Des mots pour le dire

LA n°2 Parfum exotique

Par vadministrateur - publié le vendredi 13 avril 2018 à 11:25 dans Textes pour l'EAF

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Doc comp Incendies

Par vadministrateur - publié le lundi 9 avril 2018 à 08:49 dans Textes pour l'EAF

Fiche ressource n° 2 :

 Paroles “The Logical Song”, SUPERTRAMP, (Roger Hudson) Album Breakfast in America, 1979.


(Ahh)
(Ahh)
(Ahh)
(Ahh)

When I was young
It seemed that life was so wonderful
A miracle
Oh, it was beautiful, magical

And all the birds in the trees
Well, they’d be singing so happily
Oh, joyfully
Oh, playfully watching me

But then they sent me away
To teach me how to be sensible
Logical
Oh, responsible, practical

And then they showed me a world
Where I could be so dependable
Oh, clinical
Oh, intellectual, cynical

There are times when all the world’s asleep
The questions run too deep
For such a simple man
Won’t you please, please tell me what we’ve learned?
I know it sounds absurd
Please tell me who I am

I say, now watch what you say
Or they’ll be calling you a radical
A liberal
Oh, fanatical, criminal

Oh, won’t you sign up your name?
We’d like to feel you’re acceptable
Respectable
Oh, presentable, a vegetable
Whoa
Take it, take it, take it, yeah

But at night when all the world’s asleep
The questions run so deep
For such a simple man
Won’t you please (Won’t you tell me, won’t you tell me what we’ve learned?)
Please tell me what we’ve learned? (Can you hear me? I know it sounds absurd)
I know it sounds absurd (Won’t you help me? Tell me who I am)
But please tell me who I am
Who I am
Who I am
Who I am, yeah

Woo!
Hey!
’Cause I’m feeling so logical
Hey!
D-d-d-d-d-d-d-digital
Yeah, one, two, three, five
Ooh, uh, uh, uh, yeah
Ooh, it’s getting unbelievable
Yeah
Ooh

TRADUCTION THE LOGICAL SONG - SUPERTRAMP

Quand j’étais jeune la vie semblait si merveilleuse 
Un miracle, oh elle était belle, pleine de magie 
Et les oiseaux dans les arbres chantaient si allègrement,  
Si joyeusement,

Ils me regardaient si malicieusement !


Mais ensuite ils m’ont éloigné de cet univers pour m’enseigner comment être raisonnable 
Logique, responsable, et avoir un esprit pratique 
Et ils m’ont fait voir un monde dans lequel je pourrais être une personne fiable,
Froide, un intellectuel, cynique .

Parfois quand tout le monde dort , 
Des questions trop profondes pour un homme simple comme moi  m’assaillent.

Je t’en prie, dis-moi s’il te plait ce que nous avons appris 
Je sais que ça semble absurde mais je t’en prie dis-moi qui je suis !

Je vais te dire une chose, maintenant fais attention à ce que tu dis sinon ils te traiteront d’extrémiste 
De gauchiste de fanatique, de criminel 
Ne voudrais-tu pas t’engager ?  Nous aimerions avoir l’impression que tu es  
Acceptable, respectable, présentable, un légume 

Mais la nuit quand tout le monde dort 
Des questions trop profondes pour un homme simple comme moi  m’assaillent.
Je t’en prie, dis-moi s’il te plait ce que nous avons appris (Peux-tu m’entendre ?)
Je sais que ça semble absurde mais je t’en prie dis-moi qui je suis .(Aide-moi ! Dis-moi !)

LA n°1 Au lecteur

Par vadministrateur - publié le vendredi 30 mars 2018 à 11:22 dans Textes pour l'EAF

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons,
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins
C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui !- l’½il chargé d’un pleur involontaire,
Il rêve d’échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal



Texte n°3 Rhinocéros

Par vadministrateur - publié le mercredi 21 mars 2018 à 11:40 dans Textes pour l'EAF

BÉRENGER. Réfléchissez, voyons, vous vous rendez bien compte que nous avons une philosophie que ces animaux n’ont pas, un système de valeurs irremplaçable. Des siècles de civilisation humaine l’ont bâti !…

JEAN, toujours dans la salle de bains. Démolissons tout cela, on s’en portera mieux.

BÉRENGER. Je ne vous prends pas au sérieux. Vous plaisantez, vous faites de la poésie.

JEAN. Brrr… (Il barrit presque.)

