Des mots pour le dire

Doc complémentaire 2: Rousseau

Par vadministrateur - publié le jeudi 8 juin 2017 à 12:48 dans 1SB

Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est un essai du philosophe Jean-Jacques Rousseau publié en 1755. Le projet de Rousseau est de montrer que l’homme seul est responsable de son inhumanité : ni Dieu, ni la nature ne sont en cause. Ainsi si l’homme chute dans le mal, ce n’est qu’un effet pervers de sa liberté, de sa raison, de sa volonté. Le texte commence par une définition de l’animal, « une machine ingénieuse », une définition qui permet de mieux cerner ce qu’est l’homme, « une machine humaine ».


        Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre. L’un choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté; ce qui fait que la bête ne peut s’écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire, et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice. C’est ainsi qu’un pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur des tas de fruits ou de grain, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne, s’il s’était avisé d’en essayer. c’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès qui leur causent la fièvre et la mort ; parce que l’esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore, quand la nature se tait.Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ses idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme que de tel homme à telle bête ; ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression,mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme : car la physique explique en quelque manière le mécanisme des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir ou plutôt de choisir, et dans le sentiment de cette puissance on ne trouve que des actes purement spirituels, dont on n’explique rien par les lois de la mécanique.


Rousseau, discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.1755


Eléments d’analyse
Situation du passage
Ce texte distingue l’homme et l’animal du point de vue métaphysique c’est à dire de la liberté par quoi l’homme s’élève au-dessus des sens et de leurs mécanismes.Il peut s’écarter de la nature, avec des conséquences qui semblent à Rousseau désastreuses.


ne ... que : signifie seulement = rien d’autre que.
machine ingénieuse: Rousseau reprend cela à Descartes. L’animal est une machine, un mécanisme très sophistiqué, si bien construit qu’il a été construit par Dieu.
sens: d’évidence, l’animal voit et entend.
se garantir = se protéger. L’animal n’invente pas des armes et des pièges. S’il est surpris, il est perdu.

J’aperçois: ici il ne s’agit plus de voir avec ses yeux une machine mais il s’agit d’apercevoir ce qu’on ne voit pas avec les yeux: la liberté ne se voit pas.On aperçoit avec son  esprit et avec sa raison on compare, ce qui se ressemble et se qui diffère.
machine humaine: il s’agit du corps et des sens.
différence: si l’instinct fait tout dans l’animal, ce n’est pas le cas chez l’homme. L’homme concourt c’est à dire collabore avec la machine en qualité d’agent libre c’est à dire comme auteur d’une action qui correspond à un choix délibéré.Ainsi, alors que l’animal choisit et rejette instinctivement l’homme choisit par un acte de liberté.

ce qui fait que: Rousseau tire les conséquences de ce qui vient d’être écrit. Même quand cela assurerait sa survie, le mécanisme de la bête suit la règle selon laquelle il a été construit. Au contraire l’homme peut s’écarter de ce mécanisme naturel et parfois il lui en coûte très cher. Sa liberté lui fait du tort.

Rousseau donne des exemples pour illustrer sa thèse: c’est ainsi que signifie, par exemple.
Si le pigeon meurt de faim ...
Les hommes dissolus: ceux qui font des excès, des orgies sans modération, s’écartent de la règle naturelle au risque de tomber malade ou même de mourir.
L’esprit déprave les sens: dépraver c’est altérer, détourner d’un mécanisme naturel bienfaisant: la liberté de goûter à tout excessivement écarte les hommes de la frugalité naturelle.
Quand la nature se tait: quand l’on est rassasié, que le besoin est endormi ...
La volonté parle encore: la volonté exige toujours plus.


Points communs entre l’homme et l’animal dans les deux premières phrases du premier paragraphe et dans la première phrase du suivant.

Champ lexical de la mécanique : la vie et l’autoconservation ; intelligence : par sens et combinaison des idées.

À l’aide du passage « Tout animal a des idées... de tel homme à telle bête » : la différence de degré d’intelligence ne permet pas de définir un homme.

Opposition fondamentale : liberté/obéissance à l’instinct.

Exemple du pigeon et du chat : exemple explicatif, faire comprendre par l’image.

