Des mots pour le dire

Bernadette !!!!

Par vadministrateur - publié le vendredi 20 octobre 2017 à 16:33
Pour ceux qui gardent leur sac en cours sur les genoux

La querelle de l’âme des bêtes

Par vadministrateur - publié le jeudi 19 octobre 2017 à 05:32 dans 1ère

LA 3 La planète des singes

Par vadministrateur - publié le dimanche 15 octobre 2017 à 11:22 dans Textes pour l'EAF

La Planète des singes (1963) de Pierre Boulle a, sans doute, une double source : « Micromégas » (1752) de Voltaire et Les Animaux dénaturés (1952) de Vercors. La plus ancienne conduit au Voltaire des Contes philosophiques tant par un style volontiers ironique que par une intention satirique manifeste. On peut songer au Micromégas (1752) de Voltaire – l’enfant qui naît, dans La Planète des Singes, de l’union de Nova et d’Ulysse se nomme Sirius dont Micromégas habite un satellite. Autre parenté, le thème du voyage comme point de départ du récit et des aventures pittoresques qui s’ensuivent. En outre, les événements proposés par les deux récits sont étroitement liés au questionnement des idées et à une exploration critique des sociétés humaines. On retrouve, chez Pierre Boulle, le même souci voltairien de dénoncer l’intolérance, le dogmatisme et de célébrer – a contrario - la relativité universelle des valeurs morales et des connaissances scientifiques. Vercors, dans Les Animaux dénaturés s’interroge sur la nature humaine à la fois avec émotion et ironie. Pierre Boulle, à son tour, distingue, si l’on peut dire, l’humain animalisé du singe humanisé et les oppose en un face-à-face aux conséquences vertigineuses.

Aussitôt que nous pûmes nous entretenir. Zira et moi, ce fut vers le sujet principal de ma curiosité que j’orientai la conversation. Les singes étaient-ils bien les seuls êtres pensants, les rois de la création sur la planète?

« Qu’imagines-tu? dit-elle. Le singe est, bien sûr, la seule créature raisonnable, la seule possédant une âme en même temps qu’un corps. Les plus matérialistes de nos savants reconnaissent l’essence surnaturelle de l’âme simienne ».

Des phrases comme celle-ci me faisaient toujours sursauter malgré moi.

« Alors, Zira, que sont les hommes? »

Nous parlions alors en français car, comme je l’ai dit, elle fut plus prompte à apprendre ma langue que moi la sienne, et le tutoiement avait été instinctif. Il y eut bien au début, quelques difficultés d’interprétation, les mots « singe» et « homme» n’évoquant pas pour nous les mêmes créatures; mais cet inconvénient fut vite aplani. Chaque fois qu’elle prononçait: singe, je traduisais: être supérieur; sommet de l’évolution. Quand elle parlait des hommes, je savais qu’il était question de créatures bestiales, douées d’un certain sens d’imitation, présentant quelques analogies anatomiques avec les singes, mais d’un psychisme embryonnaire et dépourvues de conscience.

« Il y a à peine un siècle, déclara-t-elle sur un ton doctoral, que nous avons fait des progrès remarquables sur la connaissance des origines. On croyait autrefois les espèces immuables, créées avec leurs caractères actuels par un Dieu tout-puissant. Mais une lignée de grands penseurs, tous des chimpanzés, ont totalement modifié nos idées à ce sujet. Nous savons qu’elles ont eu probablement toutes une souche commune.

- Le singe descendrait-il de l’homme?

- Certains l’ont cru ; mais ce n’est pas exactement cela, Singes et hommes sont des rameaux différents, qui ont évolué, à partir d’un certain point, dans des directions divergentes, les premiers se haussant peu à peu jusqu’à la conscience, les autres stagnant dans leur animalité. Beaucoup d’orangs-outans, d’ailleurs, s’obstinent encore à nier cette évidence.

- Tu disais, Zira... une lignée de grands penseurs, tous des chimpanzés? »

Je rapporte ces entretiens tels qu’ils eurent lieu, à bâtons rompus, ma soif d’apprendre entraînant Zira dans de nombreuses et longues digressions.

« Presque toutes les grandes découvertes, affirma-t-elle avec véhémence, ont été faites par des chimpanzés.

- Y aurait-il des castes parmi les singes?

