Elèv/ation

Apollinaire

Par Laucun - publié le 2013-mai-11 à 11:37 dans Auteurs/ biographies




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Par Laucun - publié le 2012-déc.- 5 à 09:51 dans Auteurs/ biographies

Céline biographie

Par Laucun - publié le 2012-déc.- 2 à 17:08 dans Auteurs/ biographies

 

Biographie

 

7mai 1894 : naissance à Courbevoie de Louis-Ferdinand Destouches dit Céline, fils de Marguerite Céline Guillon et de Fernand Auguste Destouches, un artisan. Sa mère est dentellière. Il reprendra le nom de celle-ci (qui est également le prénom de sa grand-mère) pour nom d’auteur. La famille s’installe à Paris. Il mène une vie d’écolier normale. Etudes primaires, attrait particulier pour le français. L’une des caractéristiques du Voyage est son importance du point de vue linguistique : introduit l’aspect argotique de manière maîtrisée.

1907-08 : sa famille l’envoie étudier l’allemand en Allemagne.

 

1909 : part étudier l’anglais en Angleterre.

1905-11 : apprentissage de type commercial dans une bijouterie et une bonneterie.

 

1912- 15 : S’engage dans l’armée en devançant l’appel, par curiosité et bravade. Est enrôlé dans le 12ème cuirassier. Il sera brigadier et maréchal des logis sur le Front de Flandres. Il est blessé à Ypres. Une balle reçue dans le bras droit entraîne, selon lui, une blessure à la tête, cela engendrera une trépanation. C’est la 1ère fictionnalisation de sa vie. Il va recevoir une médaille militaire et sera rapatrié en France. Il est ensuite affecté au service des passeports à Londres et est réformé au mois de décembre 1915.

l916 : il épouse à Londres une Française, Suzanne Nebout (entraîneuse). Ce mariage n’a aucune valeur sur le plan légal. Il mène une vie de bohème.

 

1917 : vit seul en France où il travaille comme surveillant pour une compagnie forestière qui l’emmène en Afrique. On retrouvera des traces de cette époque dans son œuvre.

1918 : Travaille comme conférencier et interprète dans la mission Rockefeller en Europe contre la tuberculose. Il obtient son baccalauréat.

 

1919 : il épouse Edith, la fille du docteur Follet.

1920 : naissance de leur fille Colette. Il entreprend des études de médecine.

 

1925 : Ecrit sa thèse de doctorat sur Semmelweis (médecin juif hongrois, hygiéniste maudit du XIXème, qui s’opposait aux habitudes hygiéniques de son siècle. Le premier à avoir souligné l’importance de se laver, de désinfecter, à se soucier de l’hygiène des salles d’opération,…). Il entre à la Société des Nations (section hygiène) et entreprend de nombreux voyages (en Afrique et en Amérique). Il publie un article sur la quinine en thérapeutique.

1926 : Il divorce d’Edith Follet.

 

1926-36 : rencontre avec la danseuse américaine Elizabeth Craig âgée de 23 ans. Elle sera la dédicataire du Voyage. Céline est attiré par la finesse, par la légèreté, l’apesanteur. C’est à la fois une thématique personnelle et une esthétique. Il ouvre un cabinet médical et travaille en banlieue (Clichy).

1927 : Il écrit une pièce de théâtre : L’Eglise, satire du colonialisme en Afrique, de la Société des Nations. Première trace d’antisémitisme : le nom du personnage principal. Les obsessions commencent. C’est une pièce injouable.

 

1924-32 : compose son 1er grand livre : Voyage au bout de la nuit (publié en 32).

1933 : Elizabeth Craig le quitte et retourne aux USA. Céline ne s’en remettra jamais. Le Voyage est refusé par Gallimard (comme le fut Proust) et édité par Denoël. Il n’obtient ni le prix Goncourt (raté de justesse) ni le prix Renaudot. Le livre a du succès car il fait scandale en raison de sa nouveauté, de ses thèmes, de son langage. A ce moment, il n’y a pas encore d’inclinaison idéologique. Croisement d’opinions de droite et de gauche. La compagne d’Aragon, Elsa Triolet, le traduit en russe. Paul Nizan écrit dans L’Humanité (journal communiste) : " c’est une œuvre de révolte pure qui peut mener n’importe où ". Il y a un équilibre idéologique et thématique qui peut basculer d’un côté ou de l’autre.

