Des mots pour le dire

Les bonnes, Genet

Par vadministrateur - publié le mercredi 18 janvier 2017 à 07:04 dans 1ère

Clayssen, 2011


Pierangelo Summa et Richard Soudée, 2000


La cérémonie, Chabrol, 1995


Les blessures assassines, J.P.Denis, 2000


Mise en scène Rhinocéros

Par vadministrateur - publié le mercredi 18 janvier 2017 à 03:58 dans 1ère

Plans de dissertation

Par vadministrateur - publié le mardi 17 janvier 2017 à 08:46 dans Fiches pratiques
  • le plan dialectique vous demande d’examiner un jugement, d’en montrer les limites voire de le réfuter avant d’énoncer une position personnelle. C’est le fameux plan "thèse/antithèse/synthèse". On sait devoir s’orienter vers ce type de plan avec les libellés suivants : "Pensez-vous que...", "Dans quelle mesure peut-on dire que...", "Partagez-vous ce point de vue". Il vous faudra confronter les thèses avant d’exprimer dans une troisième partie un avis personnel.
        Si le plan dialectique est un plan en trois parties, les jurys préfèrent deux parties solidement charpentées à des troisièmes parties répétitives ou privées de justification. On aura intérêt pour cela à réfléchir à ce qu’est une véritable synthèse.
     

  • le plan thématique s’apparente à l’exposé. Il ne vous demande pas de discuter une thèse mais plutôt de l’étayer, c’est-à-dire de fournir un certain nombre d’arguments organisés capables de valider, au moins partiellement, l’opinion qu’on vous a soumise ou de répondre à la question qu’on vous a posée. On reconnaît ce type de plan au libellé du sujet : ce peut être une question "Qu’est-ce qu’un grand roman ?"; "Qu’est-ce qu’une ½uvre engagée ?" ou une invitation à vérifier une affirmation "En quoi a-t-on raison d’affirmer que...", "Montrez, commentez ou justifiez ceci...".
        Attention, ce plan doit néanmoins inclure une pesée critique des termes et des notions de la citation-sujet, à l’intérieur des parties du développement.

Commentaire excipit Camus

Par vadministrateur - publié le vendredi 13 janvier 2017 à 06:51 dans Textes pour l'EAF
Les dernières pages viennent interrompre un récit qui de jour en jour a montré Meursault essayant de "considérer les choses avec calme". Une longue scène finale décrit sa rencontre avec l’aumônier de la prison. Au début de l’entretien, Meursault, que les questions de Dieu n’intéressent pas, n’exprime ses réticences que de façon discrète, en restant muet ou en ne répondant que laconiquement au prêtre. Peu à peu il s’énerve et finit par entrer dans une rage folle, avant de retrouver une sérénité nouvelle sur laquelle s’achève le roman. Ce développement dramatique met en scène l’accession du personnage à une vérité supérieure dont le premier stade est atteint, symboliquement, par la façon dont, en maltraitant l’aumônier, Meursault s’est "purgé du mal, vidé d’espoir" . Cette étape nécessaire n’a pu être atteinte que parce que la condamnation à mort lui a fait prendre pleine conscience que la vie est absurde , ce qui, paradoxalement, ne débouche pas sur le désespoir, mais sur un hymne à la vie par lequel se clôt le roman.

1-Meursault maltraitant l’aumônier.

1-1-L’éclatement de la colère.

Une explosion. Meursault, homme calme et taciturne, n’a pas préparé le lecteur à la colère qui le saisit soudain en face de l’aumônier. Certes, quelques signes avaient montré qu’il supportait de plus en plus mal l’insistance du prêtre : "je me suis un peu animé", "sa présence me pesait et m’agaçait", "Alors je lui ai crié ", et juste avant l’explosion "cela m’a énervé". Malgré ces rapides signes avant-coureurs, la colère éclate avec une brutalité remarquable. L’adverbe "Alors" en début de paragraphe, signale la force de la réaction du personnage aux derniers mots de l’aumônier, mais la remarque "je ne sais pas pourquoi" donne à cette réaction un caractère spontané et irrépressible. Tout le vocabulaire est celui d’une sorte de crise incontrôlable (valeur de l’indéfini "quelque chose").

Le discours "déversé". Le verbe rend compte à la fois de la violence des gestes et de la véhémence du discours "Je déversais sur lui tout le fond de mon c½ur".

- La gestuelle . C’est celle de la violence physique. Meursault saisit le prêtre au collet de sa soutane. Les gardiens devront intervenir pour le lui "arracher des mains". Sa façon de parler est marquée par la même exaltation : il crie à plein gosier, il étouffe en criant.

