Des mots pour le dire

Photographe inspiré par le travail de Hopper

Par vadministrateur - publié le mercredi 6 décembre 2017 à 02:51 dans Cultivons-nous

Montage vidéo

Par vadministrateur - publié le mardi 5 décembre 2017 à 20:31 dans ICN

Correction bilan 1SB

Par vadministrateur - publié le mardi 5 décembre 2017 à 01:40 dans 1ère
    Nous allons étudier un extrait de L’étranger d’Albert Camus écrit en 1942. Ce roman fait partie du cycle de l’absurde proposé par cet auteur de premier plan récompensé par le prix Nobel de littérature. Dans ce passage, Meursault, le personnage principal, croise son voisin, Salamano qui a perdu son chien.Nous nous demanderons comment cet épisode permet de mieux comprendre la personnalité de Meursault. Pour cela nous verrons ce qu’a de particulier cette rencontre puis nous évoquerons les liens entre les personnages.

    Dans un premier temps, on peut remarquer que cette entrevue est présentée comme due au hasard de la rencontre sur le palier. Salamano est en quête de réconfort car son chien s’est échappé. Au début de l’extrait, l’expression « j’ai baîllé » (l1) exprime soit la fatigue soit la lassitude de Meursault, narrateur du passage et permet de comprendre que le voisin  tarde à rentrer. C’est pourquoi il profite de l’autorisation de Meursault pour rester (l2). Salamano éprouve le besoin de parler. Ainsi on observe qu’il est le sujet de nombreux verbes qui introduisent ses propos au discours indirect (l2, 3, 4, 5) ou accompagnent le discours direct (l11,15). C’est un signe de désarroi.
    Ce voisin apparaît donc comme un personnage pathétique. Sa quête de réconfort va à l’encontre de sa nature timide . Certaines expressions comme « très vite et avec un air gêné » (l5), « il s’est vite excusé » (l12), « d’un geste furtif » (l13) dessinent le portrait d’un Salamano dont les gestes sont à peine esquissés et empreints d’humilité. Ses tentatives pour exprimer ses sentiments sont également pathétiques. Il les formule avec maladresse en mettant par exemple au moment de partir sur le même plan une raison pratique « voulait dormir » (l12) et un commentaire plus général « sa vie avait changé » (l12). Transparaît alors le vide que crée l’absence de son compagnon. D’ailleurs malgré le caractère dérisoire des propos échangés, Salamano trouve du réconfort auprès de son voisin et lui en est reconnaissant « il m’a remercié » (l 2), « il m’a tendu la main » (l14).
   
    On a vu que cette rencontre fortuite permet de découvrir ce voisin si encombrant sous un jour plus humain.Meursault va se révéler lui aussi,touché par la peine de Salamano.

    Meursault, quant à lui, ne manifeste guère ses sentiments.Il semble pourtant de bonne volonté et fait preuve de gentillesse vis-à-vis de son voisin. Il invite Salamano à prolonger sa visite (l1-2), lui prodigue des paroles réconfortantes « j’étais ennuyé» (l2) et fait preuve de délicatesse en utilisant un euphémisme pour évoquer la mort du chien « ce qui était arrivé à son chien » (l2), accepte sa poignée de main malgré « les écailles de sa peau » (l 14).Il se montre particulièrement attentif à la détresse de son voisin. Pour autant, comme à son habitude, il ne manifeste pas ses propres sentiments. C’est au travers des paroles de Salamano rapportées au discours indirect que l’on trouve l’évocation de sentiments probables « il a émis la supposition que je devais être bien malheureux » (l4). Pourtant il réagit au jugement négatif sur lui par une longue réponse argumentée dans laquelle on retrouve des connecteurs logiques « puisque »(l9) « d’ailleurs » (l10). Il éprouve le besoin de se justifier en avançant une raison matérielle «  pas assez d’argent » (l9)et psychologique « s’ennuyait » (l11).
    Le sens de ce passage apparaît vraiment lorsque l’on étudie les parallélismes entre ces personnages.En effet un lien est très clairement établi entre la mère de Meursault et le chien de Salamano « maman aimait beaucoup son chien » (l3). Mais le lien est surtout implicite. On sait que le chien a compensé la perte de la femme de Salamano et Meursault évoque la tristesse de sa mère « elle s’ennuyait toute seule » (l11). On comprend que la disparition du chien fait écho à celle de la mère puisque la douleur que Salamano prête à son voisin  « malheureux » (l4) renvoie à la sienne « il ne savait pas trop ce qu’il allait faire » (l 12-13). De plus, ces deux hommes sont victimes du jugement négatif du quartier, Salamano est accusé de cruauté sur son chien et Meursault d’avoir abandonné sa mère. D’ailleurs le vieux voisin se désolidarise du quartier explicitement « mais il me connaissait et savait que j’aimais beaucoup maman «  (l7).
   