- Il y a trois familles distinctes, tu t’en es bien aperçu, qui ont chacune leurs caractères propres; les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans. Les barrières de race, qui existaient autrefois, ont été abolies et les querelles qu’elles suscitaient apaisées, grâce surtout aux campagnes menées par les chimpanzés. Aujourd’hui, en principe,il n’y a plus de différence entre nous­

- Mais la plupart des grandes découvertes, insistai-je, ont été faites par des chimpanzés.

- C’est un fait.

- Et les gorilles?

- Ce sont des mangeurs de viande, dit-elle avec dédain. Ils étaient autrefois des seigneurs et beaucoup ont gardé le goût de la puissance. Ils aiment organiser et diriger. Ils adorent la chasse et la vie au grand air. Les plus pauvres se louent pour des travaux qui exigent de la force.

- Quant aux orangs-outans? »

Zira me regarda un moment, puis éclata de rire.

« Ils sont la science officielle, dit-elle. Tu l’as déjà constaté et tu auras bien d’autres occasions de le vérifier. Ils apprennent énormément de choses dans les livres. Ils sont tous décorés. Certains sont considérés comme des lumières dans une spécialité étroite, qui demande beaucoup de mémoire. Pour le reste... »

Elle eut un geste méprisant. Je n’insistai pas sur ce sujet, me réservant d’y revenir plus tard. Je la ramenai à des notions plus générales. Sur ma demande, elle me dessina l’arbre généalogique du singe, tel que les meilleurs spécialistes l’avaient reconstitué. Cela ressemblait beaucoup aux schémas qui représentent chez nous le processus évolutif. D’un tronc, qui se perdait à la base dans l’inconnu, diverses branches se détachaient successivement: des végétaux, des organismes unicellulaires,[...] plus haut, on arrivait aux poissons, aux reptiles et enfin aux mammifères. L’arbre se prolongeait avec une classe analogue à nos anthropoïdes. Là, un nouveau rameau se détachait, celui des hommes. Il s’arrêtait court, tandis que la tige centrale continuait à s’élever, donnant naissance à différentes espèces de singes préhistoriques aux noms barbares, pour aboutir finalement au simius sapiens, qui formait les trois pointes extrêmes de l’évolution: le chimpanzé, le gorille et l’organg-outan. C’était très clair.

« Le cerveau du singe, conclut Zira, s’est développé, compliqué et organisé, tandis que celui de l’homme n’a guère subi de transformation.

- Et pourquoi, Zira, le cerveau simien s’est-il ainsi développé ? »

Le langage avait certainement été un facteur essentiel. Mais pourquoi les singes parlaient-ils et pas les hommes ? Les opinions des savants divergeaient sur ce point. Certains voyaient là une mystérieuse intervention divine. D’autres soutenaient que l’esprit du singe tenait avant tout à ce qu’il possédait quatre mains agiles.

« Avec deux mains seulement, aux doigts courts et malhabiles, dit Zira, il est probable que l’homme a été handicapé dès sa naissance, incapable de progresser et d’acquérir une connaissance précise de l’univers. A cause de cela, il n’a jamais pu se servir d’un outil avec adresse… Oh ! il est possible qu’il ait essayé, maladroitement, autrefois… On a trouvé des vestiges curieux. Bien des recherches sont effectuées en ce moment même à ce sujet. Si ces questions t’intéressent, je te ferai rencontrer un jour Cornélius. Il est beaucoup plus qualifié que moi pour en discuter.

- Cornélius ?

- Mon fiancé, dit Zira en rougissant. Un très grand, un vrai savant.

- Un chimpanzé ?

- Bien sûr… Oui, conclut-elle, je suis, moi, de cet avis : le fait que nous soyons quadrumanes est un des facteurs les plus importants de notre évolution spirituelle. Cela nous a servi d’abord à nous élever dans les arbres, à concevoir ainsi les trois dimensions de l’espace, tandis que l’homme, cloué sur le sol par une malformation physique, s’endormait dans le plan. Le goût de l’outil nous est venu ensuite parce que nous avions la possibilité de nous en servir avec adresse. Les réalisations ont suivi et c’est ainsi que nous nous sommes haussés jusqu’à la sagesse. »

Sur la Terre, j’avais souvent entendu invoquer des arguments exactement opposés pour expliquer la supériorité de l’homme. Après réflexion, toutefois, le raisonnement de Zira ne me parut ni plus ni moins convaincant que le nôtre.



Pierre Boulle, La planète des singes, 1963


Brouillons d’écrivains

Par vadministrateur - publié le dimanche 15 octobre 2017 à 10:53 dans 2de
 

Atget

Par vadministrateur - publié le dimanche 15 octobre 2017 à 03:51 dans 2de

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