Des mots pour le dire

Les bonnes, Genet

Par vadministrateur - publié le mercredi 18 janvier 2017 à 07:04 dans 1ère

Clayssen, 2011


Pierangelo Summa et Richard Soudée, 2000


La cérémonie, Chabrol, 1995


Les blessures assassines, J.P.Denis, 2000


Mise en scène Rhinocéros

Par vadministrateur - publié le mercredi 18 janvier 2017 à 03:58 dans 1ère

Meursault coupable ?

Par vadministrateur - publié le mercredi 11 janvier 2017 à 09:14 dans 1ère

I) Coupable du meurtre mais pas responsable

Peut-on considérer sa condamnation à mort comme le résultat d’une erreur judiciaire ? Il est certain que les jurés se trompent en croyant que la crime a été prémédité et que Meursault est complice des activités de souteneur de Raymond. On notera encore que si l’arme se trouvait dans sa poche, c’est parce qu’il l’avait prise à Raymond, de peur que celui-ci s’en serve. Mais il est vrai que Meursault a fait montre d’insensibilité à la mort de sa mère, au point d’amorcer dès le lendemain une liaison amoureuse, vrai aussi qu’il a agressé l’Arabe alors que celui-ci ne songeait sans doute qu’à se défendre, vrai enfin qu’il a tiré sur son adversaire quatre fois, alors même que celui-ci était hors d’état de nuire. La valeur exemplaire du roman vient non du concours de circonstances qui place Meursault au coeur d’une affaire sordide, mais un enchaînement logique des faits qui met en cause la justice humaine.

Cet enchaînement logique, précisément, échappe à Meursault. Il ne lui était pas venu à l’esprit, avant la visite de son avocat, que la mort de sa mère pût jouer un rôle dans le procès; il ne voit pas pourquoi l’intelligence qu’on lui reconnaît sert d’argument contre lui; il lui faudra du temps pour s’habituer à l’étiquette de «criminel» que la société lui a normalement donnée aussitôt après le meurtre. (« C’était une idée à quoi je ne pouvais pas me faire ») . Enfin, il résiste en toute bonne foi, et non simplement pour se défendre, au système de causalité dans lequel le tribunal veut l’enfermer. L’important, pour les juges, est d’établir un rapport entre le criminel en puissance et le criminel accompli, de cerner le moment où Meursault a obéi aux mobiles de son crime, de définir les raisons du passage de l’acte. De même, l’important sera, pour ceux qui veulent l’aider ( l’aumônier et, dans une certaine mesure, le juge d’instruction) , de dissocier chez le criminel accompli ce qui est bon, donc susceptible de repentir, de ce qui est mauvais et doit être racheté, fût-ce par la mort.

Or, Meursault est incapable d’analyser sa personnalité, c’est à dire d’en distinguer les éléments, comme il est incapable de se séparer du cadre qui l’entoure. Sa réponse à l’avocat général : « C’était à cause du soleil » traduit le plus exactement possible la façon dont il considère un drame cosmique dans lequel il ne joue qu’un rôle accessoire. Cette réponse ne déclenche des rires dans l’assistance que parce que la société a pris l’habitude de considérer que la psychologie et la morale suffisent à rendre compte de tous nos actes.

Pour résumer, Meursault a toutes raisons de ne pas comprendre grand-chose au procès qu’on lui intente. D’abord, on rend sa conscience coupable d’un crime dont le premier responsable est le soleil (cette « grande brute », comme l’appelle Camus dans ses Carnets ). Ensuite, n’ayant pas conscience qu’il a volontairement dégainé et tiré, il ne comprend pas qu’on puisse lui couper la tête pour un acte commis par sa main. Mais, surtout, il ne peut admettre qu’au nom d’une conception globale de la personnalité, on juge l’accusé pour autre chose que le délit lui-même, en particulier pour la mort de sa mère dont il n’est aucunement responsable. Aux yeux de la société, Meursault est par nature un criminel, donc il a tué (ce que traduit éloquemment le mot de l’avocat général : « J’accuse cet homme d’avoir enterré sa mère avec un coeur de criminel »; à ses propres yeux, il a tué, donc il doit s’habituer à l’idée d’être traité en criminel.

