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La dissertation de didactique. L’expression de soi

Par stephanieblime - 16:51, vendredi 4 décembre 2009 .. Déposé dans Le CAPES DE LETTRES MODERNES .. commentaires : 2 .. Lien

 

Le CAPES DE LETTRES MODERNES est un concours exigeant.

Il nécessite un entraînement intensif et régulier aux épreuves.

Afin de le préparer au mieux, j’ai travaillé les sujets proposés par le CNED.

J’ai mis en ligne 4 de mes devoirs. Puissent-ils aider les candidats dans leurs préparations!

 

 

 

Le corpus proposé à l’étude est composé de quatre documents : Les Confessions de Rousseau, L’Enfant de Vallès, La Gloire de mon père de Pagnol et de Enfance de Sarraute. Du XVIIIème siècle au XXème siècle, ces textes permettent de montrer que l’expression de soi est un sujet récurrent dans la littérature. Ces écrits ont un point commun : ils révèlent au lecteur la passion des auteurs Rousseau, Pagnol et Sarraute ou du narrateur, Jacques Vingtras, pour la littérature. L’énonciation est assumée par un « je » qui revendique et assume les propos tenus.  Il s’agit donc, pour les auteurs, de faire part de leurs émotions, leurs réflexions et de confier à l’autre instance narrative qu’est le lecteur, une part de soi-même et de mettre à nu un des aspects de leur personnalité.

Un document iconographique enrichit l’ensemble. C’est un tableau de Renoir intitulé Après-midi des enfants à Wargemont. La scène proposée est celle d’une scène familiale : une mère et ses deux filles vaquent chacune à leurs occupations. En littérature, notamment dans le genre autobiographique, comme dans ce tableau du XIXème siècle, la figure de la mère est omniprésente. Elle peut être associée au bonheur de l’enfance. Cette scène montre qu’elle permet à ses enfants de vivre sereinement : la paix du foyer encourage les fillettes à s’épanouir par le jeu et par la lecture. Le rôle des parents est donc primordial : ils doivent contribuer  à forger le caractère des enfants. Nous montrerons d’ailleurs que ces motifs apparaissent dans les textes du corpus.

Les documents ont une cohérence générique : ce sont des récits de vie car ils racontent l’histoire de la vie d’une personne (Rousseau, Pagnol, Sarraute). Le récit de vie prend des formes variées : les documents 1, 3 et 4 appartiennent à l’autobiographie. Le « j e » désigne à la fois l’auteur, le narrateur et le personnage. Le document 2 est un extrait de roman autobiographique : Jules Vallès s’inspire de sa propre enfance pour faire revivre certaines de ses aventures à son personnage, Jacques Vingtras. A la différence de l’autobiographie, dans le roman autobiographique, l’auteur n’est pas identique au narrateur, pas plus qu’au personnage.

Il se dissimule derrière le personnage qui, souvent, ne porte pas le même nom que lui mais qui raconte sa vie à la 1ère personne. Les faits sont alors parfois déformés, recomposés.

Les auteurs de récits à tendance autobiographique privilégient souvent l’époque de l’enfance pour raconter, par exemple, comment ils sont devenus les adultes qu’ils sont au moment où ils écrivent et pour comprendre leur propre évolution.

Les textes et le document iconographique peuvent être proposés en classe de 3ème dans le cadre de « l’expression de soi ». En effet, l’autobiographie constitue, comme l’argumentation, le cœur du programme de 3ème, dans la mesure où ce genre permet de voir se rejoindre deux grandes orientations de l’enseignement du français en classe d’orientation : l’expression de soi et la prise en compte d’autrui, tout en poursuivant l’étude de la narration.

Le devoir cherchera à répondre à cette question : quelles sont les motivations de ceux qui se décident à raconter leur vie ? Tout autobiographe ne cherche-t-il pas à lutter contre l’oubli, à mieux se connaître et se comprendre ?

Dans une première partie, nous fixerons le cadre de la séquence. Dans une deuxième partie, nous proposerons un projet de séquence.

 

Commençons par une première approche du genre.

La pratique du récit autobiographique a des origines anciennes : Jules César raconte, au Ier siècle, ses campagnes militaires, mais en parlant de lui-même à la 3ème personne ; au Ivème siècle, St Augustin narre à la 1ère personne son enfance puis sa conversion au catholicisme, mais il s’adresse plus à Dieu qu’aux hommes dans ses Confessions.