 

1938 : écrit déjà des pamphlets. J-P Sartre commence à le produire, il écrit en épigraphe de L’Eglise : " c’est un garçon sans importance collective, juste un simple individu ". C’est une preuve de la notoriété de Céline. Son Voyage est publié en Suisse, aux USA,… et en Belgique où il rencontre Evelyne Pollet, l’auteur de Escalier. Rencontre aussi une danseuse danoise, une comédienne, une étudiante allemande, une pianiste.

1935 : rencontre une autre danseuse, Lucette Almanzor, qui publiera un recueil sur sa vie avec Céline. Elle s’est opposée constamment à son antisémitisme et voulait qu’on cesse de publier les pamphlets.

 

1936 : publie Mort à Crédit. C’est un nouveau Céline qui apparaît. Texte à l’allure autobiographique, sur son enfance et son adolescence. Il va plus loin sur le plan esthétique, la lecture en est moins accessible.

1937-44 : ce sont les années sombres. Céline publie coup sur coup 3 pamphlets qui constituent une trilogie violente, antisémite et anticommuniste : Bagatelles pour un massacre, L’école des cadavres, Les beaux draps. Il exprime néanmoins un soucis de pacifisme en y accusant les fauteurs de trouble en cette époque difficile. Ces pamphlets ont du succès car ils caressent l’antisémitisme viscéral de la France. Correspondance avec le climat anti-dreyfusard dans lequel il a grandi, avec le fait qu’Elizabeth Craig aime à présent un juif, avec l’atmosphère " front populaire " (>< Blum, qui est juif). Pose des gestes qui tendent vers la collaboration. Ecrit les Lettres des années noires. L’homme bascule dans l’idéologie barbare.

 

1943 : il épouse Lucette Almanzor.

1944 : publie Guignol’s band. Part en Allemagne où il devient le médecin des Français de Vichy.

 

1945 : défaite des Allemands. Céline quitte l’Allemagne (où la situation est apocalyptique) avec son épouse pour le Danemark. Il y sera arrêté et emprisonné durant presque un an pour collaboration. Emprisonnement très pénible, il perd 20 kilos, cela provoque chez lui des troubles physique et nerveux. Il est admis à l’hôpital de Copenhague.

1947 : publie Féerie pour une autre fois où il décrit sur le plan des faits la fin de sa vie en France et son séjour au Danemark.

 

1948 : publie Casse-pipe : évocation, sur le mode fantastique, d’une nuit dans une caserne de cavaliers. Il renoue avec des images de son passé.

1948-50 : s’installe sur le bord de la mer baltique et tente de justifier ses actes.

 

1950 : il est déchu de la nationalité française, ses biens sont confisqués.

1951 : une loi d’amnistie lui permet de revenir en France. Il vit comme un reclus à Meudon. Il se consacre à l’écriture et publie Féerie pour une autre fois (suite) et Entretiens avec le professeur Y. (1954-55), où il définit sa poétique et sa stylistique. Il compose la trilogie allemande : D’un château à l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969 donc posthume). Le rigodon est une danse du 18ème siècle. Le livre est à l’image de cette danse qui consiste à danser sur place. Cette trilogie constitue une chronique hallucinante de son périple allemand pour sortir du pays en pleine débâcle, entre folie et douleur. C’est une sorte d’épopée.

1er Juillet 1961 : il meurt d’une rupture d’anévrisme, après la 1ère version de Rigodon.

 

 

 

 

bio Rimbaud

Par Laucun - publié le 2012-sept.-20 à 11:05 dans Auteurs/ biographies

 

 

Rimbaud en quelques dates

 
 
20 octobre
    Naissance d’Arthur Rimbaud
Jean Nicolas Arthur Rimbaud naît à Charleville-mézières. Son père est militaire et sa mère d’origine paysanne. C’est le deuxième garçon de la famille. Arthur aura trois sœurs. Le père ayant abandonné femme et enfants, c’est sa mère qui lui donna une éducation stricte.