Conclut par l’absence de supériorité

L’animal est le cas générique, Rousseau ne semble pas dire que l’homme n’est pas un animal mais un animal spécifique ; c’est pourquoi, il commence par évoquer ce qu’il en est de tout animal pour mieux saisir la spécificité de l’homme. Ce passage se présente comme une définition paradoxale des animaux : définition parce que Rousseau statue sur ce qui caractérise essentiellement l’entité animale (a) le fait d’être un mécanisme, (b) capable de se remonter soi-même, (c) capable de se défendre et de se réparer (cicatrisation...). On pourrait se demander si Rousseau n’introduit pas une analogie entre la machine et la vie pourtant Rousseau, dans ce texte, ne dit pas le vivant est comme une machine mais qu’il est une machine, seulement les spécificités de cette machine l’éloignent d’un mécanisme artificiel.

Rousseau introduit la notion d’agent par opposition à l’animal qui est agi ; c’est pourquoi, l’animal n’agit pas au sens propre mais son comportement est dicté par la nature, alors que l’homme agit parce qu’il détermine lui-même son comportement : « l’homme concourt aux siennes en qualité d’agent libre ».

Le fait, pour l’homme de ne pas voir son comportement dicté par la nature, n’a-t-il pas des conséquences du point de vue de l’évolution de l’homme : l’homme n’évolue pas il a une histoire qui varie en fonction des règles de conduites qu’il se donne (traditions...) ? Alors que l’animal est aujourd’hui ce qu’il sera pour toujours, l’homme change et remet sans cesse en cause ses principes de vie.





Progression

Par vadministrateur - publié le mercredi 5 avril 2017 à 08:23 dans 1SB


LYCEE JEAN BODIN / LES PONTS DE CE 2016-2017


DESCRIPTIF DES LECTURES ET DES ACTIVITÉS DE LA CLASSE DE 1SB Mme Tabuteau


NOM PRÉNOM :


Parcours 1

LECTURES ANALYTIQUES

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

OBJET D’ÉTUDE : La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours


PROBLÉMATIQUE :L’homme est-il bête de croire la bête bête?


Axes d’étude:

-> Le genre de la science-fiction, sa proximité avec les sciences et la littérature d’idées

L’argumentation directe et indirecte

Qui est Darwin ? Qu’est-ce que le darwinisme ? Différence entre le créationnisme et l’évolutionnisme

L’homme et l’animal : une question d’intelligence ?



Lectures cursives : Au choix

La planète des singes, Pierre Boulle 1963

Les animaux dénaturés, Vercors, 1952 (roman ou pièce)

Pourquoi j’ai mangé mon père, Roy Lewis 1960


Production : faire un livret autour des écrits d’invention à partir de la lecture cursive ( préface, interview de l’auteur, lettre d’un personnage...)


LA 1 :Un apologue : peut-on parler de saut qualitatif de l’animal à l’homme ?

Les Animaux dénaturés, Vercors, 1952





LA 2 : L’argumentation directe, Voltaire, article « Bêtes », Dictionnaire philosophique, 1764


LA 3 : Une dystopie : La Planète des singes, Chap II Pierre Boulle,1963


LA 4 : La psychologie expérimentale

Pierre Boulle, La planète des singes, Chap XVI, 1963


Doc 1 : Corpus  sur la persistance de la bestialité chez l’homme

H.G.Wells, L’île du docteur Moreau, 1896, chap XIV

Extraits du film de Rupper Wyatt, La Planète des singes : Les origines, 2011


Doc 2 :L’homme seul est responsable de son inhumanité

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.1755


Doc 3 :Que mesure réellement les tests d’intelligence ?

J.M.Coetzee, Elisabeth Costello



Doc 4 : Utilisation de la théorie de l’évolution de nos jours. Clip de Coldplay, Lifetime

Parcours 2



OBJET D’ÉTUDE : Le personnage de roman du XVIIè à nos jours

PROBLÉMATIQUE :Meursault est-il coupable ?


Axes d’étude:

L’absurde

Le personnage de roman, le héros,l’anti-héros

La culpabilité


Lecture transversale : le soleil, la mer, les personnages secondaires doubles de Meursault


Production : Choix d’un tableau de Hopper et réécriture théâtrale d’un extrait puis mise en scène/ court-métrage





Oeuvre intégrale : Camus, L’Etranger, 1942


LA 1 L’incipit, « Aujourd’hui, maman est morte...deux heures de route. »



LA 2 Le meurtre, « J’ai pensé...porte du malheur »




LA 3 Le procès, commentaire comparé du réquisitoire et du plaidoyer

Comment l’utilisation du discours sert-elle la notion de détachement ?