Pendant des siècles, cette forme d’écriture reste peu pratiquée, jusqu’à la Renaissance, où se développe l’idée de personne, l’idée que chaque être humain « porte la forme entière de l’humaine condition », comme l’affirme Montaigne dans ses Essais, où il dresse son autoportrait et développe surtout l’évolution de sa pensée.

Au XVIIIème siècle, Rousseau, reprenant le titre de St Augustin, rédige le récit de toute sa vie et crée un pacte autobiographique avec le lecteur, envers qui il s’engage à une sincérité totale.

L’engouement pour l’écriture autobiographique se répand alors et il n’a pas encore cessé. Au faîte de la célébrité, certains écrivains choisissent de raconter leur vie, comme par exemple Sarraute, au XXème siècle.

L’écriture autobiographique se caractérise par une alternance de récit (restitution du passé) et d’analyse : au présent de l’écriture, l’auteur commente sa vie, souligne ce qui le rapproche de l’être qu’il fut dans le passé.

Le corpus, centré sur l’examen des formes narratives et de l’expression de soi, permet d’aborder les différentes façons de parler de soi et de s’adresser à autrui sur le mode de l’adhésion et de la justification.

Le corpus doit les amener à lire et comprendre des textes du XVIIIème au XXème siècle, de maîtriser le discours narratif et de reconnaître les caractéristiques des récits à la première personne.

 

 

Nous pouvons envisager de mettre en place une séquence consacrée à « l’expression de soi » au 2ème  trimestre. La première partie de l’année pourrait être l’occasion d’étudier les différentes techniques de la narration ; la deuxième aux récits à la première personne comme l’autobiographie, la poésie lyrique et le langage théâtral. Le but étant de montrer que l’on peut raconter pour différentes raisons :témoigner, décrire, s’exprimer, se justifier, s’impliquer… Elle prend la forme d’un groupement de textes. La dominante est la lecture. Il est important de favoriser la compréhension des textes et de développer le goût de la lecture chez les élèves. Les documents sont étudiés sous la forme de la lecture analytique : il s’agit d’émettre des hypothèses de lecture et de dégager du sens. Des lectures cursives sont proposées pour prolonger certaines séances afin d’enrichir l’horizon culturel des élèves. Leurs compétences de lecteurs sont également sollicitées en fin de séquence : une lecture cursive d’un roman autobiographique est proposée : Vipère au poing d’Hervé Bazin.

La séquence précédente pourrait être consacrée aux témoignages de guerre et la séquence suivante à l’étude de la poésie lyrique et engagée.

La situation de la séquence à ce moment de l’année permet également de faire le point sur la forme de discours narrative. Les élèves doivent la maîtriser à la fin du cycle d’orientation. La maîtrise des différentes formes de discours est indispensable pour appréhender sereinement le brevet des collèges.

Cette séquence est constituée de   séances. La première séance prend pour support le document iconographique. Une heure lui est consacrée. La dominante est la lecture de l’image. Les objectifs sont d’introduire le thème de la séquence, de savoir lire un document iconographique et émettre des hypothèses de lecture. La deuxième séance s’appuie sur les Confessions de Rousseau. La dominante est la lecture. L’objectif est de définir le genre autobiographique. La troisième séance prend pour support le document 3. La dominante est la lecture. L’objectif est d’étudier l’écriture autobiographique. Il s’agit de montrer que le récit à la première personne permet de relater les événements marquants de l’enfance. C’est également un moyen, pour l’écrivain, d’exercer son style et de se servir avec art des mots pour construire une œuvre littéraire.

 La quatrième séance part de la confrontation des textes de Vallès et Sarraute. Le titre des œuvres montre que l’enfance est un thème récurrent dans la littérature. Dans ces œuvres, les personnages relatent leur amour pour les livres et ils évoquent le procédé de l’identification. La littérature a un pouvoir : permettre au lecteur d’être transporté dans un autre monde et vivre une aventure fabuleuse. Pourquoi faire partager cette expérience à son lecteur ?

La cinquième séance est à dominante outils de la langue. Les supports utilisés sont tous les textes du corpus. L’objectif est d’étudier la valeur des temps.

