Des mots pour le dire

Commentaire composé

Par vadministrateur - publié le mercredi 7 juin 2017 à 09:28 dans Sites de révision

Objet d’étude : Les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours

 

Commentaire de texte

 

 

Texte : Lamartine, « Du droit au travail et de l’organisation du travail », article paru dans Le Bien Public, décembre 1844

 

 

Homme de Lettres et diplomate, Alphonse de Lamartine (1790-1869) débute sa carrière politique après la révolution de juillet 1830. Elu député en 1833, il le reste jusqu’en 1851, prenant activement part aux débats de son temps. Dans un article intitulé « Du droit au travail et de l’organisation du travail », paru en décembre 1844 dans Le bien public, il exprime ses idées sociales en matière de droit au travail.

Ces hommes se marient, ont des femmes et des enfants que l’industrie saisit au berceau et emploie selon leur force; tout ce peuple vit, multiplie, consomme, prospère pendant que le salaire les rétribue. Que le salaire s’arrête ou décroisse, tout ce peuple chôme, souffre, maigrit, mendie, s’exténue et tombe en haillons1 et en pourriture humaine. Peuple du salaire, né du salaire, ne vivant que par le salaire, il périt avec le salaire, et s’insurge2 dans son coeur contre une société qui le condamne par sa condition au travail et qui lui refuse le travail. Or, le travail pour lui c’est la vie. La société impassible et égoïste, peut-elle voir tout cela et détourner les yeux en renvoyant ce peuple à la concurrence pour toute réponse et pour tout secours? Nous disons: non! Le dernier mot d’une société bien faite à un peuple qui périt ne peut pas être la mort! Le dernier mot d’une société bien faite doit être du travail et du pain. Le droit au travail n’est pas dans ce cas autre chose que le droit de vivre. Si vous reconnaissez le droit de vivre, vous devez reconnaître à ce peuple le droit au travail! L’Assemblée constituante  dans tous les droits à l’homme qu’elle a proclamés, n’en a oublié qu’un seul: le droit de vivre. Mais c’est sans doute parce qu’il était d’une telle évidence qu’il n’avait pas besoin d’être écrit! Les phénomènes, les vicissitudes3, les catastrophes, les ruines soudaines, les interruptions de salaire dans une société devenue industrielle, nous imposent la nécessité d’écrire ce droit de plus.


 Les anciennes sociétés n’avaient pas ce problème à examiner. Nul ne pouvait y mourir de faim légalement. Le maître y nourrissait l’esclave, le seigneur y nourrissait le serf, le gouvernement y nourrissait le peuple, l’église y nourrissait le mendiant. Mais l’industriel qui liquide sa fortune et qui ferme ses ateliers ne nourrit personne. La vie du peuple et des ouvriers est remise au hasard. L’ouvrier renvoyé de son usine fermée, ne trouvant pas de place dans une autre, sans toit, sans pain pour loger et nourrir lui sa femme et ses enfants, n’a pas le droit d’aller à un magistrat de la Providence publique4, et de lui dire: Voilà mes bras, occupez-les; occupez-les à un salaire aussi minime que vous voudrez, mais occupez-les pour que je vive de mon travail en attendant que l’industrie privée me rouvre ses ateliers et me rende mon salaire. Voilà le droit que nous voulons que la société reconnaisse à tout individu qui la compose.

1. haillons: vieux vêtements déchirés, loques

2. s’insurge: se révolte.

3. vicissitudes: variations, changements

4. La Providence publique: sage gouvernement de l’Etat protecteur


 

Problématique : Comment Lamartine démontre –t-il que le travail devrait être un droit inaliénable/acquis de l’ouvrier car essentiel à sa vie ?

 

 

I ) Tout d’abord, Lamartine développe un réquisitoire contre la société de son temps qui plonge les ouvriers et leurs familles dans une précarité extrême :

 

1.      Il développe l’image d’une « société impassible et égoïste » (l.7-8) :

- impassible = qui ne manifeste aucun trouble, aucune émotion, aucun

                          sentiment.

                        - égoïste = qui n’est tournée que sur elle-même, préoccupée seulement par ses

                          propres intérêts, sans se soucier à aucun moment de ceux des ouvriers.