- La transcription du discours de Meursault. La véhémence du discours de Meursault est rendue sensible par la confusion de toutes les procédures de citations dont dispose la langue . La première citation en offre l’exemple : "Il avait l’air si certain, n’est-ce pas ? ", la question "n’est-ce pas ? renvoie au discours direct, mais la première partie de la phrase est du discours indirect. Force est alors de supposer que la phrase traduit les pensées que Meursault s’adresse à lui-même. En revanche tout ce qui suit peut être considéré comme du discours rapporté au d. i. :[je lui ai dit qu’] aucune de ses [ au lieu de "vos"] certitudes … qu’ il [ au lieu de "vous"] … et que moi, j’ avais l’air [au lieu de "j’ai l’air"] …). Or très vite, le discours de Meursault semble ne plus être adressé au prêtre, mais correspondre à une sorte de discours intérieur du personnage, transcrit au style indirect libre. Le problème se pose à nouveau et d’une autre façon pour les deux questions "Comprenait-il, comprenait-il donc ? qui ne sont ni du d.d., [comprenez-vous ?] ni du d. i. [je lui ai demandé s’il comprenait] mais une sorte d’interrogation passionnée d’âme à âme, adressée en même temps à l’aumônier et à Meursault et transcrite en s.i.l. Enfin la dernière phrase du réquisitoire de Meursault, s’achève sur une phrase qui est de toute évidence du s.i.l. : "Comprenait-il donc, ce condamné à mort …?"

1-2-Ce que représente l’aumônier .On peut assimiler le prêtre et les hommes de loi du procès et en faire autant d’incarnations d’une société répressive et autoritaire. On peut considérer qu’ils représentent les instances officielles d’une société formaliste, incapable de prendre en compte la diversité des êtres auxquels elle impose le carcan des conduites stéréotypées. Mais l’aumônier est bien plus que cela. D’une part, parce qu’à la différence des hommes de loi, il est plein de compassion pour le coupable (il le quitte les yeux pleins de larmes), mais surtout parce que, dans son zèle chrétien, il incarne une position devant la vie que Camus considère comme un piège.

Les certitudes métaphysiques dénoncées. La phrase qui déclenche la colère de Meursault est emblématique. Au moment de quitter le prisonnier, le prêtre réaffirme la supériorité que lui donne sa croyance sur un incroyant dont le "c½ur est aveugle", ses derniers mots étant : "Je prierai pour vous". Tout le début du discours de Meursault est ponctuée d’une opposition entre les prétendues "certitudes du prêtre ("l’air si certain …ses certitudes … il n’était même pas sûr … ) et les certitudes fondées de Meursault ("Moi j’étais sûr …sûr … plus sûr … Je tenais cette vérité …").

L’espoir dans une autre vie empêchant de vivre . Il est évident que ce que dénonce Meursault, c’est la croyance du prêtre dans une vie après la mort. Cette certitude invérifiable et très incertaine empêche d’abord de vivre en profitant de chaque instant de bonheur, si fugace qu’il soit. C’est ce que Meursault jette au visage de l’aumônier "Pourtant aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n’était même pas sûr d’être en vie puisqu’il vivait comme un mort". La comparaison avec un cheveu de femme renvoie à cette mort corporelle qu’est le célibat imposé par la prêtrise. Or Meursault vit "avec la pensée qu’il va mourir tout entier", ce qui choque le prêtre qui a essayé, avec une sorte d’acharnement, de lui montrer qu’il est plus facile de mourir quand on croit à la vie éternelle ("il jugeait cela impossible à supporter pour un homme").

La réfutation des discours volontaristes . Dans sa réfutation de la position religieuse, Meursault répond avec véhémence à tous les discours, religieux ou laïques, qui prônent l’énergie et la volonté et postulent la liberté de l’action humaine : " que m’importaient son Dieu, les vies qu’on choisit, les destins qu’on élit ".Il y a là un effet de dénigrement acharné et quasi ironique.

La religion est donc pire car elle constitue une fuite devant la seule façon d’appréhender la vie .


2-L’absurde : une certitude triomphant

La grande colère de Meursault est une double étape. Elle l’a libéré de tout ce qui l’emprisonnait bien plus étroitement que la prison. Mais elle est aussi et surtout l’affirmation d’une vérité.