Enfin, la dernière séance, d’une durée de deux heures, est consacrée à l’évaluation finale. Elle prend la forme d’une rédaction. L’objectif est de vérifier les acquis de la séquence.

Le cadre de la séquence étant fixé, précisons les modalités de son exploitation didactique sous la forme d’un projet de séquence.

 

La première séance prend pour support Après-midi des enfants à Wargemeont de Renoir. La problématique retenue est la suivante : Que représente cette scène ? Pourquoi avoir voulu traiter d’un tel sujet ?

Il est d’abord demandé aux élèves d’exploiter le paratexte afin de présenter le document. Ce qui est proposé à l’étude est un tableau, et plus précisément une huile sur toile d’un peintre du XXème siècle : A. Renoir. La toile a été réalisée au XIXème siècle (1884) et elle est actuellement exposée à Berlin. Il est important de souligner aux élèves que les musées recèlent de nombreuses richesses. Grâce à eux, des œuvres d’une grande valeur sont exposées au public et cela permet de protéger le patrimoine culturel.

Le tableau met en scène des personnages féminins : une adulte et deux enfants. L’objectif du peintre est de représenter une scène quotidienne, comme en témoigne le titre.

Le peintre accorde une certaine importance au thème de l’enfance : La plus âgée des filles est assise dans un canapé et elle est plongée dans sa lecture : ses yeux sont fixes, le monde extérieur ne paraît plus exister pour elle. Elle a l’air imperturbable

La deuxième fillette est la seule à regarder le peintre. Son innocence est soulignée par sa taille (elle est petite) et par le fait qu’elle tient une poupée dans ses mains. Celui qui voit cette scène peut supposer qu’elles sont sœurs : leur physique dénote une certaine ressemblance. De même, elles sont habillées avec goût et élégance et elles ont pratiquement la même coiffure. Elles sont réunies dans un lieu commun : un salon. La pièce  traduit une certaine aisance. Elle est agencée avec goût et les meubles révèlent un certain goût pour la décoration. Leur milieu de vie semble calme et propice aux loisirs. Elles s’adonnent à leur plaisir quotidien : jouer.

Le rôle de la mère semble être de préserver cet environnement. Elle est la garante du foyer. C’est elle qui offre à ses enfants des moments de bonheur et de détente.

 Son attitude est sérieuse. Elle semble être un double de l’enfant qui lit : sa tête est légèrement inclinée et elle est plongée sur son travail. Une certaine retenue se lit dans sa posture. Elle est en train de broder mais elle n’en oublie pas moins les règles de savoir-vivre. Au XIXème siècle, dans les familles aristocrates notamment, un peu de retenue est la bienvenue. Son rôle est aussi de transmettre ses valeurs à ses enfants.

Renoir a sans doute voulu représenter cette scène pour plusieurs raisons : tout d’abord, nous pouvons supposer qu’il est un intime de la famille et qu’il a été touché par la beauté  de ce tableau familial. Il a voulu rendre compte d’une expérience banale mais touchante par sa simplicité. Peut être aussi a-t-il été mandaté par la famille pour immortaliser ce moment. Enfin, nous pouvons nous demander s’il ne s’est pas, tout simplement, inspiré de sa propre vie, et notamment de sa propre enfance, pour réaliser cette œuvre picturale. Toutes les hypothèses sont permises. Au professeur de laisser les idées des élèves émerger…

Il semblerait intéressant de terminer la séquence en demandant aux élèves s’ils connaissent des œuvres littéraires ayant traité du thème de l’enfance et de recenser leurs idées autour de la question suivante : quel intérêt de se raconter ? Cela permet d’introduire le thème de la séquence : certains auteurs ressentent le besoin de se confier au lecteur. Quels moments choisir pour raconter sa vie ? Pourquoi ?

L’enfance et la lecture sont des motifs qui apparaissent, certes, dans le tableau de Renoir, mais ils sont également traités, dans la littérature, depuis le XVIIIème siècle, par exemple, avec Rousseau. Il s’agit de le montrer aux élèves en choisissant un extrait de l’autobiographie de l’homme de lettres.

La séance 2 prend pour support le premier livre des Confessions. C’est une séance à dominante lecture. L’objectif est de définir le genre autobiographique.

