme dans la société, l’obligation de se plier à des règles passe d’ordinaire pour une insuportable limite à la liberté d’expression ou d’opinion. « Il est interdit d’interdire «  proclamait un célèbre slogan de mai 1968. Depuis l’Antiquité grecque des théoriciens comme, par exemple, Aristote dans sa Poétique, codifient pourtant les règles propres aux différents genres et formes littéraires. Mais, si certains poètes considèrent effectivement les contraintes formelles comme un obstacle à une expression libre et originale, la plupart y voient non seulement une nécessité, mais une aide tant elles sont fécondes.


Conseils : Vous vous appuierez sur tous les poèmes lus ou étudiés en classe (Labé , Ronsard, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Desnos, Bosquet), , vous n’oublierez pas de citer Louise Labé. Pensez au vers noble qu’est l’alexandrin, aux poèmes en prose, aux lois du sonnet, aux mouvements culturels comme le romantisme, le mouvement parnassien ou le surréalisme.


La problématique porte sur les liens entre fond et forme. L’expression « contraintes formelles » reste ambiguë : il s’agit de prendre en compte à la fois les poèmes à forme fixe (sonnet, pantoum, haiku, ballade, etc) et les règles édictées par les doctes (Horace, Boileau), les poètes ou même la tradition (isométrie, l’alexandrin, absence de hiatus, présence de la césure, etc.). En se fondant sur l’histoire littéraire les romantiques (début XIX : Lamartine, Hugo) ont libéré la poésie de certains de ses carcans au nom de la poésie du coeur, le symbolistes ont préféré revendiquer « le vers impair » ( fin XIX : Verlaine), les surréalistes (XX : Breton, Desnos) ont encouragé la dictée de l’insconscient, de l’écriture automatique ; les poètes classiques (XVII : Corneille, Racine) et les parnassiens (fin XIX Hérédia, Leconte de Lisle) ont eux préféré respecter à la lettre des contraintes strictes (en remettant le sonnet à l’honneur par exemple) ; d’autres en inventent comme les auteurs de l’OULIPO (Perec) et multiplient les formes originales : poème en prose, calligrammes, versets, poésie numérique.


 Du Bellay


Certes le poète lyrique s’exprime souvent plus librement sans contrainte formelle


- par nature, le poète n’est pas un imitateur mais un artiste singulier, hors norme, ailé et changeant. Son « je » intime, exalté et presque sacré ne peut être bridé par une forme imposé et conformiste. Les imitateurs de Pétrarque manquent parfois de sincérité et de brio en ne cessant de copier un modèle. Le lyrisme poétique ne peut exprimer toute la gamme des sentiments personnels que librement.


- la liberté d’expression ne contraint pas les sensations, impressions ou les débordements du coeur, le poète fait alors preuve de davantage de naturel et d’expressivité. : Lamartine, en alternant les vers longs et courts dans Le Lac rend compte des mouvements de la Nature et du Temps personnifiés. Chénier ne déclare-t-il pas « L’art ne fait que des vers, le coeur seul est poète » ?


- Libéré des contraintes et des« vieilleries poétiques » (Rimbaud) le poète fait preuve de plus de fantaisie et d’inventivité. Il sait inventer des œuvres originales : pour preuves le poème en prose d’Aloysius Bertrand, de Lautréamont ; le calligramme d’Apollinaire, la poésie numérique aujourd’hui… Les artistes renouvellent la langue et rompent avec les conventions esthétiques et mais aussi sociales, morales, mentales. Hugo s’enorguellit dans les Contemplations d’avoir « disloqué ce grand niais d’alexandrin » et « mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire ».


 Lamartine


Cependant la contrainte formelle n’est pas toujours un frein à la création artistique


- le rythme du vers et particulièrement de l’alexandrin mélodique rend le poème expressif ; il est présent dans les poèmes dramatiques que sont les tragédies classiques comme Phèdre « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ». Par sa solennité, il acquiert une dimension presque sacré, apollinien.


- le sonnet, par sa brieveté, permet une expression efficace des sentiments et des idées en ménageant une surprise grâce à la pointe ; Rimbaud jeune poète reprend ce principe avec brio dans « Le Dormeur du val ».


- la comparaison des poèmes écrits sous contrainte en vers et de leur version en prose souligne que l’expression des sentiments reste forte, mais résonne parfois plus efficacement grâce à la répétition sonore des strophes. C’est en partie le cas chez Baudelaire en comparant ses doublets comme « a Chevelur » et « un Hémisphère dans une chevelure ».




C’est pourquoi les poètes inventent pour eux leurs propres contraintes comme une alchimie de « gênes exquises ».


- par vocation didactique, La Fontaine choisit de mettre en vers les fables d’Esope en prose, sans doute la mémorisation semble facilitée. La sagesse qu’elle contient est d’autant mieux véhiculée.


- la poésie choisit ses contraintes, plus qu’elle ne les subit ; les règles sont souvent subverties, le cadre d’une forme fixe traditionnelle, éclaté : sonnet inachevé, sonnet inversé de Corbière… L’art reste une technique, le poète devient ingénieux. Les poètes de l’OULIPO jouent avce les contraintes comme un nécessaire raffinement créateurs d’acrostiches, lipogramme, palindromes...


- paradoxalement systématiser le rejet des contraintes, c’est en imposer une autre : la règle de la non-règle en est encore une ! Ainsi les surréalistes mettent en avant la part nécessaire du rêve, l’imagination poétique nait des puissances mystérieuses de l’inconscient. Or cette libération des contraintes est affirmé et théorisé dans le Manifeste du surréalisme comme une « dictée de la pensée ».


 


Une bonne copie en partie rédigée sur un sujet proche :
 

http://jtrumel-coursfrancais.ent-lfval.net/cours-de-1ere/epreuve-ecrite/copies-d-eleves/sujet-de-bac-7---dissertation---la-poesie

Labé je vis je meurs récitation

Par Laucun - publié le 2014-oct.-19 à 09:08 dans Poésie



Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie

Sonnet anthologie folio plus page 27


Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.




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