2-1-Une libération . Meursault est assaini ("purgé et vidé"), le mal et l’espoir l’ont quitté. Cette libération s’opère avec "des bondissements mêlés de joie et de colère". Pour la première fois dans le roman, Meursault a quelque chose à dire et il le crie.

L’affirmation des certitudes de Meursault .On observe la fréquence d’emploi du verbe "comprendre" dans la deuxième partie du roman. Le verbe a déjà été employé, dans un sens dépréciatif pour qualifier l’attitude du juge d’instruction qui prétend ramener aux catégories rationnelles le comportement de Meursault. Dans le passage, le verbe n’a plus ce sens restreint. Il suppose au contraire l’accès à une vérité. Aussi Meursault ponctue-t-il son discours de questions et d’affirmations dans lesquelles il reprend le terme ("Comprenait-il, comprenait-il donc ? … Comprenait-il donc ?", "il m’a semblé que je comprenais pourquoi … ".

La nature paradoxale de la vérité de Meursault . ("Je tenais cette vérité au moins autant qu’elle me tenait"). La vérité à laquelle accède Meursault et qu’il jette au visage de l’aumônier a pour fondement la mort qui l’attend, dont la certitude donne enfin sens à sa vie. Aussi peut-elle paraître fragile en face des certitudes que propose la religion. Cette apparente fragilité n’est qu’une illusion dénoncée fortement : "Moi, j’avais l’air d’avoir les mains vides …Oui, je n’avais que cela …". A peine constatée, cette fragilité est transformée en une évidence d’ordre intemporel : "J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison".

2-2-L’expression de l’absurde . Le condamné à mort a enfin compris que c’est la mort qui fait le seul sens de la vie. Cette vérité est affirmée sous des formes diverses qui toutes reviennent à souligner que l’essentiel est de vivre et qu’au regard de la mort "Rien, rien n’a[..] d’importance".

Le surgissement de la vérité est décrit dans une phrase essentielle, exactement centrale dans le discours de Meursault à l’aumônier. Elle définit la prise de conscience de l’absurde et la nature de la sérénité à laquelle accède Meursault après la crise libératoire"Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j’avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n’étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu’on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais".

- L’origine absolue . "Du fond de mon avenir … un souffle obscur …". Le contexte de la scène, la gravité du ton, se conjuguent pour empêcher qu’on puisse donner un sens ironique à la formule, qui sera reprise et lancée, comme derniers mots, à l’aumônier lorsque les gardiens interviendront. Meursault n’a en fait plus d’avenir , il n’a plus que quelques jours à vivre, mais cette certitude absolue lui permet de comprendre ce qu’est la vie de l’homme. Ce qui explique l’ampleur irréaliste mais symbolique qui est donnée à cette origine par rapport à laquelle d’où doit être réévalué ("du fond de "). A quoi s’ajoute la métaphore du "souffle obscur" qui traduit l’accès à la compréhension et à la connaissance . Cette métaphore n’est pas sans rappeler, mais en inversant sa valeur, le "souffle épais et ardent" dans lequel Meursault s’est trouvé pris à l’instant fatidique du meurtre. D’un moment à l’autre, Meursault est passé de l’incompréhension passive à la découverte de la vérité.

- Le brouillage des repères temporels . Dans un mouvement insistant, la phrase passe sans arrêt du futur au passé en brouillant les repères temporels habituels. Tout étant appréhendé à partir de l’avenir, c’est-à-dire de la mort, seul repère réel, les autres fragments temporels sont identiques, aussi bien les années que Meursault ne vivra pas, puisqu’il va mourir avant l’heure (les "années qui n’étaient pas encore venues") que les années présentes "pas plus réelles".

- Le hasard à l’½uvre . La première partie du roman a démontré avec insistance le poids continuel du hasard dans la vie de Meursault. Quoiqu’il ne soit pas nommé explicitement, il est désigné maintenant par la tournure impersonnelle "tout ce qu’on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais".

Le souffle égalisateur de l’absurde. Meursault emploie une formule qui définit la "vie absurde" qu’il a menée :"Rien, rien n’a[..] d’importance " qui anticipe sur l’effet de la découverte de la vérité : "ce souffle égalisait tout sur son passage"). 

- Dans la 2 ème partie du discours à l’aumônier , une série de procédés s’accumulent : des énumérations de faits équivalents, dans lesquelles la similitude égalisatrice est encore renforcée par des associations absurdes et des équivalences qui mettent tout sur le même plan syntaxique "[…]la Parisienne que Masson avait épousée … Marie qui avait envie que je l’épouse". Des échos sonores soulignent ces équivalences " Qu ’importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ?".