Tout d’abord, il paraît indispensable de commencer par expliquer le titre. Que signifie-t-il ? Pourquoi l’avoir choisi ?

Le titre, Les Confessions, est emprunté à St Augustin. Il renvoie à la dimension chrétienne du péché et du pardon. Rousseau cherche l’absolution du lecteur. Le professeur peut faire une biographie sur cet homme du XVIIIème siècle et souligner le fait que Rousseau avait, dans la société, beaucoup d’ennemis, en particulier Voltaire. Ecrire une œuvre autobiographique est un moyen de se justifier et d’échapper aux attaques de ses détracteurs.

Le titre laisse à penser que l’auteur veut dire toute la vérité et rien que la vérité sur sa personne. Il adopte la posture du repentant : l’histoire à venir est sincère et elle est assumée par un individu qui revendique ses paroles, « je ». Le pronom personnel désigne à la fois l’auteur, le narrateur et le personnage. C’est la spécificité du texte autobiographique. L’étymologie du terme est la bienvenue : auto vient du grec autos qui signifie soi-même. Bio, du grec bios, signifie vie. Graphie de graphein veut dire écrire. L’autobiographie est le récit que l’on fait soi-même de sa propre vie. En complément, la définition de Lejeune, extraite du Pacte autobiographique est indispensable : « récit rétrospectif en prose que fait un individu de sa propre vie…histoire de sa personnalité ».

Le moment choisi pour l’histoire racontée est l’enfance. Nous le remarquons grâce aux temps des verbes. La deuxième ligne est rédigée au présent au présent d’énonciation : «  J’ignore ce que je fis jusqu’à 5 ou 6 ans », « je ne sais comment… ». Il s’agit du temps de l’écriture. Le narrateur explique pourquoi il va écrire son autobiographie. Le verbe « je ne me souviens que de mes premières lectures » déclenche le récit de sa vie. Le but de l’auteur est de se remémorer un moment passé formateur ( « c’est le temps d’où je date sans interruption la conscience de moi-même »)et de faire-part d’une expérience singulière : la lecture.  Cet épisode précis de sa vie est relaté au système du passé. Ainsi, il rend compte de tout ce qui est révolu.

Ce goût pour la lecture lui vient de ses parents : « Ma mère avait laissé des romans », « Nous nous mîmes à les lire, mon père et moi ». A l’utilité de la lecture(« Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture ») succède le plaisir de lire : l’auteur-narrateur-personnage semble avide de connaissance. Il est incapable de résister à sa passion et il apparaît comme un « dévoreur » de romans. Il souligne sa passion en utilisant des compléments circonstanciels de manière : « l’intérêt devint si vif », « nous lisions…sans relâche ».

En outre, la lecture est présentée comme une expérience formatrice : elle lui permet, dès son plus jeune âge, de connaître la vie mais sans l’avoir réellement vécue : « je n’avais aucune idée des choses que tous les sentiments m’étaient déjà connus ». La littérature est perçue comme un enseignement. Il apparaît judicieux, à cet effet, de proposer la lecture cursive du début d’Une Vie de Maupassant. Jeanne, l’héroïne, a appris la vie en lisant des romans, au couvent… Mais l’expérience romanesque est parfois bien différente de la vraie vie… Jeanne l’apprendra à ses dépends. Rousseau évoque également les dangers de sa passion, considérée comme une « dangereuse méthode ». Le monde littéraire est chimérique. En ce sens, il n’est pas comparable à la vie : « elles…me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques…. »

En outre,  Rousseau insiste bien sur le fait que la lecture éveille les sens. D’ailleurs, le terme « senti » est répété à plusieurs reprises. La littérature joue sur le ressenti et la sensibilité du lecteur : « les sentiments », les « émotions ». La lecture a donc contribué à la construction de l’être Rousseau : « de ces intéressantes lectures…se forma cet esprit libre et républicain ».

Elle lui a également permis de vivre des aventures par procuration. Le jeune Rousseau se plaisait à s’identifier à des personnages héroïques : « je me croyais Grec ou Romain, je devenais le personnage dont je lisais la vie… ». La lecture transporte l’autre dans un monde différent. L’art de l’écrivain consiste à raconter une histoire avec style de manière à ce que le lecteur s’identifie à la situation et aux personnages

Par ailleurs, cet épisode est l’occasion, pour Rousseau, de donner une image positive de lui-même. Il est placé au centre de l’action, il se met en scène et il se valorise, comme en témoignent et les adjectifs et les noms communs : « une extrême facilité », « une intelligence unique ». Il essaie de redorer son blason et de vanter ses qualités.

