Des mots pour le dire

Court du jour

Par vadministrateur - publié le jeudi 21 décembre 2017 à 15:51 dans Cultivons-nous

LA n°3 Plaidoyer

Par vadministrateur - publié le mardi 19 décembre 2017 à 03:59 dans Textes pour l'EAF

L’après-midi, les grands ventilateurs brassaient toujours l’air épais de la salle et les petits éventails multicolores des jurés s’agitaient tous dans le même sens. La plaidoirie de mon avocat me semblait ne devoir jamais finir. À un moment donné, cependant, je l’ai écouté parce qu’il disait : « Il est vrai que j’ai tué. » Puis il a continué sur ce ton, disant « je » chaque fois qu’il parlait de moi. J’étais très étonné. Je me suis penché vers un gendarme et je lui ai demandé pourquoi. Il m’a dit de me taire et, après un moment, il a ajouté : « Tous les avocats font ça. » Moi, j’ai pensé que c’était m’écarter encore de l’affaire, me réduire à zéro et, en un certain sens, se substituer à moi. Mais je crois que j’étais déjà très loin de cette salle d’audience. D’ailleurs, mon avocat m’a semblé ridicule. Il a plaidé la provocation très rapidement et puis lui aussi a parlé de mon âme. Mais il m’a paru qu’il avait beaucoup moins de talent que le procureur. « Moi aussi, a-t-il dit, je me suis penché sur cette âme, mais, contrairement à l’éminent représentant du ministère public, j’ai trouvé quelque chose et je puis dire que j’y ai lu à livre ouvert. » Il y avait lu que j’étais un honnête homme, un travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l’employait, aimé de tous et compatissant aux misères d’autrui. Pour lui, j’étais un fils modèle qui avait soutenu sa mère aussi longtemps qu’il l’avait pu. Finalement j’avais espéré qu’une maison de retraite donnerait à la vieille femme le confort que mes moyens ne me permettaient pas de lui procurer. « Je m’étonne, Messieurs, a-t-il ajouté, qu’on ait mené si grand bruit autour de cet asile. Car enfin, s’il fallait donner une preuve de l’utilité et de la grandeur de ces institutions, il faudrait bien dire que c’est l’État lui-même qui les] subventionne. » Seulement, il n’a pas parlé de l’enterrement et j’ai senti que cela manquait dans sa plaidoirie. Mais à cause de toutes ces longues phrases, de toutes ces journées et ces heures interminables pendant lesquelles on avait parlé de mon âme, j’ai eu l’impression que tout devenait comme une eau incolore où je trouvais le vertige.

À la fin, je me souviens seulement que, de la rue et à travers tout l’espace des salles et des prétoires, pendant que mon avocat continuait à parler, la trompette d’un marchand de glace a résonné jusqu’à moi. J’ai été assailli des souvenirs d’une vie qui ne m’appartenait plus, mais où j’avais trouvé les plus pauvres et les plus tenaces de mes joies : des odeurs d’été, le quartier que j’aimais, un certain ciel du soir, le rire et les robes de Marie. Tout ce que je faisais d’inutile en ce lieu m’est alors remonté à la gorge et je n’ai eu qu’une hâte, c’est qu’on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil. C’est à peine si j’ai entendu mon avocat s’écrier, pour finir, que les jurés ne voudraient pas envoyer à la mort un travailleur honnête perdu par une minute d’égarement et demander les circonstances atténuantes pour un crime dont je traînais déjà, comme le plus sûr de mes châtiments, le remord éternel. La cour a suspendu l’audience et l’avocat s’est assis d’un air épuisé. Mais ses collègues sont venus vers lui pour lui serrer la main. J’ai entendu : « Magnifique, mon cher. » L’un d’eux m’a même pris à témoin : « Hein ? » m’a-t-il dit. J’ai acquiescé, mais mon compliment n’était pas sincère, parce que j’étais trop fatigué. CAMUS, L’Etranger, II, 4, 1942


Correction réquisitoire

Par vadministrateur - publié le dimanche 17 décembre 2017 à 13:53 dans 1ère

Le chapitre 4 évoque le dernier jour du réquisitoire avec un procureur redoutable, un réquisitoire surtout centré sur Meursault plutôt que sur son crime. Nous nous demanderons en quoi ce texte est une critique de la justice et pour cela nous étudierons la place du discours, l’usage d’une rhétorique manipulatrice qui éloigne Meursault de son propre procès.

I. Un discours mis en scène

On retrouve l’usage de la rhétorique.

A. Le procureur se comporte en acteur de la pièce judiciaire.

  • Il veut produire des effets pour intéresser l’auditeur plutôt que le spectateur : effets de voix pour persuader et demander la tête de cette âme. : théâtralisation. Discours narrativisé : posture de théâtre. Il met en scène son discours qui passe par la solennité et l’emphase du discours.