1869
    Le jeune Arthur remporte des prix littéraires
Tout juste adolescent, Arthur brille par son style et sa maturité. Il gagne le premier prix du Concours académique en 1869.

1870
    Il découvre la poésie
George Izambard, son professeur, ouvre sa bibliothèque personnelle à Arthur et lui fait découvrir la poésie parnasienne. De cette époque, subsistent les premiers vers : « Les Étrennes des orphelins », parus dans La Revue pour tous en janvier 1870.

1870
28 août
    Rimbaud fait une fugue
Arthur fait une fugue à Paris. Son billet n’étant pas valide jusqu’à destination, il est arrêté et mis en prison. C’est son professeur George Izambard qui l’en fait sortir. Par ailleurs, Rimbaud fait la connaissance du poète Paul Demeny, un vieil ami de son hôte. Celui-ci est co-directeur d’une maison d’édition : La Librairie Artistique, où il a fait paraître un recueil de poésies (Les Glaneuses). Rimbaud saisit l’occasion et, dans l’espoir d’être édité, lui dépose une liasse de feuillets où il a recopié quinze de ses poèmes.
Izambard, qui a prévenu Vitalie Rimbaud de la présence de son fils à Douai, en reçoit la réponse : « …chassez-le, qu’il revienne vite!».
Pour calmer les esprits, il décide de raccompagner son élève jusqu’à Charleville. A leur arrivée, l’accueil est rude : une volée de gifles pour le fils, une volée de reproches, en guise de remerciements, pour le professeur qui, ébahi, « s’enfuit sous l’averse[».

Le 6 octobre, nouvelle fugue. Paris étant en état de siège, il part à Charleroi — il relate cette arrivée dans le sonnet, Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir. Rêvant d’être journaliste, il tente, sans succès, de se faire engager comme rédacteur dans le Journal de Charleroi.
Dans l’espoir de retrouver Izambard, il se rend à Bruxelles puis à Douai où son professeur arrive quelques jours après, aux ordres de Vitalie Rimbaud, pour le faire revenir escorté de gendarmes. Ce fut fait le 1er novembre 1870.
Entre-temps, il s’était rendu chez Paul Demeny pour lui déposer les sept poèmes composés au cours de ce dernier périple (des versions antérieures, seront remises au parnassien, Théodore de Banville et à Izambard).
Le 10 juin 1871, Rimbaud écrira à Demeny : « … brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai[14] ».
Ceux-ci seront répertoriés par les biographes sous l’appellation de Recueil de Douai ou Recueil Demeny.

1871
    Rimbaud rencontre Verlaine. C’est également dans la lettre dite « du Voyant », adressée le 15 mai à Paul Demeny, qu’il exprime sa différence en exposant sa propre quête de la poésie : il veut se faire « voyant », par un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ».
Selon Paul Verlaine, Rimbaud a composé son plus beau poème en vers suite à la semaine sanglante : Les Veilleurs[17] ; son sujet était la douleur sacrée causée par la chute de la Commune.

Rimbaud envoit ses poèmes à Verlaine. Ce dernier est stupéfait par les œuvres du jeune homme et le convie à le rejoindre à Paris. Ils vivront chez Verlaine bien qu’il soit marié. Les deux amants menèrent une vie dissolue, fréquentant les bars du quartier Latin. Ils partent ensuite à Bruxelles puis Londres.

1873
10 juillet
    Après une dispute, Verlaine tire deux coups de revolver sur Rimbaud
Les deux poètes ont une relation tumultueuse. Verlaine souhaite retourner auprès de sa femme et se dispute avec Rimbaud. En état d’ébriété, il sort un revolver et tire sur Rimbaud. Celui-ci est légèrement blessé au poignet. Mais Verlaine sera condamné à deux ans de prison par la justice belge.