Le début des Confessions permet donc à l’auteur de revenir sur son passé et de construire une image de l’enfant qu’il a été. Cela doit permettre au lecteur de mieux comprendre l’homme qu’il est devenu.

La synthèse que nous pourrions proposer aux élèves est la suivante : L’autobiographie est le récit qu’une personne fait de sa propre vie, en expliquant les événements qui ont marqué sa personnalité.

L’auteur, qui signe le livre, est à la fois le narrateur, qui raconte, et le personnage principal, qui a vécu les événements. Le narrateur adulte qui rapporte ses souvenirs à la première personne, peut commencer son récit en exprimant, au présent d’énonciation, les raisons qui l’ont poussé à écrire.

 

La troisième séance prend pour support le document 3. La dominante est la lecture. L’objectif est d’étudier l’écriture autobiographique. Il s’agit de montrer que le récit à la première personne permet de relater les événements marquants de l’enfance. C’est également un moyen, pour l’écrivain, d’exercer son style et de se servir avec art des mots pour construire une œuvre littéraire.

De même que dans le texte de Rousseau, le locuteur s’inscrit dans son énoncé : « j’avais un arc », « je volai », « je restai ». Il assume ses propos et revient, comme en témoignent les temps du passé (l’imparfait et le passé simple), sur un événement passé. Le « je » est celui qui écrit, qui assume l’énonciation, mais c’est aussi celui qui vit les événements. Nous sommes dans le cadre du récit à la première personne. Mais, au contraire de Rousseau, Pagnol ne se met pas seul en avant : il s’associe à toute sa famille. Un glissement du « je » au « nous » s’opère progressivement dans le texte. Ce pronom permet d’établir des similitudes entre Marcel et Paul. Ces garçons ont des goûts communs.

 Il évoque la sphère familiale : « mon père », « ma mère », « Paul », « l’oncle Jules », « ma tante ». La présence de la famille est indispensable à la construction du moi. Elle est présentée comme étant unie. Toute la famille est complice du jeu des enfants. Tous ses membres respectent l’univers créé par les enfants et chacun participe à l’amusement : « Des coiffures de plumes, composées par ma mère et ma tante… », « Mon père répondait : « Ugh ! » ». D’ailleurs, le narrateur accorde une grande importance à ce personnage masculin : le titre de l’œuvre le montre, il semble vouloir lui rendre hommage.

C’est grâce à lui que les enfants découvrent la littérature : « …en nous apportant quelques volumes… ». Le choix du Dernier des Mohicans montre que le père propose ce livre en connaissance de cause. Il pressent sans doute que ce roman plaira aux enfants. Les Indiens sont présentés comme des personnages héroïques.  Paul et Marcel veulent donc les imiter. D’ailleurs, le terme « imité » est répété à plusieurs reprises, ce qui montre qu’ils veulent transposer dans la vraie vie ce qu’ils ont découvert dans le roman. La littérature a le pouvoir d’enrichir l’imaginaire des enfants et elle leur permet de faire l’expérience de l’altérité. Grâce à elle, ils deviennent autre : « nous étions des Indiens…et scalpeurs de Visages Pales ». Ainsi, ils découvrent leur force, leur puissance, leur pouvoir. Le narrateur le souligne en utilisant des compléments circonstanciels de manière : « je les tirais férocement »,, « je le lançais de toutes mes forces ». Le jeu, pour eux, est sérieux. Il est tellement bien mené qu’ils en viennent à confondre réalité et fiction : « Des coiffures…achevèrent de donner à cette réalité indienne une réalité obsédante ». Le jeu a donc un pouvoir : les enfants font preuve d’imagination et découvrent des qualités sans doute inexploitées jusqu’alors, il leur permet de vivre une expérience singulière.