Il reste à expliquer, sur un plan psychologique, pourquoi Meursault pressent le malheur du moment où il commet le meurtre : ( « et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur ». Tout le récit du meurtre montre qu’il se sent moins coupable d’un acte délibéré que la cause involontaire d’une destruction de l’équilibre du monde.

II.Coupable d’être étranger

Il est l’homme de l’immédiat, de l’ouverture au monde

Un personnage sensuel.Meursault est très sensible à la nature qui l’entoure, aux variations de la lumière, aux messages que lui envoient ses cinq sens. Ex. chapitre II de la première partie : il ne cesse de faire des remarques concernant la météorologie : « Il faisait bon », « L’après-midi était beau », « le ciel s’est assombri, et j’ai cru que nous allions avoir un orage d’été. », « l’air avait fraîchi et j’ai eu un peu froid ». De plus, il passe son temps à regarder les gens qui se promènent dans la rue et à les décrire très précisément : « deux petits garçons en costume marin, la culotte au-dessus du genou, un peu empêtrés dans leurs vêtements raides, et une petite fille avec un gros n½ud rose et des souliers noirs vernis. Derrière eux, une mère énorme en robe de soie marron […]. » Il convient d’ajouter à ceci tout l’érotisme que le personnage de Marie apporte dans le texte, depuis les caresses clairement évoquées jusqu’à « l’odeur de sel que ses cheveux avaient laissée » dans le lit.
Meursault peut être prisonnier de ses sens : parfois les sensations sont tellement fortes qu’elles le submergent et l’anéantissent presque : c’est le cas lors de l’enterrement de sa mère, et sur la plage, lorsqu’il tue l’Arabe « à cause du soleil ».
Un homme indifférent ? Meursault n’est que sensibilité, contact avec la nature, mais il est obligé de vivre parmi les hommes. Et il ne parvient pas à « jouer le jeu » social. Ce que la société attend de lui, il ne sait pas le lui donner. Il aurait dû pleurer à l’enterrement de sa mère, ne pas fumer, demander à voir le corps, etc. mais il a fait ce qu’il ressentait l’envie ou la possibilité de faire. C’est cela qui lui sera reproché, et le conduira à la mort. Il n’aurait pas dû aller voir un film de Fernandel le lendemain soir, ni commencer une « liaison irrégulière », comme le lui reprochera l’avocat général.Est-il indifférent ? Ce n’est pas si simple : il apprécie Marie, la trouve « très belle » (II 2), même s’il est incapable de le lui dire. Sa mère, il ne la nomme jamais autrement que « maman », ce qui est un terme d’affection. Au fond, il aimerait bien donner aux autres ce qu’ils lui demandent, mais il ne sait pas comment faire. À son patron qui s’inquiète de son absence, il répond assez stupidement : « Ce n’est pas de ma faute. » (I 1) À Marie qui lui demande de l’épouser , il répond oui, mais en lui précisant qu’il ne l’aime pas et qu’il aurait répondu la même chose à quelqu’un qui lui aurait demandé dans les mêmes circonstances. Il se prête à toutes les demandes de Raymond, tout en sachant que ce dernier ne vaut pas grand chose.Il ne connaît pas les règles du jeu social, et elles lui semblent sans importance, voire sans valeur. Meursault est une énigme vivante aux autres d’abord : étonnement et indignation des autres devant son indifférence à l’amour, à la mort, scandale pour le juge d’instruction qui le traite d’antéchrist, pour le procureur qui juge l’homme sans c½ur, sans larmes devant le tombeau de sa mère… Mais il est une énigme pour lui-même : en prison, dans le fond de sa gamelle, il reconnaît avec peine son propre reflet. Cette impossibilité de « réfléchir » aux deux sens du terme, c’est à dire renvoyer une image et penser, fait de lui un aveugle : « itinéraire d’aveugle » dit-il lui-même. Ainsi, pendant le procès, par un effet de dédoublement étrange, il a en fixant le public « l’impression bizarre d’être regardé par moi-même ».