1873
8 août
    Verlaine en prison
Le tribunal de Bruxelles condamne Paul Verlaine, 29 ans, à deux ans de prison, pour avoir tiré sur son amant Arthur Rimbaud, 19 ans. Ainsi s’achève la fugue tumultueuse de deux ans des deux poètes. Un mois plus tôt, dans une chambre d’hôtel bruxelloise, Verlaine ivre avait tiré deux coups de revolver sur Rimbaud, une balle atteignant l’avant bras. Verlaine sera incarcéré à la prison des Petits-Carmes, tandis que Rimbaud publiera Une saison en enfer.

Il retourne un temps à Londres en compagnie du poète Germain Nouveau, qui participe à la mise au net des manuscrits des Illuminations.

1873
19 octobre
    Rimbaud publie Une saison en enfer
Imprimé en Belgique, le recueil de poèmes de Rimbaud paraît alors qu’il n’a que 18 ans. Deux ans plus tard il fera ses adieux à la poésie et partira pour l’Ethiopie.

1874
    Des voyages
Celui que Verlaine avait surnommé « l’homme aux semelles de vent » se lance dans une série de voyages. Il écrit à cette époque Illuminations. Mais à dix-neuf ans, Rimbaud choisit d’abandonner la poésie. Il enchaîne les destinations : Hollande, Suisse, Allemagne, Italie, Chypre, Egypte… En 1880, il devient gérant d’un comptoir commercial en Abyssinie. En 1886-87, il se lance dans le trafic d’armes dans l’espoir de devenir riche. L’affaire prometteuse se révèle catastrophique.

1891
10 novembre
    Mort d’Arthur Rimbaud
Rimbaud est atteint d’une tumeur cancéreuse au genou droit. Il quitte l’Ethiopie et rentre en France. A Marseille, les médecins décident de l’amputer. Mais la maladie l’emporte le 10 novembre 1891. Le poète aura écrit toute son œuvre entre 15 et 20 ans.

Labé Louise ; données biographiques

Par Laucun - publié le 2010-sept.-16 à 10:52 dans Auteurs/ biographies

 

Louise Labé, « Je vis, je meurs », Sonnets (1555)

 


 



 




Source :  Wikipedia

 

Fille d’un riche cordier, Louise Labé bénéficie d’une éducation moderne inspirée des idées italiennes. Elle sait le latin, l’italien, l’espagnol, la musique ; excellente cavalière, elle s’est initiée aux métiers des armes et participe à des tournois. Elle crée l’un des premiers salons littéraires, fréquenté par Maurice Scève et Pelletier du Mans.

 En 1555, elle publie ses œuvres (un Débat de Folie et d’Amour en prose, trois élégies et vingt-quatre sonnets, le tout précédé d’une épitre dédicatoire aux revendications féministes.). Elle est l’une des premières à revendiquer le droit des femmes à la création littéraire.

 

 Dans la lignée de Marie de France, de Christine de Pisan, avec Marguerite de Navarre et Pernette Du Guillet, Louise Labé donne le point de vue féminin sur l’amour. L’âme amoureuse oscille de l’enchantement d’un amour parfait à l’impossibilité de son existence. Elle s’inspire des thèmes pétrarquistes et platoniciens, mais en les détournant et en s’en éloignant peu à peu, ce mouvement constituant l’épine dorsale du recueil de sonnets.

 

Si vous êtes intéressés par Louise Labé, consultez aussi ce lien :

http://hypopolo.pagesperso-orange.fr/didac.htm

 

 

 


 

 Un essai récent remet en question ces données biographiques : Louise serait une pure création de papier ! Découvrez cet article du Point :

 

 

 

 


 

 

A lire sur le site : http://ombresvertes.blogspot.com/2008/06/le-fantme-de-louise-lab.html


Une réponse argumentée à propos de l’auteur


 

jeudi 26 juin 2008

 

Le fantôme de Louise Labé.