  • Reprend le mot « âme », « meurtre d’un père » : parricide.

  • Mais aussi en imprimant une solennité excessive.

B. Discours mis en valeur

  • On retrouve quatre types de discours : discours direct, indirect, indirect libre et narrativisé.

  • Discours direct : énonciation renvoyant au moment présent de l’énonciation. : Effet : veut donner l’idée de la subjectivité, de la manipulation par le discours.

  • Discours indirect : discours complété par un discours indirect libre, on croit entendre le procureur dans la narration, discours long.

  • Il est moins fidèle dans la restitution, il prend ses distances. Le narrateur le laisse porter tout en montrant qu’il n’est pas d’accord. 

  • Discours narrativisé : « il a été beaucoup plus long » Paroles résumées, verbes de paroles : satire discrète, restitue avec une ironique objectivité des paroles, avec la subjectivité du contenu des paroles du procureur.

C. Le procureur apparaît comme un orateur qui joue avec le langage

Phrases longues qui contrastent avec des phrases courtes

  • Langage soutenu pour impressionner

II. Une rhétorique manipulatrice.

Critique de la justice
A. Meursault coupable moral

  • Le procureur parle comme un moraliste, un prêtre et ne se comporte pas comme un homme de justice. Champ lexical de « l’âme ».Il se permet de porter des jugements :«  le vide du c½ur ». il évoque « mon attitude avec maman » (Meursault), le procureur déplace l’accusation et attaque l’homme privé = argument ad hominem. Il est accusé de crime contre la morale parce qu’il n’a pas pleuré, il l’a tué moralement. Et il ne s’occupe pas du vrai crime.

B. Un monstre humain

  • Parricide, il quitte l’affaire Meursault pour exploiter au maximum la thématique du fils indigne. (hyperbole, gradation,raisonnement analogique entre 2 accusés, champ lexical de l’horreur)

  • Le procureur s’est révélé habile en disant quelque chose d’absurde sur un lexique dramatique. La rhétorique cache l’absurdité du discours.

C. Quel est l’enjeu de ce réquisitoire ?

  • Faire passer Meursault pour une menace pour la société qu’il faut éradiquer. (euphémisme peine de mort « la tête de cet homme »

  • Faire état de sa certitude de cette nécessité « coeur léger » métaphore, gradation  « compensé, balancé, éclairé »

III. Meursault spectateur

A. Reprise de la parole prononcée

  • verbes de paroles neutres « parlé, répété, dit » Meursault transcrit une parole qui lui semble étrangère (registre de langue soutenu, images nombreuses et appartenant aux clichés judiciaires « coeur,âme... »)

  • Un avis presque objectif sur la performance du procureur « long »

B. Un observateur attentif

  • « voix très basse et pénétrée » performance d’orateur

  • « essuyé son visage brillant de sueur » remarque sur investissement physique plus que sur le contenu

C. étranger à son propre procès

  • Souligne la longueur du discours « répété, long, si long que »

  • chaleur de la matinée , gêne Meursault depuis le début

  • Ne relève pas le contenu mais assiste passivement à son accusation

LA n°4 Camus

Par vadministrateur - publié le dimanche 17 décembre 2017 à 05:26 dans Textes pour l'EAF
Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier à plein gosier et je l’ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l’avais pris par le collet de sa soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon c½ur avec des bondissements mêlés de joie et de colère. Il avait l’air si certain, n’est-ce pas ? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n’était même pas sûr d’être en vie puisqu’il vivait comme un mort. Moi, j’avais l’air d’avoir les mains vides. Mais j’étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sur de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n’avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu’elle me tenait. J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. J’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre. J’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela. Je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après ? C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n’avait d’importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j’avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n’étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu’on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais. Que m’importaient la mort des autres, l’amour d’une mère, que m’importaient son Dieu, les vies qu’on choisit, les destins qu’on élit, puisqu’un seul destin devait m’élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il, comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n’y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu’importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l’épouse. Qu’importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ? Qu’importait que Marie donnât aujourd’hui sa bouche à un nouveau Meursault ? Comprenait-il donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir... J’étouffais en criant tout ceci. Mais, déjà, on m’arrachait l’aumônier des mains et les gardiens me menaçaient. Lui, cependant, les a calmés et m’a regardé un moment en silence. Il avait les yeux pleins de larmes. Il s’est détourné et il a disparu.
      Lui parti, j’ai retrouvé le calme. J’étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j’ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu’à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m’était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai pensé à maman. Il m’a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d’une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s’éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n’avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine.

Utopie

Par vadministrateur - publié le lundi 11 décembre 2017 à 06:10 dans ICN








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