De plus, le jeu permet d’exacerber leurs émotions et le récit est alors l’occasion de dresser un portrait mélioratif des personnages. Premièrement, le jeu développe des qualités d’observation : « attentifs aux brisées…et j’examinais d’un œil farouche ». Deuxièmement, il leur permet d’adopter une posture particulière : « Nous nous présentions, graves et dignes ». En ce sens, ils deviennent acteurs et sont capables de porter un masque. Troisièmement, il met en valeur l’intelligence et la ruse des personnages : « nous étions poursuivis… Alors, pour donner le change à l’ennemi, nous marchions à reculons afin d’inverser nos empreintes ».

Le jeu est donc présenté comme une activité positive. Il est lié à un bon souvenir. L’écriture permet, au narrateur adulte, de revivre ses émotions.

En outre, le discours direct transposé à la fin du texte permet de rapporter fidèlement les paroles prononcées par les personnages et de souligner que le père partage l’univers des enfants. En effet, le père adopte un vocabulaire approprié en fonction du thème ludique choisi par Marcel et Paul : « Grand Manitou », « les chefs », « notre pemmican ». Ce vocabulaire spécifique traduit une certaine culture. Le dialogue est également un moyen, pour lui, d’enseigner les règles de la vie aux enfants : « Nous leur demanderons seulement de respecter les coutumes sacrées des Blancs : qu’ils aillent d’abord se laver les mains ! ». Cette phrase dénote un certain humour.

En dernier lieu, il paraît important de montrer aux élèves que l’écrivain choisit judicieusement ses mots. Son écriture n’est pas « innocente » mais travaillée, ce qui montre que l’auteur travaille son œuvre. En effet, nous pouvons remarquer que le vocabulaire est recherché. Citons par exemple les phrases suivantes : « études entomologiques », « coalition de trappeurs ». Il est évident que les termes ne peuvent être maîtrisés par un enfant. De même, l’auteur-narrateur utilise une figure de style : la métaphore (« le soleil africain tombe en pluie de feu sur l’herbe mourante »).La métaphore permet de mettre en avant une caractéristique de la Provence de Pagnol : le soleil ; En l ‘utilisant, il cherche à embellir son texte et de lui donner un certain aspect poétique. Par ailleurs, le rythme ternaire est employé dans la phrase : « on nous forçait à nous reposer sur ces fauteuils qu’il est difficile d’ouvrir correctement, qui pince cruellement les doigts et qui s’effondrent parfois… ». Le rythme est donc travaillé. De même, la phrase est enrichit par la présence d’adverbes qui permettent à l’auteur de donner son opinion. Enfin, il utilise des mots de liaison, ce qui prouve que le texte est organisé. Les idées s’enchaînent progressivement et logiquement : « Puis », « Cependant », « Parfois », « D’autres fois ». Le discours est donc construit et ordonné.

In fine, l’écriture autobiographique est particulière. L’auteur-narrateur-personnage se remémore le passé car il le juge digne d’intérêt et pour lui et pour le lecteur. Mais les propos tenus sont travaillés, le vocabulaire est recherché et l’auteur use de toutes les possibilités de la langue afin de mettre en valeur un événement marquant de son enfance.

En prolongement de cette séance, nous pourrions faire visionner la suite de la Gloire de mon père, c’est-à-dire le film Le Château de ma mère. De même, nous pourrions proposer la lecture cursive d’extraits de La Promesse de l’aube de Gary et des Mots de Sartre, car, dans ses œuvres, les auteurs rendent hommage à la figure de la mère et ils évoquent leur amour pour la littérature. Cela permet aux élèves d’enrichir leur univers culturel et de leur fournir des références solides afin d’appréhender, pour le mieux, les classes de lycée.

 

 

La quatrième séance part de la confrontation des textes de Vallès et de Sarraute. C’est une séance à dominante lecture. Une heure lui est consacrée. L’objectif est de montrer que l’on peut s’évader par la lecture.

Dans l’extrait de l’Enfant, le personnage principal, Jacques Vingtras est puni et il est oublié dans une salle d’étude. Il y découvre un exemplaire de Robinson Crusoé et il prend goût au plaisir de la lecture. De la même manière, dans l’extrait d’Enfance, Sarraute évoque son engouement et sa joie à la lecture d’un roman : Rocambole. Le monde extérieur et pour Jacques et pour Nathalie, est comme annihilé. Les deux textes, écrits à un siècle d’intervalle, traite du même sujet : les narrateurs racontent, dans le cadre d’un récit à la première personne, comment la réalité a pu se mêler à l’imaginaire sous l’influence d’un livre.