 

 Le spectre d’une des plus grandes poétesses françaises du XVIe siècle hante encore, deux ans après la sortie du livre de Mireille Huchon, les ondes de France Culture. Hier matin, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, un débat assez vif s’est tenu entre Mireille Huchon et Eliane Viennot, deux spécialistes de la littérature du XVIe siècle, sur la question de l’authenticité des œuvres poétiques de Louise Labé. La thèse de Mme Huchon est que la poétesse serait une "créature de papier", et que son œuvre aurait été écrite par un cercle d’écrivains lyonnais rassemblé autour de Maurice Scève, qui se seraient ainsi amusé à parodier l’écriture d’une femme, et à en faire l’éloge paradoxal.

 

 

 

 

 Le débat fait "rage" depuis deux ans autour du livre de Mireille Huchon, qui, publié chez Droz, a reçu à sa sortie l’approbation de Marc Fumaroli... qui est un dix-septièmiste. La plupart des spécialistes de la poésie du XVIe siècle, à l’inverse, ne sont pas du tout convaincus par l’érudition déployée par Mme Huchon: ils ne voient dans son argumentation qu’un "faisceau de conjectures", et déplorent l’absence de preuves matérielles qui permettraient d’étayer sa thèse. Je ne suis pas spécialiste du sujet, mais mes discussions avec Pernette m’ont à peu près convaincu que Mireille Huchon s’est embarquée dans un navire bien fragile... le vaisseau fantôme, sans doute.

 Pour ceux que la polémique intéresse, je renvoie à cette page d’articles sur le sujet, parus dans la presse ou non. Au lieu, donc, de m’enfoncer dans un terrain d’érudition que je ne connais que trop peu, je voudrais simplement insister sur les implications idéologiques d’un tel débat.

Le féminisme, d’abord : il s’agit de l’œuvre d’une femme, à une époque où bien peu avaient accès à l’écriture. La proposition de Mme Huchon est de dire que cette femme de condition relativement modeste, une courtisane selon certains témoignages, n’a pas eu accès, sinon à l’écriture, du moins à une écriture poétique complexe et aux références littéraires très savantes qui jalonnent ces poèmes. Ce qui est une manière à la fois de stigmatiser le vilain patriarcat du XVIe siècle, et de refuser toute possibilité, pour une femme "de condition modeste", d’avoir eu le cran et surtout les compétences littéraires pour écrire une œuvre d’exception. Alors que le point de vue "traditionnel" considère l’oeuvre de Louise Labé comme un exemple précurseur d’oeuvre "féministe", dans le sens où elle parle d’amour, et d’amour féminin en particulier, avec une liberté inhabituelle dans les écrits des femmes de l’époque. Redécouverte de la poétesse grecque Sappho, et tout ça.Ce qui nous amène au second point, les tripes.

 Il s’agit de poèmes d’amour extrêmement "charnels", qui relèvent d’une "poésie du ventre" plutôt que d’une "poésie de la tête", pour reprendre les termes de François Solesmes. Mireille Huchon tend, au contraire, à penser que leur simplicité n’est qu’apparente, puisqu’elle ne serait qu’un artifice dû à des poètes masculins qui se jouent des fantasmes féminins. «C’est un texte artificiel, dit-elle, bien éloigné de ces accents de sincérité absolue que l’on a cru y lire.»

 

 On voit bien comment l’argument se mord la queue. Prétexter de l’artificialité d’un texte par l’hypothèse d’une écriture collective qui inventerait un auteur de papier, c’est prendre l’hypothèse pour la preuve. D’autre part, c’est confondre deux niveaux de lecture. La lecture stylistique, qui considère le texte en lui-même, et la lecture "génétique", qui le considère dans ses circonstances de création. Un texte peut être stylistiquement simple, et être le fruit d’une très longue maturation et trituration des mots; il peut à la fois dire des choses de manière très spontanée, et faire des références implicites à la littérature savante. Nier la simplicité d’un texte sous prétexte qu’il serait composé à plusieurs mains n’a donc pas de sens.

