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Le Siècle des Lumières

Par Laucun - publié le 2017-déc.-23 à 09:07 dans Compléments


LE CONTEXTE HISTORIQUE


http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=1258&d=41&t=331


Pour comprendre le dix-huitième siècle et son évolution, il faut observer le fait suivant : le siècle débute sous le règne d’un monarque absolu (Louis XIV meurt en 1715) et se termine dans les bouleversements de la Révolution. Entretemps, on distingue :


– la Régence (1715-1723), marquée par une vague de libéralisation des mœoeurs;
– le règne de Louis XV (1723-1774);
– le règne de Louis XVI (1774-1792). Il se termine tragiquement par la mort du roi, exécuté le 21 janvier 1793.


C’est la fin d’une époque, l’Ancien Régime. Mais c’est aussi une période de diversité et de contradictions multiples. Celles-ci apparaissent à travers le développement d’un esprit nouveau, la multiplicité des projets des philosophes, les idées politiques et sociales qui ouvrent la voie à l’époque moderne et plus particulièrement la recherche de la vérité, et la foi dans la raison.

LES ARTISANS DE LA CRITIQUE


Ce sont les philosophes. La diversité des personnalités, des théories, des expériences explique qu’ils ne constituent pas une pensée unique. Cependant l’article «Philosophe» de l’Encyclopédie définit un certain nombre de leurs points communs.
Le philosophe est, tout d’abord, un être passionné par la vie sociale. Rien de ce qui concerne ses semblables ne lui est indifférent. Il ose également ne pas penser comme les autres : animé d’un esprit critique qui se veut rationaliste, ils attaque aux traditions dépassées, aux superstitions, au conformisme. Il dénonce les injustices, s’engage, prend le risque de voir ses ½uvres censurées (l’’Encyclopédie fut interdite en 1752 par un arrêt du conseil d’État.), d’être lui-même exilé. Enfin, il lutte pour le progrès. Sa vocation est d’éclairer le monde de la lumière de la raison. Homme d’action, il est un penseur et un écrivain. La littérature est son arme.

LES MOYENS DE LA CRITIQUE : UNE LITTÉRATURE DE COMBAT


Le 18ème siècle est marqué par la création d’une littérature engagée et même polémique. On voit ainsi naître des genres nouveaux :
• Le conte philosophique : Voltaire en est le spécialiste avec Zadig, Candide, Micromégas, l’Ingénu...
• Le genre épistolaire : représenté par les Lettres persanes, il tire son efficacité du dépaysement qu’il crée. La correspondance entre deux Persans imaginée par Montesquieu est à l’origine d’une vision naïve. Le lecteur découvre, à travers ces lettres prétendument étrangères, une France inattendue, à laquelle il a peine à croire. De sa surprise naît la réflexion.
• Les essais, les discours : ils traitent de l’intolérance (Traité sur la tolérance, de Voltaire), de l’inégalité (Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, de Rousseau). Ils analysent et dénoncent.
• Mais le 18ème siècle, c’est aussi l’époque des dictionnaires. Nul ne peut ignorer l’Encyclopédie, véritable monument de la connaissance. L’entreprise commencée en 1745 connut bien des difficultés. Elle fut cependant menée à son terme, pour l ’essentiel par Diderot, et constitue une extraordinaire vulgarisation du savoir.






Candide, présentation générale

Par Laucun - publié le 2017-déc.-15 à 04:22 dans Compléments

CANDIDE, OU L’OPTIMISME

 

 

Cet article est signé par :Michel DELON, professeur de littérature française à l’université de Paris-IV- Tous les documents proposés par Encyclopædia Universalis sont légalement autorisés pour l’usage pédagogique.

 

 

 Candide, ou l’Optimisme a été publié en 1759 puis, dans une édition augmentée, en 1761. Ce conte, qui est devenu le titre le plus célèbre de Voltaire (1694-1778) et un des chefs-d’œuvre de la littérature française, a sans doute été d’abord le passe-temps d’un écrivain soucieux de léguer à la postérité des œuvres plus respectueuses du canon classique, tragédies et épopées. Cependant, la liberté de ton qui y règne ne doit pas laisser croire à une improvisation.

 

 

 La recherche par Voltaire d’un havre (il s’installe aux Délices, près de Genève, en 1755 et achète Ferney en 1758), l’expérience du tremblement de terre de Lisbonne (en 1755) et de la guerre de Sept Ans, qui débute en 1756, donnent une nouvelle actualité à sa réflexion sur l’ordre du monde et à sa critique de l’optimisme de Leibniz.

 

 Candide est sans doute rédigé en 1758 et paraît comme « traduit de l’allemand de M. le docteur Ralph ». Mais le public, qui lui fait un succès, n’est pas dupe de cette traduction prétendue. Deux ans plus tard, la réédition ajoute, selon la page de titre, « les additions qu’on a trouvées dans la poche du docteur lorsqu’il mourut à Minden [ville de Westphalie et défaite de l’armée française en 1759], l’an de grâce 1759 ».