LA 4 L’épilogue, « Lui parti...cris de haine. »




Doc 1 : Une réécriture : Incipit de Kamel Daoud, Meursault contre-enquête, 2013


Doc 2 :

Le sentiment d’absurde

- Camus, Le mythe de Sisyphe, « Il arrive que les décors...c’est l’absurde »1942

- Camus, L’homme révolté, « Voici le premier progrès...donc nous sommes. », 1954

L’étranger vus par d’autres :

-Baudelaire, L’étranger, Spleen de Paris, 1862

-Sartre, Explications de l’Etranger, « Un homme parle...significations » 1943

-Hopper, Excursion into philosophy, 1959 (Hda)


Doc 3 : Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, « Je m’installe...le mordre. »= > un étranger « moderne »

Parcours 3



OBJET D’ÉTUDE : Le théâtre texte et représentation


Séquence 1

PROBLÉMATIQUE : Dans quelle mesure le théâtre de l’absurde est-il engagé ?


Axes :

L’originalité de l’écriture scénique de Ionesco

Une farce tragique

Le théâtre de l’absurde

Le thème de la métamorphose du personnage et l’engagement

L’évolution de Bérenger


Production : Faire la maquette de la scène d’exposition sous un format numérique ou en réalité avec une fiche rassemblant les notes d’intention de votre mise en scène


Oeuvre intégrale : Ionesco, Rhinocéros, 1957


LA 1 la scène d’exposition, « Décor, une place...se sont assis »


LA 2 1ère apparition, « Nous avons fêté l’anniversaire...se mouche », Acte I



LA 3 Métamorphose de Jean, « Réfléchissez voyons...piétinerai », Acte II, tableau II



LA 4 Monologue final, « C’est moi...capitule pas. »


Doc 1 : Extraits de Présent passé, passé présent, Ionesco et son ½uvre



Doc 2 : La mise en scène : interview E. Demarcy-Mota, +Photos J.L.Barrault







Doc 3 : Lorsque j’étais une oeuvre d’art, d’Eric-Emmanuel Schmitt

La tentation de la métamorphose

Séquence 2


PROBLÉMATIQUE : Comment le théâtre traite-t-il la représentation de la violence à travers le personnage du criminel ?


Axes :

La tragédie, respect des règles et écarts

La mise en scène, les métiers, une relecture du texte

Les rapports de force entre personnages sur scène


Lectures cursives : Au choix

Huis-clos Sartre ; Camus, Les justes, Grumberg, L’Atelier

LA 1 Jean Giraudoux, Électre, acte II, scène 9 (extrait), 1937.





LA 2 Camus, Les justes, « Tous regardent Kaliayev...la révolution triomphe. »Acte II, 1949





LA 3 Genet, Les bonnes, Le monologue de Solange « Hurlez si vous voulez...nous sommes perdues »






LA 4 Mouawad, Incendies, 4è partie,sc 31 « Un jeune homme en haut d’un immeuble...Kurk »,2009

Doc 1 : Corpus

Pierre Corneille, Horace, acte IV, scène 5 (extrait), 1641./ Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 11, 1834/

=> Comment les extraits du corpus parviennent-ils à représenter ou à évoquer des actes violents ?






Doc 2 :Extrait de Comment jouer Les Bonnes de Genet

Doc 2 bis : Adaptations théâtrales (Pierangelo Summa et Richard Soudée, 2000 Clayssen, 2011) et cinématographiques (Chabrol, 1995 et Denis, 2000)



Doc 3 :Documents pour la mise en scène (3 Photogrammes de Nihad, paroles de la chanson de Supertramp)


Parcours 4



OBJET D’ÉTUDE :Écriture poétique et quête de sens


Séquence 1

PROBLÉMATIQUE : Comment le motif du corps féminin évolue-t-il en poésie ?


