Des mots pour le dire

Progression

Par vadministrateur - publié le mercredi 5 avril 2017 à 08:23 dans 1SB


LYCEE JEAN BODIN / LES PONTS DE CE 2016-2017


DESCRIPTIF DES LECTURES ET DES ACTIVITÉS DE LA CLASSE DE 1SB Mme Tabuteau


NOM PRÉNOM :


Parcours 1

LECTURES ANALYTIQUES

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

OBJET D’ÉTUDE : La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours


PROBLÉMATIQUE :L’homme est-il bête de croire la bête bête?


Axes d’étude:

-> Le genre de la science-fiction, sa proximité avec les sciences et la littérature d’idées

L’argumentation directe et indirecte

Qui est Darwin ? Qu’est-ce que le darwinisme ? Différence entre le créationnisme et l’évolutionnisme

L’homme et l’animal : une question d’intelligence ?



Lectures cursives : Au choix

La planète des singes, Pierre Boulle 1963

Les animaux dénaturés, Vercors, 1952 (roman ou pièce)

Pourquoi j’ai mangé mon père, Roy Lewis 1960


Production : faire un livret autour des écrits d’invention à partir de la lecture cursive ( préface, interview de l’auteur, lettre d’un personnage...)


LA 1 :Un apologue : peut-on parler de saut qualitatif de l’animal à l’homme ?

Les Animaux dénaturés, Vercors, 1952





LA 2 : L’argumentation directe, Voltaire, article « Bêtes », Dictionnaire philosophique, 1764


LA 3 : Une dystopie : La Planète des singes, Chap II Pierre Boulle,1963


LA 4 : La psychologie expérimentale

Pierre Boulle, La planète des singes, Chap XVI, 1963


Doc 1 : Corpus  sur la persistance de la bestialité chez l’homme

H.G.Wells, L’île du docteur Moreau, 1896, chap XIV

Extraits du film de Rupper Wyatt, La Planète des singes : Les origines, 2011


Doc 2 :L’homme seul est responsable de son inhumanité

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.1755


Doc 3 :Que mesure réellement les tests d’intelligence ?

J.M.Coetzee, Elisabeth Costello



Doc 4 : Utilisation de la théorie de l’évolution de nos jours. Clip de Coldplay, Lifetime

Parcours 2



OBJET D’ÉTUDE : Le personnage de roman du XVIIè à nos jours

PROBLÉMATIQUE :Meursault est-il coupable ?


Axes d’étude:

L’absurde

Le personnage de roman, le héros,l’anti-héros

La culpabilité


Lecture transversale : le soleil, la mer, les personnages secondaires doubles de Meursault


Production : Choix d’un tableau de Hopper et réécriture théâtrale d’un extrait puis mise en scène/ court-métrage





Oeuvre intégrale : Camus, L’Etranger, 1942


LA 1 L’incipit, « Aujourd’hui, maman est morte...deux heures de route. »



LA 2 Le meurtre, « J’ai pensé...porte du malheur »




LA 3 Le procès, commentaire comparé du réquisitoire et du plaidoyer

Comment l’utilisation du discours sert-elle la notion de détachement ?




LA 4 L’épilogue, « Lui parti...cris de haine. »




Doc 1 : Une réécriture : Incipit de Kamel Daoud, Meursault contre-enquête, 2013


Doc 2 :

Le sentiment d’absurde

- Camus, Le mythe de Sisyphe, « Il arrive que les décors...c’est l’absurde »1942

- Camus, L’homme révolté, « Voici le premier progrès...donc nous sommes. », 1954

L’étranger vus par d’autres :

-Baudelaire, L’étranger, Spleen de Paris, 1862

-Sartre, Explications de l’Etranger, « Un homme parle...significations » 1943

-Hopper, Excursion into philosophy, 1959 (Hda)


Doc 3 : Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, « Je m’installe...le mordre. »= > un étranger « moderne »

Parcours 3



OBJET D’ÉTUDE : Le théâtre texte et représentation


Séquence 1

PROBLÉMATIQUE : Dans quelle mesure le théâtre de l’absurde est-il engagé ?


Axes :

L’originalité de l’écriture scénique de Ionesco

Une farce tragique

Le théâtre de l’absurde

Le thème de la métamorphose du personnage et l’engagement

L’évolution de Bérenger


Production : Faire la maquette de la scène d’exposition sous un format numérique ou en réalité avec une fiche rassemblant les notes d’intention de votre mise en scène


Oeuvre intégrale : Ionesco, Rhinocéros, 1957


LA 1 la scène d’exposition, « Décor, une place...se sont assis »


LA 2 1ère apparition, « Nous avons fêté l’anniversaire...se mouche », Acte I



LA 3 Métamorphose de Jean, « Réfléchissez voyons...piétinerai », Acte II, tableau II



LA 4 Monologue final, « C’est moi...capitule pas. »


Doc 1 : Extraits de Présent passé, passé présent, Ionesco et son ½uvre



Doc 2 : La mise en scène : interview E. Demarcy-Mota, +Photos J.L.Barrault







Doc 3 : Lorsque j’étais une oeuvre d’art, d’Eric-Emmanuel Schmitt

La tentation de la métamorphose

Séquence 2


PROBLÉMATIQUE : Comment le théâtre traite-t-il la représentation de la violence à travers le personnage du criminel ?


