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le bac - 30 jours

Par Laucun - publié le 2016-mai-19 à 15:07 dans Compléments

Voltaire rencontre avec l’esclave

Par Laucun - publié le 2016-mai-18 à 06:45 dans Seconde

 

VOLTAIRE, Candide , chapitre 19, Le nègre de Surinam

 

 

Notes pour une explication de texte

 

 

 

 

Situation

 


 Rappeler la fin du premier alinéa : le terme "félicité" après l’utopie d’Eldorado.; observer que la séquence narrative se termine par "en pleurant…" et se demander pourquoi. …Vers une double dénonciation : de l’optimisme illusoire et de l’esclavage réel.

 


I°  Voltaire dénonce le principe de l’esclavage (réquisitoire)

1° § Ce passage insiste sur la misérable condition des esclaves (registre pathétique)


- La misère physique : découverte progressive d’une réalité "horrible" (mot qui encadre le passage). Il ne peut s’agir tout à fait d’une hyperbole.
Mutilation physique : émotion du lecteur et les marques du registre pathétique (polysémie de "pauvre homme", récurrence des exclamations, hyperboles, etc.)

2° § Voltaire dénonce aussi l’exploitation de l’homme par l’homme (registre didactique)
- La misère intellectuelle : inconscience coupable des parents ; phénomène d’acculturation et donc de perte de la culture africaine (langue, religion : mutilation spirituelle) ; résignation curieuse, soumission à une "tradition". Intérêt vénal : l’enfant vendu (mutilation familiale et sociale). Complicité multiple des acteurs du commerce triangulaire (y compris les africains eux-mêmes).
- La misère morale : nègre trahi par ses "parents". On comprend qu’il se dise "mille fois" plus malheureux que les "chiens, les singes et les perroquets", animaux proches de l’homme par divers aspects (fidélité, parole, etc.). Le terme "mille" ici déjà présent dans le passage de l’Eldorado, n’est plus un chiffre magique ou exotique...

3° § Ce passage dénonce enfin les organisateurs de ce trafic (registre polémique)
- Les Hollandais sont particulièrement visés : "Vanderdendur" , onomastique : vendeur à la dent dure et nom… d’un éditeur, Van Düren, qui a spolié Voltaire. Cf. à la fin du chapitre l’allusion aux "libraires hollandais". Vander : signifie vendeur en hollandais. Notons les allitérations déplaisantes en "d" (dentales).
- L’anonymat et horreur du "on" (3 fois). Cherche-t-on à masquer les responsables, les coupables ?

 

 

 


II° partie : Voltaire en profite pour dénoncer, une fois de plus, la philosophie optimiste.

1° § Loin de se trouver dans "le meilleur des mondes possibles", Candide découvre une situation "horrible", une "abomination". .. que l’on pourrait éviter, changer
: les responsables existent et ce "jardin" -là peut être "cultivé".


Le mal vient ici de la "méchanceté des hommes" et n’est nullement une fatalité:
- les monarchies : mise en place du "Code Noir"

- les Eglises : les "fétiches" et l’hypocrisie de leur "enseignement"
- les Européens et leur insouciance coupable : "vous". Ne sacrifie rien pour un plaisir luxueux et gourmet (celui du sucre).

§ On comprend alors la réaction brutale de Candide à la fin de la séquence narrative (un personnage en évolution ?)
- Ce problème devient le "sien" ("son nègre") dimension affective plus que possessive.
- La question naïve de Cacambo ("optimisme" sans article ..) , les antithèses entre le "bien" et le mal", la "rage " et la "maladie" soulignent le caractère absurde (pathologique?) de la philosophie optimiste, selon Voltaire.
- La colère , puis "rage" de la définition de l’Optimisme ; mais aussi impuissance : Candide , richissime, ne fait rien pour racheter cet esclave. Peut-être parce que ce geste ne résoudrait en rien le problème de fond . La compassion ne débouche ni sur une action généreuse (donner son habit, racheter l’esclave, etc.) ni sur un miracle : Candide n’est pas Jésus rentrant en pleurs à Jérusalem dans les Évangiles (comme le souligne de façon parodique la phrase finale).



Conclusion.
Une nouvelle étape , mais pas encore décisive dans l’évolution de Candide et le rejet de la philosophie optimiste.


Réussite : fausse froideur et plaidoirie d’autant plus pathétique de la victime anonyme.


Élargissement historique possible : - L’esclavage ne sera définitivement aboli en France qu’en 1848. - Loi Tobira (2001?) : esclavage = "crime contre l’humanité".

 



 


 

ARTICLE DE L’ENCYCLOPEDIE


Traite des nègres (Commerce d’Afrique). C’est l’achat des nègres que font les Européens sur les côtes d’Afrique, pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclaves. Cet achat de nègres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine.

Les nègres, dit un Anglais moderne plein de lumières et d’humanité, ne sont point devenus esclaves par le droit de la guerre ; ils ne se dévouent pas non plus volontairement eux-mêmes à la servitude, et par conséquent leurs enfants ne naissent point esclaves. Personne n’ignore qu’on les achète de leurs princes, qui prétendent avoir droit de disposer de leur liberté, et que les négociants les font transporter de la même manière que leurs autres marchandises, soit dans leurs colonies, soit en Amérique où ils les exposent en vente.

Si un commerce de ce genre peut être justifié par un principe de morale, il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer. Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets, ils ne sont donc pas en droit de disposer de leur liberté, et de les vendre pour esclaves.

D’un autre côté, aucun homme n’a droit de les acheter ou de s’en rendre le maître ; les hommes et leur liberté ne sont point un objet de commerce ; ils ne peuvent être ni vendus, ni achetés, ni payés à aucun prix. Il faut conclure de là qu’un homme dont l’esclave prend la fuite, ne doit s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il avait acquis à prix d’argent une marchandise illicite, et dont l’acquisition lui était interdite par toutes les lois de l’humanité et de l’équité.

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvait pas la perdre ; et que son prince, son père, et qui que ce soit dans le monde n’avait le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même : ce nègre ne se dépouille, et ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, et il peut exiger partout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges de pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux.


Chevalier de Jaucourt, Encyclopédie, article « Traite des nègres » (1766)




 



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