= 2 adj. qual. dépréciatifs qui mettent l’accent sur l’indifférence de la société à l’égard des ouvriers qui n’ont pas/plus d’emploi d’où l’action de « détourner les yeux en renvoyant ce peuple à la concurrence pour toute réponse et pour tout secours » (l.8-9) : la société constate un état de faits négatifs pour l’ouvrier mais ne cherche pas à changer les choses. Au contraire, elle adopte la politique de l’autruche et laisse l’ouvrier démuni sombrer dans une misère de plus en plus grande.

 

2. En effet, l’ouvrier sans travail « chôme, souffre, maigrit, mendie, s’exténue et tombe en haillons et en pourriture » (l.4) : analyser cette énumération de verbes d’actions conjugués au présent de vérité générale, qui marque de manière chronologique et logique à la fois les différentes étapes de la déchéance (sociale, physique et morale) de l’homme sans travail qui entraîne avec lui les membres de sa famille : femmes et enfants. En effet, le monde industriel, lorsqu’il offre du travail, emploie sans scrupules toutes les catégories d’âge : ainsi Lamartine précise clairement pour les enfants que « l’industrie [les] saisit au berceau et [les] emploie selon leur force » (l.2) càd que l’industrie n’hésite pas à tirer profit des plus jeunes et des plus faibles. Ainsi quand il n’y a plus de travail, c’est chaque famille càd « tout [le]peuple » (anaphore aux l.2, 3) qui sombre dans la précarité la plus forte qui soit d’où la métaphore finale à la ligne 4 : « tombe en haillons et en pourriture » = métaphore construite en 2 temps fondés sur une gradation : de la déchéance à la décomposition (sociale, physique et morale) qui tue l’ouvrier réduit à l’état de déchet par la société.

 

3. Lamartine affiche alors clairement son opposition et sa révolte (analyser registre polémique) face à ce comportement de la société qui, clairement, met à mort le peuple :

analyser l.9-11 : « Ns disons : non ! […] pain » : à travers l’emploi du pr. pers. 1ère pers. pl. « nous », il se fait le porte-parole de tous ceux qui rejettent l’indifférence de la société et va même jusqu’à établir un parallèle avec le passé dans le §2 quand les classes sociales supérieures subvenaient aux besoins premiers des classes inférieures à savoir les nourrir : analyser l.20-21 = parallélisme de construction dans les 4 propositions juxtaposées :

Sujets

« y »

Vb « nourrir » à l’imparfait

COD

-          le maître

-          le seigneur

-          le gouvernement

-          l’église

Répétit° du vb « nourrir » qui transforme l’antithèse sociale exprimée dans les binômes S/COD en binômes complémentaires car fondé sur l’idée de « charité »

-          l’esclave

-          le serf

-          le peuple

-          le mendiant

-          = « les anciennes sociétés » (l.19) s’inscrivant dans une approche historique : Antiquité – Moyen Age – époque moderne avec mise en valeur des deux pouvoirs : politique et religieux. Quelle que soit l’époque, les plus démunis avaient à manger (d’où l’emploi de l’imparfait de durée)

 

Conclusion /transition : Ainsi, Lamartine développe une satire du monde industriel qui crée la misère du peuple dès lors qu’il ne lui fournit pas de travail. Or la vie du peuple ne peut s’épanouir sans le fruit du travail, de son travail d’où…

II ) Lamartine prend ouvertement la défense du peuple (= plaidoyer) et réclame pour lui un travail car celui-ci est devenu pour le peuple un véritable « droit de vivre » càd un sésame à l’existence humaine.