Axes :

La tragédie, respect des règles et écarts

La mise en scène, les métiers, une relecture du texte

Les rapports de force entre personnages sur scène


Lectures cursives : Au choix

Huis-clos Sartre ; Camus, Les justes, Grumberg, L’Atelier

LA 1 Jean Giraudoux, Électre, acte II, scène 9 (extrait), 1937.





LA 2 Camus, Les justes, « Tous regardent Kaliayev...la révolution triomphe. »Acte II, 1949





LA 3 Genet, Les bonnes, Le monologue de Solange « Hurlez si vous voulez...nous sommes perdues »






LA 4 Mouawad, Incendies, 4è partie,sc 31 « Un jeune homme en haut d’un immeuble...Kurk »,2009

Doc 1 : Corpus

Pierre Corneille, Horace, acte IV, scène 5 (extrait), 1641./ Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 11, 1834/

=> Comment les extraits du corpus parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?






Doc 2 :Extrait de Comment jouer Les Bonnes de Genet

Doc 2 bis : Adaptations théâtrales (Pierangelo Summa et Richard Soudée, 2000 Clayssen, 2011) et cinématographiques (Chabrol, 1995 et Denis, 2000)



Doc 3 :Documents pour la mise en scène (3 Photogrammes de Nihad, paroles de la chanson de Supertramp)


Parcours 4



OBJET D’ÉTUDE :Écriture poétique et quête de sens


Séquence 1

PROBLÉMATIQUE : Comment le motif du corps féminin évolue-t-il en poésie ?


Axe:

Le blason classique, multiple 

Poésie en prose, réécriture

Modernisation du blason par l’écriture surréaliste

Les arts et le blason 


Production : Sujet d’invention, atelier d’écriture sur le blason

LA 1 Le front, Maurice Scève, 1536



LA 2 Le serpent qui danse, Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857


LA 3 Un hémisphère dans une chevelure, Baudelaire, Spleen de Paris, 1869



LA 4 La courbe de tes yeux, Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926


Doc 1 : Clément Marot, 1535, Le beau tétin, le laid tétin, Blason et contre blason





Doc 2 : La chevelure, Baudelaire

La réécriture



Doc 3 : Ingres, Le bain turc, Manet, Le déjeuner sur l’herbe, Man Ray, Le violon d’Ingres,

=> les femmes dans les arts

Séquence 2

Oeuvre intégrale : Les Fleurs du Mal, 1857


PROBLÉMATIQUE : La femme vue par Baudelaire : muse ou objet de dégoût ?


Axes :

La femme dans le recueil (incarnation du Mal, femme idéale, s½ur, mère)

Ambivalence du sentiment amoureux,blâme et éloge

Une forme fixe:le sonnet pour une femme idéale

Le memento moris, objet du désir


Production : synthèse sur Baudelaire et les femmes par recherche sur le site Gallica et par entrée de termes

LA 1 Préface, Au lecteur, «  La sottise...mon frère. »



LA 2 Parfum exotique



LA 3 A celle qui est trop gaie



LA 4 Une charogne





Doc 1 : HDA

Manet, Lola de Valence et quatrain de Baudelaire, 1862

Manet, Jeanne Duval, 1862




Doc 2 :

Ronsard, Quand vous serez bien vieille, 1524

Ronsard, A Cassandre, 1524




Visa et signature du proviseur signature du professeur

LA n°1: Vercors

Par vadministrateur - publié le samedi 7 janvier 2017 à 03:51 dans 1SB

Des anthropologues partis à la recherche du «chaînon manquant » (hypothétique créature intermédiaire entre l’homme et le singe) découvrent celui-ci sous forme d’une population vivante. L’espèce est nommée Paranthropus greamiensis .Un homme d’affaires nommé Vancruysen imagine d’en faire une main-d’½uvre à bon marché, sans salaires ni droits, pour une usine de lainage. Dès lors, les anthropologues comprennent qu’il faudra bien répondre à la question « les tropis sont-ils des hommes ? »


En comparant l’intelligence de l’homme et de la bête, reprit Sir Arthur, le professeur Rampole nous a en somme moins parlé de quantité que de qualité. Il a même précisé qu’il en va toujours ainsi dans la nature

: une petite différence de quantité peut provoquer une mutation brusque, un changement total de qualité. Par exemple, si l’on chauffe de l’eau, on peut lui ajouter des quantités de calories sans qu’elle change d’état. Et puis, à un certain moment, un seul degré suffit pour qu’elle passe de l’état liquide à l’état gazeux. N’est-ce pas ce qui s’est passé pour l’intelligence de nos ancêtres? Un petit supplément de quantité dans les liaisons cérébrales –peut-être même insignifiant –lui a fait faire un de ces sauts qui a déterminé un changement total de qualité. De sorte...