Axe:

Le blason classique, multiple 

Poésie en prose, réécriture

Modernisation du blason par l’écriture surréaliste

Les arts et le blason 


Production : Sujet d’invention, atelier d’écriture sur le blason

LA 1 Le front, Maurice Scève, 1536



LA 2 Le serpent qui danse, Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857


LA 3 Un hémisphère dans une chevelure, Baudelaire, Spleen de Paris, 1869



LA 4 La courbe de tes yeux, Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926


Doc 1 : Clément Marot, 1535, Le beau tétin, le laid tétin, Blason et contre blason





Doc 2 : La chevelure, Baudelaire

La réécriture



Doc 3 : Ingres, Le bain turc, Manet, Le déjeuner sur l’herbe, Man Ray, Le violon d’Ingres,

=> les femmes dans les arts

Séquence 2

Oeuvre intégrale : Les Fleurs du Mal, 1857


PROBLÉMATIQUE : La femme vue par Baudelaire : muse ou objet de dégoût ?


Axes :

La femme dans le recueil (incarnation du Mal, femme idéale, s½ur, mère)

Ambivalence du sentiment amoureux,blâme et éloge

Une forme fixe:le sonnet pour une femme idéale

Le memento moris, objet du désir


Production : synthèse sur Baudelaire et les femmes par recherche sur le site Gallica et par entrée de termes

LA 1 Préface, Au lecteur, «  La sottise...mon frère. »



LA 2 Parfum exotique



LA 3 A celle qui est trop gaie



LA 4 Une charogne





Doc 1 : HDA

Manet, Lola de Valence et quatrain de Baudelaire, 1862

Manet, Jeanne Duval, 1862




Doc 2 :

Ronsard, Quand vous serez bien vieille, 1524

Ronsard, A Cassandre, 1524




Visa et signature du proviseur signature du professeur

LA n°1: Vercors

Par vadministrateur - publié le samedi 7 janvier 2017 à 03:51 dans 1SB

Des anthropologues partis à la recherche du «chaînon manquant » (hypothétique créature intermédiaire entre l’homme et le singe) découvrent celui-ci sous forme d’une population vivante. L’espèce est nommée Paranthropus greamiensis .Un homme d’affaires nommé Vancruysen imagine d’en faire une main-d’½uvre à bon marché, sans salaires ni droits, pour une usine de lainage. Dès lors, les anthropologues comprennent qu’il faudra bien répondre à la question « les tropis sont-ils des hommes ? »


En comparant l’intelligence de l’homme et de la bête, reprit Sir Arthur, le professeur Rampole nous a en somme moins parlé de quantité que de qualité. Il a même précisé qu’il en va toujours ainsi dans la nature

: une petite différence de quantité peut provoquer une mutation brusque, un changement total de qualité. Par exemple, si l’on chauffe de l’eau, on peut lui ajouter des quantités de calories sans qu’elle change d’état. Et puis, à un certain moment, un seul degré suffit pour qu’elle passe de l’état liquide à l’état gazeux. N’est-ce pas ce qui s’est passé pour l’intelligence de nos ancêtres? Un petit supplément de quantité dans les liaisons cérébrales –peut-être même insignifiant –lui a fait faire un de ces sauts qui a déterminé un changement total de qualité. De sorte...

C’est une opinion subversive, dit le gentleman aux manchettes.

Pardon ?

J’ai lu des choses pareilles dans... je ne sais plus. Mais enfin, c’est du pur matérialisme bolchevik. C’est une des trois lois de leur dialectique.

Le professeur Rampole, dit Sir Kenneth, est le neveu de l’évêque de Crewe. Sa femme est la fille du recteur Clayton. La mère du recteur est une amie de la mienne, et Sir Peter lui-même est un excellent chrétien.

Le gentleman tira ses manchettes et considéra les poutres du plafond avec affectation.

Le professeur Rampole, continuait Sir Arthur, a précisé ce changement de qualité: la différence entre l’intelligence de l’homme de Néandertal et celle d’un grand singe ne devait pas être bien grande en quantité. Mais elle a dû être énorme dans leur rapport avec la nature: l’animal a continué de la subir.

L’homme a brusquement commencé de l’interroger.

Eh bien... s’écrièrent ensemble le doyen et le gentleman aux manchettes, mais Sir Arthur ne se laissa pas interrompre.

Or, pour interroger, il faut être deux: celui qui interroge, ce-lui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu

ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes.