Une fois le divertissement impossible, le leurre de l’espoir éliminé, aucune esquive n’est plus possible et la mort peut enfin faire accéder à la seule vérité : aucune vie, aucun acte humain n’est plus important qu’un autre, parce qu’au regard de la mort, tout est égal. C’est ce que crie Meursault à l’aumônier. Mais parvenu à ce point de certitude, au lieu de sombrer dans le désespoir, il atteint une sérénité et lance une sorte d’hymne à la vie.


3-Un hymne à la vie 

A de nombreuses reprises, Camus a souligné que l’absence d’espoir n’était pas le désespoir . Pour Camus, la vie n’est pas une maladie dont seule la mort peut guérir, elle est bonne à vivre, mais il faut le faire sans illusion .

3-1-Le monde apaisé et apaisant. Le contraste de tonalité entre la "grande colère" et l’apaisement qui marque la fin du texte est souligné par la rupture qu’introduit dans le récit le sommeil qui s’empare de Meursault comme après une crise ("j’étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette"). Quand il se réveille, il a "des étoiles sur le visage". Dans la plupart des textes de Camus intervient un moment de contact avec le monde naturel et sa saveur apaisante. Les éléments se retrouvent ici sous la forme d’un apaisement aussi bien physique que moral, dont la force est d’ordre cosmique "Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée" .

Le bref rappel du monde des hommes et de leur activité est incapable de rompre la paix à laquelle a enfin accédé Meursault. "[…] des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui m’était à jamais indifférent".

3-2-De nouvelles significations. Cette révélation de la vérité est aussi une relecture des signes du monde et de leur signification.

L’asile de vieillards. Meursault évoque sur un tout autre ton ce qui s’était présenté à lui, dans la première partie, comme un mouroir rassemblant la vieillesse sous sa forme la plus étrangère, la plus inhumaine. C’est maintenant dans un mouvement de sympathie profonde qu’il "comprend" sa mère et les autres vieux.

Jouer avec la vie . Pour les vieux, comme pour Meursault, l’approche de la mort égalisant tout, elle supprime l’importance fallacieuse que les hommes accordent à leurs actes. On peut donc "jouer à recommencer". La différence est flagrante entre la façon dont Meursault accusait le Tchécoslovaque qui avait payé de sa vie le jeu par lequel il avait tenté sa mère et sa s½ur en leur cachant son identité, mais pas son argent ("Je trouvais que le voyageur l’avait un peu mérité et qu’il ne faut jamais jouer") et la façon dont il comprend maintenant sa mère. En prenant comme "fiancé" le vieux Pérez, elle a joué à recommencer. Toute la vie n’est qu’un jeu sans signification, dans lequel le hasard est souverain. Pour le Tchécoslovaque, mourir de la main de sa mère ou, comme Meursault, sous le couperet de la guillotine, n’avait en fait pas d’importance.

La valeur du soir. Pour cette humanité apaisée par l’approche de la mort, comme pour Meursault, le soir prend désormais une autre valeur, il n’est plus "l’heure sans nom" de l’angoisse et du refus de la mort. Parce que la mort n’est plus le piège auquel l’homme est acculé dans une vie "sans issue", le soir est maintenant "une trêve mélancolique", l’apaisement de l’acceptation. La lutte perdue d’avance que Meursault a menée contre la lumière aveuglante du soleil se termine par l’apaisement de la mort acceptée et reconnue comme seule signification de la vie.

3-3-Le bonheur dans et par l’absurde .

La vie comme valeur absolue. L’euphorie des dernières lignes est marquée stylistiquement par une série de reprises insistantes qui soulignent la conviction de Meursault : "Là-bas, là-bas aussi … Personne, personne n’avait le droit … De l’éprouver si pareil … si fraternel …Pour que tout …pour que …". .

Le paradoxe de l’ explicit . Au moment d’être guillotiné pour un meurtre dont il n’est pas coupable, Meursault se sent "prêt à tout revivre" et découvre, en même temps qu’il a été heureux et qu’il l’est encore. Les dernières lignes du roman accumulent les termes contradictoires : une formule quasi oxymorique "la tendre indifférence du monde, l’évocation d’une fraternité dans l’indifférence, enfin la dernière phrase dans laquelle Meursault souhaite, pour se sentir moins seul "qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de [son] exécution et qu’ils [l]’accueillent avec des cris de haine".

Collectif 8

Par vadministrateur - publié le jeudi 12 janvier 2017 à 17:29 dans Cultivons-nous

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