    Ce passage est révélateur à plusieurs niveaux de l’humanité de chacun. Salamano, le vieil homme maltraitant son chien, apparaît comme particulièrement touché par sa perte et ainsi brise les barrières que Meursault avaient érigées à son insu face aux autres. Tous deux sont victimes de jugement hâtifs et c’est cette injustice qui les rapproche.




L’absurde

Par vadministrateur - publié le lundi 4 décembre 2017 à 09:41

LA n°2 Camus

Par vadministrateur - publié le lundi 4 décembre 2017 à 01:07 dans Textes pour l'EAF
J’ai pensé à ce moment qu’on pouvait tirer ou ne pas tirer. Mais brusquement, les Arabes, à reculons, se sont coulés derrière le rocher. Raymond et moi sommes alors revenus sur nos pas. Lui paraissait mieux et il a parlé de l’autobus du retour.
Je l’ai accompagné jusqu’au cabanon et, pendant qu’il gravissait l’escalier de bois, je suis resté devant la première marche , la tête retentissante de soleil, découragé devant l’effort qu’il fallait faire pour monter l’étage de bois et aborder encore les femmes. mais la chaleur était telle qu’il m’était pénible aussi de rester immobile sous la pluie aveuglante qui tombait du ciel. Rester ici ou partir, cela revenait au même.Au bout d’un moment, je suis retourné vers la plage et je me suis mis à marcher.
C’était le même éclatement rouge. Sur le sable, la mer haletait de toute la respiration rapide et étouffée de ses petites vagues. Je marchais lentement vers les rochers et je sentais mon front se gonfler sous le soleil. Toute cette chaleur s’appuyait sur moi et s’opposait à mon avance. Et chaque fois que je sentais son grand souffle chaud sur mon visage, je serrais les dents, je fermais les poings dans les poches de mon pantalon, je me tendais tout entier pour triompher du soleil et de cette ivresse opaque qu’il me déversait. A chaque épée de lumière jaillie du sable, d’un coquillage blanchi ou d’un débris de verre, mes mâchoires se crispaient. J’ai marché longtemps.
Je voyais de loin la petite masse sombre du rocher entourée d’un halo aveuglant par la lumière et la poussière de mer. Je pensais à la source fraîche derrière le rocher. J’avais envie de retrouver le murmure de son eau, envie de fuir le soleil, l’effort et les pleurs de femme, envie enfin de retrouver l’ombre et son repos. Mais quand j’ai été plus près, j’ai vu que le type de Raymond était revenu. II était seul. Il reposait sur le dos, les mains sous la nuque, le front dans les ombres du rocher, tout le corps au soleil. Son bleu de chauffe fumait dans la chaleur. J’ai été un peu surpris. Pour moi, c’était une histoire finie et j’étais venu là sans y penser.
Dès qu’il m’a vu, il s’est soulevé un peu et a mis la main dans sa poche. Moi, naturellement, j’ai serré le revolver de Raymond dans mon veston. Alors de nouveau, il s’est laissé aller en arrière, mais sans retirer la main de sa poche. J’étais assez loin de lui, une dizaine de mètres. Je devinais son regard par instants, entre ses paupières mi-closes. Mais le plus souvent, son image dansait devant mes yeux, dans l’air enflammé. Le bruit des vagues était encore plus paresseux, plus étale qu’à midi. C’était le même soleil, la même lumière sur le même sable qui se prolongeait ici. Il y avait déjà deux heures que la journée n’avançait plus, deux heures qu’elle avait jeté l’ancre dans un océan de métal bouillant. A l’horizon, un petit vapeur est passé et j’en ai deviné la tache noire au bord de mon regard, parce que je n’avais pas cessé de regarder l’Arabe.
J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J’ai fait quelques pas vers la source. L’Arabe n’a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l’air de rire. J’ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j’ai senti des gouttes de sueur s’amasser dans mes sourcils. C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d’un pas. Et cette fois, sans se soulever, L’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d’un coup sur les paupières et les a recouvertes d’un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais à la porte du malheur.

 

 

Albert Camus, L’Etranger (I,6) (1942)

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