Quelques secondes passèrent avant qu’on entendît le colonel Strang murmurer:

Ce n’est pas sot. Ça explique la pédérastie.

Ça explique, dit Sir Arthur, que l’animal n’ait pas besoin de fables ni d’amulettes: il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout unique animal sur terre «qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien» –pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes: des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? N’est-ce pas l’absence même, chez l’animal, de ces inventions aberrantes qui nous prouve l’absence aussi de ces interrogations terrifiées ?

On le regarda sans rien dire.

Mais alors, si ce qui a fait la personne –la personne consciente, et son histoire –est bien cet arrachement, cette indépendance, cette lutte, cette dénature; si, pour admettre une bête parmi les hommes, il faut qu’elle ait sauté ce pas douloureux; à quoi, à quel signe enfin reconnaîtra-t-on qu’elle l’a fait ?

On ne répondit pas.


Vercors, Les Animaux dénaturés(1952)


White god

Par vadministrateur - publié le dimanche 2 octobre 2016 à 04:50 dans 1SB

Synopsis:

Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili adore son chien Hagen mais son père l’abandonne. Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen découvre la cruauté des hommes. Il rejoint une bande de chiens prêts à fomenter une révolte contre les hommes. Prix Un Certain Regard à Cannes 2014, et Palm Dog la même année pour le premier rôle canin.



Interview du réalisateur

Certains de vos précédents films se servaient d’allégories de manière très sobre et minimaliste, comme Delta ou The Frankenstein Project. White God emprunte lui au cinéma de genre et il se situe pourtant davantage dans une réalité sociale que vos précédentes réalisations. Comment avez-vous travaillé sur ce paradoxe ?

La réalité dans l’Europe de l’est a beaucoup changé ces 5 dernières années. Ce qui était lent est devenu très rapide, il n’y a plus d’idéologies claires, et l’agression a pris la place de la mélancolie. Tout cela constitue un vrai défi pour nous, ça nécessite une autre façon de faire du cinéma. Après avoir longtemps pensé à cela, j’ai décidé d’utiliser les vestiges du cinéma de genre.White God débute comme un film familial, se transforme en film d’action avec des éléments sociaux, et se poursuit comme un thriller. C’est une manière pour le public de ressentir et de comprendre le cauchemar commun de l’Europe de l’est.

Question idiote – mais peut-être pas totalement : pensez-vous que White God aurait fonctionné avec un autre animal que le chien ?

Non, ça n’aurait pas marché. Il n’y a pas d’autres espèces ainsi façonnées par l’homme. De plus, il n’y a qu’à travers les chiens que j’avais la possibilité de démontrer comment un groupe oppressé peut devenir totalement déchainé.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le titre mystérieux, White God, que vous avez choisi ?

Il n’y a pas de mystère à vrai dire autour de ce titre. Toute l’histoire est racontée du point de vue des chiens en tant qu’espèce soumise aux discriminations de race par les hommes. Qui se comportent comme s’il étaient des dieux. Le film raconte à quoi pourrait ressembler la révolte de ceux qui sont assujettis.

Comment avez-vous filmé les séquences impressionnantes des chiens courant dans les rues ?

Le dressage, l’entrainement et les répétitions ont pris trois mois. Les chiens étaient classés par groupes et étaient entrainés à suivre la tête de chaque groupe. Puis, ils ont appris à coopérer entre groupes et finalement avec nous. C’était également une grande expérience pour moi de voir deux espèces travailler ensemble.

White God est vraiment un film unique en son genre. D’autres films vous ont-ils servi d’inspiration ?

Oh, oui. Des films traitant de l’irrationnel, comme Jurassic Park de Steven Spielberg ou Au hasard Balthazar de Robert Bresson, ou bien des mélodrames classiques comme les films de Douglas Sirk. J’ai aussi beaucoup appris des longs métrages hongrois des années 80, des films de la Budapest School.

Entretien réalisé le 20 août 2014.

Voltaire et la souffrance animale

Par vadministrateur - publié le mardi 27 septembre 2016 à 11:35 dans 1SB

Page précédente | Page 1 sur 2 | Page suivante
«  Juin 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930 

Liens

Derniers commentaires

- oui il en faudra de la chance merci ^^ (par Nicolas1S)
- francais (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement




Hit-parade