 

 En bref, ce n’est pas parce que les poèmes de Louise Labé sont extrêmement construits, qu’ils ne sont pas issus d’un être de chair et de sang, qui a donné le plus intime de son être à travers les mots. A quoi bon vouloir prouver que l’oeuvre de Louise Labé n’est pas la sienne? Cela n’est-il pas symptomatique d’un certain aveuglement de l’histoire littéraire, qui oublie que derrière le papier, il y a des hommes?

 

 

 

Baise m’encor, rebaise moy et baise

Donne m’en un de tes plus savoureus,

Donne m’en un de tes plus amoureus :

Je t’en rendray quatre plus chaus que braise

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j’apaise,

En t’en donnant dix autres doucereus.

Ainsi meslans nos baisers tant heureus

Jouissons nous l’un de I’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.

Chacun en soy et son ami vivra.

Permets m’Amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement,

Et ne me puis donner contentement,

Si hors de moy ne fay quelque saillie.

 

 

 Quel poète aurait pu "jouer" ces vers, pour les mettre de manière cynique et parodique dans la bouche d’une "créature de papier"? Quelle utilité, surtout, de déployer l’immense érudition de Mme Huchon au service d’une cause qui n’en vaut pas la peine? Quel est l’intérêt de défendre ces conjectures, alors que, de toute façon, on sait qu’on ne connaît quasiment rien de la vie de Louise Labé, et qu’on ne saura jamais de manière certaine, par une investigation historique, si elle a écrit ces textes ou pas? Les stylisticiens sont d’accord, en revanche, pour dire que les poèmes attribués à la poétesse ne peuvent avoir été écrits par plusieurs personnes, étant d’une tenue trop homogène.

 

En clair, pourquoi se perdre dans l’histoire des textes, alors que les textes eux-mêmes nous disent qu’il n’existe qu’un auteur derrière eux? un auteur qu’on appelle Louise Labé, parce que c’est son nom qui apparaît dans la page de titre, un point c’est tout. Le navire fantôme de Mireille Huchon risque en tout cas d’appareiller sans Louise Labé, dont la poésie est l’indice d’une sensibilité toute charnelle, bien éloignée des spectres empoussiérés de l’érudition.

 

 

 


 

 

 Un spectacle autour des poèmes de Labé (joué en mai dernier au Tivoli).

 

 

 

 

 

C’est du théâtre. C’est de la chanson. C’est surtout de l’amour : celui inscrit dans la langue de Louise Labé, femme poète du xvième siècle, dont l’audace, dans l’expression du désir, est encore un scandale. Une langue de chair, mise en musique pour lui restituer toute sa force vitale. Cette voix, ce chant, ce souffle initient alors une parole inédite : celle de Norah Krief inventant à son tour, avec les musiciens et les mots de Pascal Collin, une autre manière d’affirmer, contre toute bienséance, le désir affranchi d’une femme d’aujourd’hui.

Ce concert est la continuité avec la compagnie « Sonnets » d’un chemin scénique conviant le chant et la poésie. Réunir à nouveau des gens différents, musiciens et praticiens du théâtre, ensemble du début à la fin : de l’écriture à la représentation, du projet de mise en scène à l’ultime note émise sur le plateau. Faire se rencontrer le texte et la voix, la musique et l’action dramatique, faire de leur dialogue l’endroit de la création. Renouveler le « tour de chant » par la mise en question, dans le spectacle même, de la représentation théâtrale.

C’est aujourd’hui à Pascal Collin, à la suite des Sonnets de Shakespeare, et à Michel Didym, notre partenaire de la « Mousson d’été », que nous avons confié la mise en oeuvre de notre projet : mettre en jeu la langue de Louise Labé, prendre pour guide un recueil poétique du xvième siècle, miraculeux d’originalité, de sensualité et de sincérité, pour accomplir une aventure de création actuelle, la nôtre, et faire en sorte que le plateau la raconte…

Offrir ainsi à l’actrice un espace qui la rapproche au plus près d’elle-même, un parcours d’artiste où, grâce à la poésie, elle invente sur la scène et pour le public, avec lui, son propre chant.


Frédéric Fresson

 

 


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