C’est une opinion subversive, dit le gentleman aux manchettes.

Pardon ?

J’ai lu des choses pareilles dans... je ne sais plus. Mais enfin, c’est du pur matérialisme bolchevik. C’est une des trois lois de leur dialectique.

Le professeur Rampole, dit Sir Kenneth, est le neveu de l’évêque de Crewe. Sa femme est la fille du recteur Clayton. La mère du recteur est une amie de la mienne, et Sir Peter lui-même est un excellent chrétien.

Le gentleman tira ses manchettes et considéra les poutres du plafond avec affectation.

Le professeur Rampole, continuait Sir Arthur, a précisé ce changement de qualité: la différence entre l’intelligence de l’homme de Néandertal et celle d’un grand singe ne devait pas être bien grande en quantité. Mais elle a dû être énorme dans leur rapport avec la nature: l’animal a continué de la subir.

L’homme a brusquement commencé de l’interroger.

Eh bien... s’écrièrent ensemble le doyen et le gentleman aux manchettes, mais Sir Arthur ne se laissa pas interrompre.

Or, pour interroger, il faut être deux: celui qui interroge, ce-lui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu

ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes.

Quelques secondes passèrent avant qu’on entendît le colonel Strang murmurer:

Ce n’est pas sot. Ça explique la pédérastie.

Ça explique, dit Sir Arthur, que l’animal n’ait pas besoin de fables ni d’amulettes: il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout unique animal sur terre «qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien» –pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes: des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? N’est-ce pas l’absence même, chez l’animal, de ces inventions aberrantes qui nous prouve l’absence aussi de ces interrogations terrifiées ?

On le regarda sans rien dire.

Mais alors, si ce qui a fait la personne –la personne consciente, et son histoire –est bien cet arrachement, cette indépendance, cette lutte, cette dénature; si, pour admettre une bête parmi les hommes, il faut qu’elle ait sauté ce pas douloureux; à quoi, à quel signe enfin reconnaîtra-t-on qu’elle l’a fait ?

On ne répondit pas.


Vercors, Les Animaux dénaturés(1952)


White god

Par vadministrateur - publié le dimanche 2 octobre 2016 à 04:50 dans 1SB

Synopsis:

Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili adore son chien Hagen mais son père l’abandonne. Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen découvre la cruauté des hommes. Il rejoint une bande de chiens prêts à fomenter une révolte contre les hommes. Prix Un Certain Regard à Cannes 2014, et Palm Dog la même année pour le premier rôle canin.



Interview du réalisateur

Certains de vos précédents films se servaient d’allégories de manière très sobre et minimaliste, comme Delta ou The Frankenstein Project. White God emprunte lui au cinéma de genre et il se situe pourtant davantage dans une réalité sociale que vos précédentes réalisations. Comment avez-vous travaillé sur ce paradoxe ?

La réalité dans l’Europe de l’est a beaucoup changé ces 5 dernières années. Ce qui était lent est devenu très rapide, il n’y a plus d’idéologies claires, et l’agression a pris la place de la mélancolie. Tout cela constitue un vrai défi pour nous, ça nécessite une autre façon de faire du cinéma. Après avoir longtemps pensé à cela, j’ai décidé d’utiliser les vestiges du cinéma de genre.White God débute comme un film familial, se transforme en film d’action avec des éléments sociaux, et se poursuit comme un thriller. C’est une manière pour le public de ressentir et de comprendre le cauchemar commun de l’Europe de l’est.

Question idiote – mais peut-être pas totalement : pensez-vous que White God aurait fonctionné avec un autre animal que le chien ?

Non, ça n’aurait pas marché. Il n’y a pas d’autres espèces ainsi façonnées par l’homme. De plus, il n’y a qu’à travers les chiens que j’avais la possibilité de démontrer comment un groupe oppressé peut devenir totalement déchainé.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le titre mystérieux, White God, que vous avez choisi ?

Il n’y a pas de mystère à vrai dire autour de ce titre. Toute l’histoire est racontée du point de vue des chiens en tant qu’espèce soumise aux discriminations de race par les hommes. Qui se comportent comme s’il étaient des dieux. Le film raconte à quoi pourrait ressembler la révolte de ceux qui sont assujettis.