Un homme absurde.Longtemps il s’en accommode pourtant, faisant semblant, tout en percevant leur absurdité. Mais finalement on lui demande trop fortement de jouer le jeu, et il refuse. Sa révolte monte de manière presque insensible lors de son procès. Le jeu social est alors à son maximum : l’aspect théâtral des débats de la justice, surtout quand il en vient à mettre en cause ses amis et sa maîtresse, lui est insupportable.Mais finalement, c’est un autre aspect de ce jeu social, tout aussi rituel que l’institution judiciaire qui va faire « crever quelque chose en [lui] », la religion. Il a dès son arrestation ou presque été mis en contact avec le fanatisme religieux, en la personne du juge d’instruction. À la fin du roman, c’est l’aumônier de la prison qui déclenche la prise de conscience finale. En fait ces deux personnages, mais tous ceux qu’il croise aussi bien, somment Meursault de trouver un sens au monde. Et lui s’y refuse obstinément. D’abord avec une sorte d’inertie (tant qu’il est libre, il montre une forme de passivité aux êtres et aux choses), puis en une révolte violente dans le dernier chapitre. Pour Meursault, le monde n’a pas de sens, il n’est que sensations. Et il refuse de revenir sur cette manière de voir le monde. Finalement il accepte la mort pour rester fidèle à lui-même.
Pour mieux comprendre Meursault, il faut se reporter à l’essai écrit par Camus la même année que
l’Étranger, le Mythe de Sisyphe. Il y présente le personnage de la mythologie grecque comme un symbole de l’absurdité du monde. Face à cette dernière, Camus entrevoit, pour tout homme conscient, trois possibilités : le héros absurde, le suicidaire et le croyant :
* Le héros absurde fait face à l’absurdité de la vie. Il va même jusqu’à l’apprécier, recherchant toujours la même flamme, la même passion qui l’anime.
* Le suicidaire ne voit plus aucun sens à sa vie et fait le « Grand Saut ».
* Le croyant, quant à lui, se livre tout entier à une cause.
Meursault peut ressemble plutôt au suicidaire, puisqu’il accepte la mort imposée par une société aux critères de laquelle il refuse de correspondre. Toutefois, même s’il n’est pas un héros au sens plein du terme, c’est son souci de la vérité, placé au-dessus de tout, qui le condamne, ce qui n’est pas sans grandeur tragique. Meursault n’est pas un désespéré qui se supprimerait par pessimisme, par angoisse face aux tourments de l’existence qui ne lui offre pas ce qu’il désire, face à un monde absurde et donc désespérant. Meursault
sait qu’il a été heureux jusqu’au meurtre et, s’il l’est peut-être moins une fois emprisonné, il est comme Sisyphe parfaitement conscient de ce qui lui importe. C’est ce qui explique sa révolte finale contre l’aumônier.

Quelles significations donner au titre du roman ?
* Qui est d’une autre nation : Meursault est un Français qui vit en Algérie.
* Qui n’appartient pas à un groupe (social, familial) (différent, distinct, isolé) : Meursault ne respecte pas les conventions sociales (deuil, fume à l’enterrement, relation avec Marie et film le lendemain).
* étranger à quelqu’un, inconnu : Meursault nous parait étrange (différent de « étranger ») : on ne le connaît pas bien à la fin et les autres personnages non plus. Il est étranger à lui-même (il ne se reconnaît pas dans le miroir, il est sérieux alors qu’il sourit, sa main est étrangère à son c½ur et à son esprit quand il tire sur l’Arabe).
* étranger à quelque chose : indifférent devant son patron, devant Marie, il déconcerte son avocat, parait indifférent à la mort de sa mère.
Mais, avant son jugement, Meursault ne se sent pas un étranger : il est en accord avec la nature (il aime la mer, le soleil). Il ne se pose pas de questions à propos des rapports humains, il les vit et s’en étonne (quand Raymond lui offre son amitié ou Marie son amour). Sa passivité peut nous sembler étrange (il passe des journées entières à son balcon ; routine bureau-manger ; il ne vit plus que dans une seule pièce ; il ne descend pas chercher du pain…).
Changement avec le procès : Meursault se sent étranger, a l’impression que l’affaire est traitée en dehors de lui. Il assiste à son procès comme à un spectacle, il est dépaysé car il n’y a pas été préparé (il est étranger à cette affaire). On le tient à l’écart alors qu’il devrait avoir le premier rôle (satire de la justice qui fonctionne en ignorant le principal intéressé). De même qu’il n’était pas lui-même lors du meurtre, le soleil l’avait changé.

Hopper

Par vadministrateur - publié le dimanche 4 décembre 2016 à 03:01 dans 1ère

Discours Stockholm Camus

Par vadministrateur - publié le lundi 14 novembre 2016 à 12:39 dans 1ère


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