 

1. L’ouvrier est demandeur de travail : dans les l.26 à 28, Lamartine rapporte en discours direct les paroles de l’ouvrier afin d’appuyer les revendications de celui-ci et de solliciter la corde sensible des industriels et des législateurs : cf. anaphore de « occupez-les » enrichie à chaque reprise (= rythme ternaire fondé sur une gradation) et mettant l’accent sur le présentatif « voilà mes bras » (l.26) qui valorise le travail manuel et l’investissement physique de l’ouvrier. En outre, il exprime clairement le fait que seul le salaire qu’il touche peut lui permettre d’exister càd de se nourrir et de se loger. Lamartine va dans son sens lorsqu’il définit la société de son temps de « société qui le condamne par sa condition au travail et qui lui refuse le travail » (l.6-7), soulevant ainsi le paradoxe qui associe jusqu’à l’indistinction l’ouvrier et son travail mais lui retire aussi ce travail

 

2.      Lamartine place d’ailleurs au c½ur de la vie de l’ouvrier le salaire :

 

-          analyse des l.2-3 : « tout ce peuple vit, multiplie, consomme, prospère pendant que le salaire les rétribue » = énumération de 4 verbes d’action mélioratifs qui démontre les effets vitaux du salaire sur l’existence de l’ouvrier qui s’inscrit alors dans une dynamique constructive pour lui-même mais également pour la société puisqu’il s’inscrit dans une démarche économique (/ consommation). Le salaire de l’ouvrier est alors indissociable de la prospérité de la société. Par contre, dès lors que l’ouvrier perd son salaire, la société se désolidarise de celui-ci et l’abandonne à son sort de misère d’où l’antithèse entre l’énumération des l.2-3 et celle des l.4-5 : vit ≠ chôme, multiplie ≠ souffre, consomme ≠ maigrit, prospère ≠ mendie+s’exténue.

-          Analyse des l.5-6 : « Peuple du salaire, né du salaire, ne vivant que par le salaire, il périt avec le salaire » : cette phrase propose une définition du peuple entièrement centrée sur la notion de salaire (répétition x4) qui ponctue chaque étape de la vie de l’ouvrier, de sa naissance (cf. la référence au berceau à la l.2) à sa mort. En outre, la négation restrictive  « ne vivant que par le salaire » ne laisse aucune échappatoire à l’ouvrier en dehors de son travail.

 

3. C’est pourquoi Lamartine revendique « le droit au travail » comme indissociable du « droit de vivre » puisque « le droit au travail n’est pas dans ce cas autre chose que le droit de vivre. Si vous reconnaissez le droit de vivre, vous devez reconnaître à ce peuple le droit au travail! » (l.11-12) : dans ces deux phrases, dont la première est attributive, Lamartine rend indissociables et réciproques les deux actions de travailler et de vivre c’est-à-dire d’exister en tant qu’individu inscrit dans « une société bien faite » (l.10-11). Pour que celle-ci le devienne, il faut alors ajouter un droit à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen puisque l’ère industrielle a changé la donne par rapport à 1789 : l’énumération de 5 GN pluriel (l.16-17) montre que la législation doit s’adapter aux aléas auxquels est confrontée la société française pour le bien et la sauvegarde du peuple. Une société qui laisse l’ouvrier « sans toit, sans pain pour loger et nourrir lui, sa femme et ses enfants » (l.24-25) est indigne et néglige une de ses richesses (à prendre d’abord au sens social puis au sens économiques) principales.

Sujet tombé à l’étranger

Par vadministrateur - publié le mardi 23 mai 2017 à 09:05 dans Sites de révision
Résultat de recherche d’images pour "entraînement dessin"

Figures de style

Par vadministrateur - publié le mercredi 28 septembre 2016 à 08:49 dans Sites de révision

Cours toujours

Par vadministrateur - publié le samedi 28 mai 2016 à 09:34 dans Sites de révision

Lien vers des questions posées à l’oral

Par vadministrateur - publié le vendredi 18 décembre 2015 à 02:52 dans Sites de révision
Classement par auteur

Ressource interne à WebLettres Questions envisageables pour l’oral du bac : le théâtre
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article299

Ressource interne à WebLettres Questions envisageables pour l’oral du bac : l’argumentation
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article300

Ressource interne à WebLettres Questions envisageables pour l’oral du bac : la poésie
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article301

Ressource interne à WebLettres Questions envisageables pour l’oral du bac : un mouvement littéraire et culturel
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article302

Ressource interne à WebLettres Questions envisageables pour l’oral du bac : Le Roman et ses personnages
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article870



Page précédente | Page 1 sur 2 | Page suivante
«  Juin 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930 

Liens

Derniers commentaires

- oui il en faudra de la chance merci ^^ (par Nicolas1S)
- francais (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement




Hit-parade