Le temps majoritairement employé dans ces extraits est le présent de narration (« Je dois affronter avec eux les désastres », Sarraute ; « Il est nuit », Vallès). Ce temps est utilisé pour faire revivre un moment passé et faire croire qu’il se déroule à l’instant même où nous, lecteurs, découvrons le texte. La scène est ainsi plus vivante et favorise l’identification du lecteur à ce qui est narré.  En adoptant le point de vue de l’enfant, l’auteur permet au lecteur de percevoir des événements à travers son regard ou ses différentes sensations (« C’est un bonheur intense », Sarraute). Le point de vue de l’enfant alterne avec le point de vue de l’adulte. Nous le remarquons, dans le texte de Sarraute, grâce à la phrase nominale :  « Tous les sarcasmes de mon père ».

Le roman de Defoe, découvert par Vingtras, capte de suite l’intérêt de l’enfant. Dans le quatrième paragraphe, cinq verbes sont employés (« je m’écorche », « j’arrive »…), ce qui montre que Jacques est actif. Il est intrigué et veut goûter au plaisir interdit de la lecture. Cette avidité pour la lecture est également partagée par Sarraute : « Je me dépêche de retrouver… », « Voici le moment attendu ». Le troisième paragraphe montre qu’elle est totalement engagée dans l’activité de la lecture. Les verbes utilisés sont hyperboliques : « je m’y jette, j’y tombe ». Elle est dans un état de frénésie.

Les titres des œuvres sont mis en valeur. Dans le texte du XXème siècle, Rocambole est placé à la fin du premier paragraphe. Le lecteur est ainsi placé en situation d’attente. Quant au roman de Vallès, le titre se détache sur la feuille. C’est comme si la page ne se résumait qu’à ce seul nom. Ils ont donc marqué leur lecteur commun.

Dans l’Enfant, la lecture n’est pas relatée en détails. Au contraire, le narrateur utilise une ellipse temporelle : il passe sous silence l’acte de lire. Ce qui est important pour lui, c’est de montrer que le personnage a perdu toute notion du temps : « Je regarde le titre… Il est nuit ». L’effet produit par ce procédé est un effet d’accélération. Le narrateur va à l’essentiel.

Dans le passage « J’ai le cou brisé…Je me demande où je ferai pousser du pain », Jacques revient sur le passé (« Je suis resté penché »). On peut dire qu’il s’agit là d’un passage de sommaire car les principales actions sont résumées. Il met en avant sa souffrance physique (« j’ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal »), il évoque son plaisir par rapport à la lecture (‘pris d’une émotion immense »). La lecture l’a pénétré au plus profond de lui-même.  Sarraute ressent le même plaisir : « dès que j’ai un moment libre, je me dépêche de retrouver… ». C’est l’appel du livre…

Le livre est, pour les deux protagonistes, l’occasion de s’imaginer une autre vie. Sarraute oppose le monde réel (« répondre à des voix d’un autre monde ») et le monde de la fiction qui est idéalisé : « là-bas, on voit…des palais, des h^tels…des équipages de beauté, comme on n’en voit jamais ici ».  La banalité du quotidien n’est pas comparable avec les aventures extraordinaires vécues par les personnages dans le monde romanesque. Le livre permet, à Jacques, de se projeter dans l’avenir : « …il y a dix ans que j’ai quitté le collège, j’ai peut-être les cheveux gris ». On pressent qu’il a envie de vivre autre chose… On sent également une certaine préoccupation du personnage quant à ses parents (« Que sont devenus mes vieux parents ») et il s’interroge notamment sur sa mère. Le terme est répété à deux reprises : « O ma mère ! ma mère ! ». C’est comme s’il lançait un cri de détresse. Toute la souffrance du personnage s’exprime. Cette phrase est l’occasion, pour le professeur, de revenir sur la biographie de Vallès et de préciser qu’il a eu une enfance malheureuse. Dans l’Enfant, l’auteur raconte ses souvenirs d’enfance sous un autre nom, celui du personnage narrateur Jacques Vingtras, qui conserve néanmoins les initiales et les finales de Jules Vallès. Le titre même de l’œuvre annonce une distance avec le passé et renvoie plus à un roman autobiographique qu’à une autobiographie. Les parents apparaissent d’une manière récurrente dans les récits à la première personne. Sarraute, quant à elle, évoque son père. Elle montre ainsi qu’elle a déjà une opinion bien forgée et qu’elle ne partage pas le même point de vue sur le roman.