BÉRENGER. Je ne savais pas que vous étiez poète.

JEAN, (Il sort de la salle de bains.) Brrr… (Il barrit de nouveau.)

BÉRENGER. Je vous connais trop bien pour croire que c’est là votre pensée profonde. Car, vous le savez aussi bien que moi, l’homme…

JEAN, l’interrompant. L’homme… Ne prononcez plus ce mot !

BÉRENGER. Je veux dire l’être humain, l’humanisme…

JEAN, L’humanisme est périmé ! Vous êtes un vieux sentimental ridicule. (Il entre dans la salle de bains.)

BERENGER : Enfin, tout de même, l’esprit…

JEAN, dans la salle de bains : Des clichés ! vous me racontez des bêtises.

BERENGER : Des bêtises !

JEAN, de la salle de bains, d’une voix très rauque, difficilement compréhensible : Absolument.

BERENGER: Je suis étonné de vous entendre dire cela, mon cher Jean ! Perdez-vous la tête ? Enfin, aimeriez-vous être rhinocéros ?

JEAN: Pourquoi pas ? Je n’ai pas vos préjugés.

BERENGER: Parlez plus distinctement. Je ne vous comprends pas. Vous articulez mal.

JEAN, toujours de la salle de bains : Ouvrez vos oreilles !

BERENGER: Comment ?

JEAN: Ouvrez vos oreilles. J’ai dit : pourquoi ne pas être rhinocéros ? J’aime les changements.

BERENGER: De telles affirmations venant de votre part… (Bérenger s’interrompt, car Jean fait une apparition effrayante. En effet, Jean est devenu tout à fait vert. La bosse de son front est presque devenue une corne de rhinocéros.) Oh ! vous semblez vraiment perdre la tête ! (Jean se précipite vers son lit, jette les couvertures par terre, prononce des paroles furieuses et incompréhensibles, fait entendre des sons inouïs.) Mais ne soyez pas si furieux, calmez-vous ! Je ne vous reconnais plus.

JEAN, à peine distinctement : Chaud… trop chaud. Démolir tout cela, vêtements, ça gratte, vêtements, ça gratte. (Il fait tomber le pantalon de son pyjama.)

BERENGER: Que faites-vous ? Je ne vous reconnais plus ! Vous si pudique d’habitude !

JEAN: Les marécages ! les marécages !

BERENGER: Regardez-moi ! Vous ne semblez plus me voir ! Vous ne semblez plus m’entendre !

JEAN: Je vous entends très bien ! Je vous vois très bien ! (Il fonce vers Bérenger tête baissée. Celui-ci s’écarte.)

BÉRENGER : Attention !
JEAN, soufflant bruyamment : Pardon !
Puis il se précipite à toute vitesse dans la salle de bains.
BERENGER fait mine de fuir vers la porte de gauche puis fait demi tour et va dans la salle de bains à la suite de Jean en disant : je ne peux tout de même pas le laisser comme cela, c’est un ami. (de la salle de bains) Je vais appeler le médecin ! C’est indispensable, indispensable, croyez-moi.

JEAN, de la salle de bains : Non.
BERENGER, dans la salle de bains : Si. Calmez-vous, Jean ! Vous êtes ridicule. Oh ! votre corne s’allonge à vue d’½il !… Vous êtes rhinocéros.

JEAN (dans la salle de bains) : Je te piétinerai ! Je te piétinerai !

LA 4 Monologue final de Bérenger

Par vadministrateur - publié le mercredi 21 mars 2018 à 05:14 dans Textes pour l'EAF
BERENGER

C’est moi, c’est moi. (Lorsqu’il accroche les tableaux, on s’aperçoit que ceux-ci représentent un vieillard, une grosse femme, un autre homme. La laideur de ces portraits contraste avec les têtes des rhinocéros qui sont devenues très belles. Bérenger s’écarte pour contempler les tableaux.) Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau. (Il décroche les tableaux, les jette par terre avec fureur, il va vers la glace.) Ce sont eux qui sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d’un vert sombre, d’une nudité décente, sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n’est pas ça ! Essayons encore, plus fort ! Ahh, ahh, brr ! Non, non, ce n’est pas ça, que c’est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n’arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements ! Comme j’ai mauvaise conscience, j’aurais dû les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai un rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer, je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J’ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien, tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant :) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

RIDEAU.

Ionesco, Rhinocéros, III


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