Comment avez-vous filmé les séquences impressionnantes des chiens courant dans les rues ?

Le dressage, l’entrainement et les répétitions ont pris trois mois. Les chiens étaient classés par groupes et étaient entrainés à suivre la tête de chaque groupe. Puis, ils ont appris à coopérer entre groupes et finalement avec nous. C’était également une grande expérience pour moi de voir deux espèces travailler ensemble.

White God est vraiment un film unique en son genre. D’autres films vous ont-ils servi d’inspiration ?

Oh, oui. Des films traitant de l’irrationnel, comme Jurassic Park de Steven Spielberg ou Au hasard Balthazar de Robert Bresson, ou bien des mélodrames classiques comme les films de Douglas Sirk. J’ai aussi beaucoup appris des longs métrages hongrois des années 80, des films de la Budapest School.

Entretien réalisé le 20 août 2014.

Voltaire et la souffrance animale

Par vadministrateur - publié le mardi 27 septembre 2016 à 11:35 dans 1SB

Voltaire,"Bêtes"

Par vadministrateur - publié le lundi 19 septembre 2016 à 12:54 dans 1SB

Voltaire, article "Bêtes"


Le Dictionnaire philosophique  est une ½uvre, publiée en 1764 .S’appuyant sur la critique faite dès le départ de la vision « mécaniste » de Descartes,  Voltaire défend un point de vue radicalement différent des animaux, au nom de l’expérience. La conception qu’a Voltaire de l’animal doit énormément à la doctrine de Locke. L’Essay défend l’idée que les animaux pensent, qu’ils donnent des preuves manifestes de leur entendement, même si la parole leur manque pour en témoigner. L’empirisme, en niant le caractère inné des connaissances et de l’entendement, ne prive pas absolument les bêtes de raison. Elles y ont accès, en proportion du nombre et de l’acuité de leurs sens. La raison cesse d’être ainsi le monopole de l’homme, même si, grâce à elle, il se place au dessus de la bête. C’est en s’appuyant sur les analyses de Locke que Voltaire condamne durement les théories cartésiennes. Tout en récusant l’idée d’une « chaîne des êtres créés », Voltaire défend fermement la thèse du continuisme entre l’homme et l’animal  L’écart entre eux et nous serait de degré et non pas de nature ; l’humanité ne constituerait pas une exception dans l’univers créé.

Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines, privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. !

Quoi ! cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l’attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, et en cercle sur arbre ; cet oiseau fait tout de la même façon ? Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois, n’en sait-il pas plus au bout de ce temps, qu’il en savait avant tes leçons ? Le serin à qui tu apprends un air, le répète-t-il dans l’instant ? N’emploies-tu pas un temps considérable à l’enseigner ? N’as-tu pas vu qu’il se méprend et qu’il se corrige ?

Est-ce parce que je te parle, que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Eh bien, je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez toi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance.

Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses.

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques1. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste; la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu’il ne sente pas ? A-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature.

(...)Écoutez d’autres bêtes raisonnant sur les bêtes; leur âme est un être spirituel qui meurt avec le corps: mais quelle preuve en avez vous ? Quelle idée avez-vous de cet être spirituel, qui, à la vérité, a du sentiment, de la mémoire, et sa mesure d’idées et de combinaisons, mais qui ne pourra jamais savoir ce que sait un enfant de six ans. Sur quel fondement imaginez-vous que cet être qui n’est pas corps périt avec le corps ? Les plus grandes bêtes sont ceux qui ont avancé que cette âme n’est ni corps ni esprit. Voilà un beau système. Nous ne pouvons entendre par esprit que quelque chose d’inconnu qui n’est pas corps: ainsi le système de ces messieurs, revient à ceci, que l’âme des bêtes est une substance qui n’est ni corps ni quelque chose qui n’est point corps.

D’où peuvent procéder tant d’erreurs contradictoires ? de l’habitude où les hommes ont toujours été d’examiner ce qu’est une chose, avant de savoir si elle existe. On appelle la languette, la soupape d’un soufflet, l’âme du soufflet. Qu’est-ce que cette âme ? C’est un nom que j’ai donné à cette soupape qui baisse, laisse entrer l’air, se relève, et le pousse par un tuyau, quand je fais mouvoir le soufflet.

Il n’y a point là une âme distincte de la machine. Mais qui fait mouvoir le soufflet des animaux ? Je vous l’ai déjà dit, celui qui fait mouvoir les astres. Le philosophe qui a dit : Deus est anima brutorum2, avait raison : mais il devait aller plus loin.


1. mésaraïques : veines de l’intestin

2. Voltaire réfute précisément la distinction entre une âme animale périssable et une âme humaine. C’est le principe divin qui "anime" toute chose sans distinction.


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