Sarraute et Vingtras affichent leur singularité. La première se sent un être à part, isolé des autres hommes : « Mais qu’est-ce qu’ils peuvent comprendre ? ». Le deuxième montre que la situation de l’enfant et celle du héros sont similaires. Ils sont tous les deux seuls. Si Robinson est échoué sur une île du Pacifique, Jacques est le naufragé de « la cale de l’étude ». D’ailleurs, le récit joue sur la confusion des deux situations. Pour ce faire, il utilise une comparaison (« je vois se profiler la t^te longue d’un peuplier comme le mat du navire… » et des métaphores (« du thon, poisson d’Océan, la goutte, salut du matelot… » Il essaie ainsi d’embellir la triste réalité pour essayer d’échapper à son quotidien.

L’expérience est donc digne d’être racontée car elle est associée au plaisir. La lecture a des pouvoirs. A chacun de trouver l’œuvre qui le fera vibrer…

 

La cinquième séance est à dominante outils de la langue. Les supports utilisés sont tous les textes du corpus. L’objectif est d’étudier la valeur des temps.

L’autobiographie est une forme d’écriture tournée vers le passé : elle est rétrospective. Les souvenirs sont souvent évoqués au système du passé. Les temps utilisés sont l’imparfait et le passé simple. C’est le temps du souvenir. Rousseau utilise l’imparfait pour évoquer une action passée : « Je n’avais aucune idée des choses ». Sarraute emploie la même valeur dans la phrase « il se moquait des personnages ». Pagnol, quant à lui, utilise parfois l’imparfait descriptif : « Ce repos était une torture ».

Le passé simple est utilisé pour des actions ponctuelles, brèves et révolues : « m’écouta », « je fabriquai »… (doc. 3).

Mais le narrateur adulte peut intervenir et faire sentir sa présence en utilisant le présent d’énonciation : c’est le temps de l’écriture. Citons les premières lignes des Confessions : « J’ignore », « Je ne sais ».

Le présent de vérité générale est utilisé par exemple dans le doc. 4 : « C’est un farceur » et le présent de narration dans les documents 2 et 3.

Les temps ont donc différentes valeurs. Les auteurs les utilisent sciemment en fonction de l’effet qu’ils veulent créer. Il est indispensable de les faire maîtriser aux élèves car ils sont aussi producteurs de discours. Les temps permettent également de montrer que, dans les récits à la première personne, deux voix se font entendre : celle du narrateur adulte et celle de l’enfant.

 

La dernière séance est consacrée à l’évaluation finale. C’est une rédaction. En voici le sujet :

Les récits autobiographiques étudiés évoquent les petits bonheurs de l’enfance, les souvenirs d’une époque révolue.

A votre tour, choisissez un événement marquant de votre propre vie et évoquez votre enfance dans un texte d’une vingtaine de lignes.

Comme tout récit autobiographique, votre texte, rédigé à la première personne et au passé, devra comporter des passages où vous intervenez (temps de l’écriture) pour commenter ou juger ce que vous avez vécu.

 

En définitive, cette séquence a permis d’aborder un point essentiel du programme de troisième : l’expression de soi. Les récits à la première personne permettent au narrateur de se confier à un lecteur et de laisser une trace de son passage sur terre, pour la postérité. C’est l’occasion, pour l’auteur, de partager une expérience avec autrui et donc, d’offrir une partie de soi-même.  L’écriture est également un moyen de faire revivre le passé et de ressentir des émotions.

En outre, la lecture a permis de consolider l’autonomie des élèves face à des textes divers.

En guise de prolongement, nous pourrions approfondir ce travail avec une étude conjointe de Vipère au poing, de Bazin, et de son adaptation filmique par J. L. Bory, avec Alice Sapritch dans le rôle-titre. L’objectif est de proposer un roman autobiographique qui approfondit la réflexion sur l’autobiographie, « l’expression de soi », et de permettre l’accès d’un film qui offre une réflexion sur la notion d’adaptation.

 



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