 

 

 Candide de par le vaste monde

 

 Trente chapitres permettent de suivre les aventures d’un jeune bâtard allemand, nommé Candide pour sa naïveté. Fils naturel d’une demoiselle noble et entichée de ses titres, il est élevé dans le château de son oncle en Westphalie, apprend de son maître de philosophie, Pangloss, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et fait brutalement l’expérience du contraire : chassé du château pour avoir embrassé Cunégonde, sa cousine, il est enrôlé par surprise dans l’armée des Bulgares en lutte contre les Abares : « Candide, tout stupéfait, ne démêlait pas encore trop combien il était un héros. Il s’avisa un beau jour de printemps de s’aller promener, marchant tout droit devant lui, croyant que c’était un privilège de l’espèce humaine, comme de l’espèce animale, de se servir de ses jambes à son plaisir. Il n’eut pas fait deux lieues que voilà quatre autres héros de six pieds qui l’atteignent, qui le lient, qui le mènent dans un cachot. »

 

 Témoin de la boucherie militaire, il s’enfuit en Hollande où il retrouve Pangloss qui lui rapporte la destruction du beau château de Westphalie. Avec Jacques, un commerçant anabaptiste et vertueux, ils partent pour le Portugal et assistent au tremblement de terre de Lisbonne, qui entraîne une flambée d’intolérance. Candide est sauvé de l’Inquisition par Cunégonde, devenue la maîtresse d’un juif richissime et du Grand Inquisiteur. Candide les tue l’un et l’autre et s’enfuit avec sa maîtresse en Amérique. Il perd celle-ci à Buenos Aires, et visite avec son valet Cacambo les colonies jésuites du Paraguay, les tribus anthropophages des Oreillons et le royaume utopique d’Eldorado.

 

 Il voit de ses yeux les horreurs de l’esclavage et rencontre sur le bateau de retour vers l’Europe Martin le pessimiste, pour qui tout va mal dans le pire des mondes. Puis Candide séjourne à Paris et à Venise : le seigneur Pococuranté lui montre qu’on peut posséder tout ce qu’il faut pour être heureux, et ne pas l’être. Il part à Constantinople délivrer Cunégonde, retrouve par la même occasion la plupart de ses compagnons avec qui il finit par vivre dans une métairie, sur le rivage de Propontide.

 

 Un vieux Turc de leurs voisins donne la morale du conte : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. » Tandis que Martin et Pangloss continuent à professer leurs principes abstraits, Candide conclut : « Il faut cultiver notre jardin. »

 

 

 Une pensée pour des temps nouveaux

 

 Le titre du livre accole le nom d’un personnage à une philosophie. Le personnage de Candide confronte l’optimisme de Pangloss à l’évidence du mal, dans la nature et dans la société, dans l’Ancien et le Nouveau Monde, dans le christianisme comme dans l’islam : il le rejette comme un système sans prise sur le réel, tout comme il fait avec la philosophie inverse de Martin.

 

 Lentement, Candide se forge une morale laïque dont on peut souligner l’étroitesse, si on voit dans le jardin le signe d’un repli égoïste sur soi. Il s’agit alors de cultiver son jardin, à l’écart de toutes les illusions politiques et philosophiques. Mais le jardin peut aussi devenir la métaphore de l’action terrestre et le mot d’ordre final appeler à la transformation du monde, par-delà les clivages de croyances. Pangloss, l’homme de la glose, qui parle de tout et n’est que parole, aussi bien que Martin, son alter ego inversé, construisent des théories, alors que la guerre, l’esclavage, l’intolérance, les préjugés, les catastrophes naturelles exigent une action concrète.

 

 Le beau château du début représente à la fois une féodalité qui ne peut survivre dans l’économie marchande moderne et un paradis définitivement perdu où tout aurait sens. Le héros est un bâtard, orphelin de toute certitude, à la recherche d’une vérité qui se révèle illusoire. Il lui faut prendre progressivement en charge son propre destin pour s’affirmer finalement comme l’animateur d’une micro-société faite d’hommes et de femmes différents, mais prêts à vivre ensemble. Le dénouement mêle désillusion (Cunégonde est devenue bien laide) et espoir (le travail fait fructifier le jardin).

 

 Pour dégonfler les discours vides, Voltaire use d’une ironie lapidaire : « Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. » Les grandes théories métaphysiques, les prétentions des Églises et des pouvoirs sont pareillement réduites à n’être que des mots. Le récit est ainsi restreint à son épure, le débat à son aporie. Cette efficacité du style voltairien dont on a fait parfois le modèle même de l’esprit français assure la célébrité d’un conte qui n’a cessé d’être imité, discuté, interprété, illustré et adapté. Candido, ou Un rêve fait en Sicile de Leonardo Sciascia (1977) est un récent exemple de cette célébrité universelle.

 

Écrit par Michel DELON

 

 

 

Bibliographie

VOLTAIRE, Candide, ou l’Optimisme, R. Pomeau éd., Nizet, Paris, 1959 ; Voltaire Foundation, Oxford, 1980.

Études

C. MERVAUD, Voltaire en toutes lettres, Bordas, Paris, 1991

R. POMEAU, La Religion de Voltaire, Nizet, Paris, 1969

R. POMEAU dir., Voltaire en son temps, Fayard, Paris, 1995

 


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